‹ Ménage et finances de VoltaireChapitre 16 sur 18 · DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS · texte numérisé non relu

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS

Au dix-huiticinc siècle, l'admiration pour Voltaire, remarque le comte de Ségur, devint dans beaucoup d'esprits une espèce de culte et d'adoration. Il était traité en dieu ; c'était la seule divinité de tous ceux qui n'admettaient pas le catholicisme. Sans cesse ses autels étaient surchargés d'offrandes. Il y avait une émulation à lui adresser, qui des livres pour sa bibliothèque, qui des bustes d'ivoire, qui des portraits, qui des tableaux, qui des pastels, qui des tapisseries pour son ameublement ; qui des écritoires pour son secrétaire ; qui des fourrures précieuses pour ses vêtements ; qui des services de porcelaine pour sa table ; qui des fromages, qui des pâtés, qui des truffes, qui des melons, qui des perdrix, qui des faisans, qui des saucissons, qui des perdrix rouges, qui des colombes, qui des œufs, qui du lait, qui des fleurs et des fruits pour ses buffets ; qui des bouteilles de vin de Champagne, qui des tonneaux de vin de Hongrie pour sa cave ; qui des pruniers, qui des cerisiers, qui des ceps de vigne, qui des oignons, des plantes, et des arbustes pour ses

jardins ; qui un beau cheval pour son écurie. On l'accablait de tant de vers, qu'il prit le parti de ne plus recevoir que des lettres affranchies, afin de se dispenser de les lire tous, et d'avoir à y répondre. Il était encore plus assiégé de visites que de vers. Pour s'y soustraire, il jouait à merveille le rôle d'un dieu caché. Il ne se montrait qu'à de rares intervalles, face à face, et ne conversait familièrement qu'avec un petit nombre de personnes. Cependant il daignait parfois céder aux import unités. Alors il se faisait volontiers tout à tous. Les grandes dames se permettaient de l'embrasser ; il ne retirait pas ses joues. Quand M lle Clairon accourut depuis Paris ît Fcrney pour se jeter à ses pieds, il comprit qu'il avait affaire à une actrice. Il se hâta de s'agenouiller, et de dire : « Maintenant, qu'allons-nous faire? » Mais, quand à Paris il entendit le grave Franklin le prier de bénir son petit-fils prosterné devant lui, il devina que le moment était sérieux. Il imposa les mains sur la tête de l'enfant avec toute la solennité du prélat du Lutrin. L'assistance parut profondément émue ; Voltaire crut voir des larmes couler sur plusieurs visages. C'est entre ces deux génuflexions qu'il faut placer la mode des pèlerinages à Ferney. Il reste avéré qu'on y volait de tous les coins de l'Europe ; il n'est pas moins certain qu'on s'y rendait avec l'empressement et le recueillement des catholiques devant les autels privilégiés de certains saints, et qu'on assimilait cet engouement aux dévotions.

Il est facile de remarquer que les sacrements ne font pas des saints de tous ceux qui les fréquentent; mais il est impossible de calculer tous les crimes qu'ils empêchent, et tous les vices qu'ils étouffent dans leur germe. Quand la Révolution vint briser les portes des couvents, elle ne prévoyait pas qu'elle démuselait bien des monstres que la communion avait jusque-là contenus comme des agneaux. En feuilletant les Souvenirs d'Arnault, on est étonné du nombre de mauvais sujets fournis par la seule maison de Juilly, et de la dif-

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férence notoire entre le révérend père Fouché et le citoyen Fouché; l'évêque constitutionnel Grégoire avoue que le citoyen Chabot ne valait pas le capucin Chabot. Des provinces tout entières regrettèrent le temps où le citoyen Joseph Lebon professait chez les Oratoriens, ou disait la messe à Neuville. Des milliers d'individus tremblèrent au nom du citoyen Jean-Georges Schneider, devenu accusateur public près le tribunal criminel de Strasbourg, après avoir passé neuf ans chez les Récollets et traduit les Homélies de saint Jean Chrysostome.

