‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 140 sur 179 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

laisser dans Tinaction si Ton agissait. Elle me manda que le roi voulait que je ne me mélasse de rien tant que les princes ajjiraient seuls en leur nom; que toute démarche de ma part pourrait compromettre dans cette position. Mais dès que d'autres puissances se joindraient à eux, je pourrais m'y rendre.

Le 18 avril 1791, il y eut une scène aux Tuileries. Le roi avait voulu aller à Saint-Gloud, la populace s'y était opposée. On avait pris jour pour le 18 avril; une grande partie des sujets fidèles s'étaient réunis aux Tuileries avec des armes sous leurs habits, pour faciliter le départ du roi. M. de La Fayette se conduisit avec sa fausseté ordinaire. Il était allé feubourg Saint- Antoine pour s'opposer à une espèce d'émeute qu'on y avait excitée. En revenant, il promit de faire partir le roi ; mais il finit par l'engager à y renoncer et à exiger de la noblesse qui s'était ralliée autour de lui qu'elle lui remît ses armes. Les gentilshommes obéirent et les déposèrent sur la table du cabinet du roi. Ils furent insultés par la populace; plusieurs furent fouillés et maltraités. Les journaux furent remplis d'inventions contre eux; on les appelait les chevaliers du poignard, et on cherchait à rendre la noblesse odieuse au peuple (l).

La fuite du roi devenait chaque jour plus difficile,

(1) Cette scène eut Heu le 28 février et non le i 8 avril et Esterhazy» comme son inexactitude permet de le constater, ne l'avait connue que par ouï-dire.

t94 MÉMOIRES DU C^* VALENTIN ESTERHAZY

Yalenciennes était entre les mains des malintentionnés; plusieurs de ceux dont les sentiments étaient connus en sa faveur avaient même pris le parti d^émigrer et de se retirer dans le Brabant. Chantilly avait été pillé par des gens venus de Paris, et les chevaux de M. le prince de Gondé avaient été emmenés. MM. de Mintier et de Gonti, ses écuyers, qui y étaient restés pour faciliter le départ du roi, avaient pris le parti d'aller joindre leur prince. On avait déplacé les régiments sur lesquels M. de Vioménil avait compté. Je crus que le roi, après avoir tout différé, avait renoncé à s'échapper, et je cherchai à louer un petit castel aux environs de Liège. J'étais en marché avec un M. Aurion pour le château de Ghénier, mais nous ne pûmes pas nous arranger, et après y avoir fait un voyage avec ma famille, je revins à Aix-la-Chapelle.

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