Le biographe et le moraliste sont naturellement amenés à se demander si ceux qui hantaient le Temple du Goût, et pratiquaient le dieu de V Esprit, revenaient de Ferney et plus vertueux et plus spirituels. Sauf quelques désenchantements, il est avéré qu'ils restaient tous Gros-Jean comme devant, et que rien ne les distinguait de ceux qui seraient allés se promener vers la fontaine pétrifiante de Saint-Allyre. Ils se vantaient, il est vrai, d'avoir les yeux ouverts, comme Adam et Eve, après leur chute, mais il ne paraissait pas qu'ils eussent vu grand'chose. Quand La Harpe se fut converti, eut-il moins de goût, de jugement, d'énergie, d'éloquence, d'imagination, de tact que lorsqu'il était voltairien? Il suffit de comparer la Correspondance littéraire de La Harpe voltairien au Lycée de La Harpe chrétien, pour se faire une idée de l'influence du catholicisme et du voltairianisme en littérature. Aussi Fontanes, dans son Discours prononcé devant l'Institut aux funérailles de La Harpe, a-t-il dit de ses derniers ouvrages : « Ceux qui en connaissent quelques parties avouent que le talent poétique de l'auteur, grâce aux inspirations religieuses, n'eut jamais autant d'éclat, de force et d'originalité. On sait qu'il avait embrassé avec toute l'énergie de son caractère ces opinions utiles et consolantes, sur lesquelles repose tout le système social ; elles ont enrichi, non seulement ses pensées et son style de beautés nouvelles,

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ii ni- rll«^ ont encon* adouci les souffrances de ses derniers jour-. ■> Sainte-Beuve, qui se préoccupait aussi peu des con- M-r-ioiis «fiie des apostasies, nous fournît le même argument qiit* Fniitanes : * La Harpe était un éminent critique ; ses d»-f nits, tout le monde les srtit aujourd'hui, et nous avons été a>M-z \if à les dénoncer nous-mêmes : maïs ses qualités littéraire étaient rares : il avait l'enthousiasme du goût. Le plus di>tiiiirué des élèves de Voltaire, il fut en France le premier qui introduisit régulièrement l'éloquence dans la critique. »

Olte remarque s'étend aux lecteurs. Ceux qui ignorent Volt. un- en sont-ils plus bétes? Joseph de Maistre avouait, en 1808, qu'il ne l'avait pas ouvert depuis trente ans, et qu'il ne l'avait jaunis tout lu : cependant cela ne Ta pas empévhé d'avoir un nom qui en vaut bien un autre. Le vicomte de Bonald aussi avait peu étudié Voltaire, et il n'a jamais placé ses Œuvres dans sa bibliothèque ; cependant Sainte- Beuve convînt qu'on ferait un charmant volume des Pensées de Bonald. Dans une lettre à M me de Beaumont, Joubert s'écrie : « Dieu me préserve d'avoir jannis en ma possession un Voltaire tout entier! » Cependant Joubert ne passe pas pour une taupe en critique.

Nous lisons dans une des Lettres du R. P. Lacordaire à des jeunes yens : « Qu'avez-vous à lire dans Voltaire, après ses chefs-d'œuvre dramatiques? Sont-ce ses Contes, son Dictionnaire philosophique, son Essai sur les mœurs des nations y et cette multitude de pamphlets sans nom lancés à tout propos contre l'Évangile et l'Église? Vingt pages suffisent pour en apprécier le mérite littéraire et la pauvreté morale et philosophique. J'avais dix-sept à dix-huit ans, quand je lisais cette suite de débauches d'esprit, et jamais depuis je n'ai eu la tentation d'en ouvrir un seul volume; non par crainte, il est vrai, qu'ils me fissent du mal, mais par le sentiment profond de leur indignité. » Le P. Lacor-

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daire n'en a pas moins fourni une des plus belles carrières de ce siècle.

Au contraire, tous ceux qui savent leur Voltaire par cœur en sont-ils plus spirituels ? Il est impossible de s'en apercevoir. Ils voudraient faire passer pour une estampille d'esprit leur accès de rage contre le clergé ; on n'est pas leur dupe. Ils nous célèbrent continuellement l'esprit de Voltaire ; nous ne tombons pas dans leurs pièges ; nous aimerions mieux qu'ils nous amenassent à reconnaître le leur, car nous sommes parfaitement convaincus que ce n'est point par pure modestie qu'ils le cachent si bien à tous les regards. Us nous forcent d'appliquer à tous ses propres écrits ce vers que Voltaire s'imaginait avoir composé seulement pour les Cantiques sawés de Le Franc de Pompignan :

Sacrés ils sont, car personne n'y touche

A défaut d'imagination, ils n'ont pas même les ressources d'une mémoire qui se pare habilement des plumes du paon, et rappelle au besoin, aux amateurs, cet élan de Mascarille :

Au voleur! au voleur! au voleur! au voleur!

On dirait volontiers que le nom de Voltaire n'est que la feuille de figuier, qui sert à couvrir leur nudité intellectuelle. En vérité, on est tenté de croire que Voltaire n'avait pas d'esprit, puisqu'il inspire si peu ceux qui l'invoquent, ou bien que ses dévots ne sont que des imbéciles, puisqu'on ne trouve aucune différence entre ceux qui l'étaient perpétuellement sur leur table et ceux qui le laissent chez les libraires.

Quoiqu'il en soit, Voltaire obtint un empire universel et absolu sur les masses ; on ne saurait se dissimuler qu'il ne le dut qu'à son impiété et à son cynisme. Il méritait d'être

Zft APPENDICE.

adoré comme un faux dieu, parce qu'il eut l'art de flatter toutes les passions humaines, et que, dans ses écrits comme d.'iij< sa conduite, il les représente à merveille. Aussi tous le< ouvrages irréligieux et obscènes lui étaient-ils attribués. S'il avait fait un autre usage de ses immenses talents, auraitil acquis la même célébrité? Non. Tous ceux qui ne professent point ses principes se sont honorés de ne pas se faire illusion sur son mérite. Si c'est une erreur, on peut être tenté de dire que c'est une belle erreur, car le nombre et l'autorité de ceux qui la partagent lui donnent une grande valeur.

H n'est pas sans intérêt de réunir les témoignages des personnages qui ont pu observer Voltaire de près, et juger de la comicxité entre l'homme et l'écrivain, et de citer les opinions des penseurs qui l'ont apprécié d'après ses œuvres et son influence. Ce triage démontre admirableinent.de quel côté est le courage ou le préjugé ; car, en voyant les amis de Voltaire le critiquer aussi sévèrement dans le secret que ses ennemis osaient le faire ouvertement, il est impossible de ne pas sentir la justesse de cet axiome du chef des philosophes : La philosophie n'est qu'une esclave.

A peine Voltaire eut-il quitté les bancs du collège que la police le comptait au nombre des mauvais sujets. Aussi les Lieutenants de police eurent-ils le soin de l'éloigner constamment de Paris, et de l'en exiler. De là, cette lettre de Voltaire à de Vaincs, en date du 2 février 1778, sur Paris : c Je ne crois pas avoir demeuré trois ans de suite dans cette ville. Je ne la connais que comme un Allemand qui a fait son tour d'Europe. »

Les Parlements auguraient si mal de tout ce qui sortait de sa plume, qu'il fut réduit à faire imprimer presque tous ses ouvrages à l'étranger, ou sous des rubriques étrangères. Aussi disait-il, le 21 mai 1740, à d'Argenson : « Je suis facile d'être de contrebande dans ma patrie. »

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Les tribunaux furent appelés plusieurs fois à juger les affaires de Voltaire ; il fut constamment débouté de ses plaintes, et condamné à des dommages-intérêts, très peu honorables pour sa philosophie.

Dubois ne voulut pas même de Voltaire pour des commissions peu honorables.

Le cardinal de Fleury le ménagea très peu.

Le chancelier d'Aguesseau le haïssait comme l'enfer.

Dans les Manuscrits du marquis d'Argenson, on lit ces mots relatifs à Voltaire : « Insensible aux reproches sur le devoir, avare et fripon pour son intérêt. »

Ghoiseul flatta Voltaire, le pensionna, l'enrichît, le protégea, et prévint tous ses désirs ; quand il le connut suffisamment, il se hâta de faire peindre sur les girouettes de son château de Chanteloup la figure du patriarche de Ferney.

Louis XV l'admit à sa cour, l'y toléra quelque temps, dédaigna ses adulations et ses familiarités et le laissa partir pour la Prusse : il ne lui permit plus de revenir à Paris.

Frédéric le Grand ne put le garder plus de trois ans à sa cour. Il ne le retint qu'autant qu'il en eut besoin ; il le chassa honteusement et ne voulut plus le recevoir. 11 entretint une correspondance avec lui, mais parce qu'il était intéressé à l'avoir pour trompette ; il le méprisait comme un coquin, un scélérat, digne de tous les châtiments. Personne ne lui a jamais lâché de pareilles épithètes si près du visage.

Marie-Thérèse ne faisait aucun cas de lui, et défendit expressément à Joseph II de le visiter à Ferney.

« Voltaire, disait Napoléon, est plein de boursouflure, de clinquant ; toujours faux, ne connaissant ni les hommes, ni les choses, ni la vérité, ni la grandeur, ni les passions. Il est étonnant combien peu il supporte la lecture. Quand la pompe de la diction, les prestiges de la scène, ne trompent plus l'analyse ni le vrai goût, alors il perd immédiatement mille pour cent. » Tout le temps que Napoléon fut maître en

France, il ne laissa jamais réimprimer les Œuvres de Voltaire. Il destitua Cliénier d'une place d'Inspecteur général des études, pour avoir publié une Épitre-à Voltaire.

Catherine II, de même que Frédéric, avait besoin de trompettes. File fit à Dalemhert des propositions aussi brillantes qu'inacceptables; elle acheta la bibliothèque de Diderot fort cher, et à la condition qu'il en jouirait tant qu'il vivrait. Elle se garda bien de négliger Voltaire. Elle l'entretint de fourrures ; elle l'accabla de médailles en or ; elle lui prit autant de montres qu'il en expédia en Russie ; elle eut la coquetterie d'être en correspondance régulière avec lui. C'est à tort qu'on l'a soupçonnée de n'être qu'une copiste. Toutes les minutes de ses Lettres à Voltaire sont encore conservées ; elles sont tellement travaillées, raturées et surchargées qu'elles en restent illisibles : c'est un vrai grimoire. Voltaire étant mort dans toute la plénitude de sa gloire, Catherine jugea à propos de spéculer sur l'enthousiasme public. Elle s'empressa d'acquérir la bibliothèque de Voltaire, moyennant 150,000 livres en argent, et pareille somme en pierreries et en fourrures. Elle commanda une statue de Voltaire; elle voulut qu'on dressât le plan de son château et de ses dépendances, afin de construire un pendant de Ferney près de Saint-Pétersbourg. Elle eut même le dessin d'édifier un musée pour classer les livres de Voltaire dans l'ordre qu'ils occupaient à Ferney. Mais elle perdit de vue tous ces projets. Elle avait reçu les livres et la statue, elle les conserva tels quels. La Révolution survint ; Catherine l'attribua aux écrits de Voltaire. Alors elle cessa d'honorer sa mémoire. Elle ota de sa galerie le buste de Voltaire et le- laissa à l'écart ; les livres eurent le même sort que le marbre. Il n'y a que quelques années qu'on s'est avisé de les retirer des greniers où ils étaient entassés pêle-mêle, depuis un temps infini, et "de les placer dans une galerie; on aperçoit au milieu de la bibliothèque la statue de Voltaire, mais sans

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piédestal, de sorte qu'il est impossible de ne pas étouffer de rire quand on se trouve de plein pied, et face à face, avec cette figure dont Houdon a si bien saisi l'expression moqueuse.

C'est l'empereur Nicolas qui a fait ranger ces livres, mais sans idolâtrie pour Voltaire. Il défendit à ses bibliothécaires, sous les peines les plus sévères, de communiquer les manuscrits de Voltaire, sans une autorisation signée de sa main. Il n'a permis à personne d'en copier même une ligne, pour certains papiers d'une obscénité révoltante, même au jugement de ceux qui ont lu la Pucelle.

Dépouillons maintenant les scrutins des littérateurs.

Desfontaines et Fréron sont-ils dignes d'ouvrir la liste ? Le 6 décembre 1776, Voltaire faisait cet aven à Condorcet : « L'abbé Desfontaines n'était pas sans esprit et sans érudition. » Le marquis de Prezzo, seigneur de la cour de Turin, ayant prié Voltaire de lui désigner un correspondant littéraire à Paris, qui fût en état de lui donner une idée de tous les écrits qui se publiaient en France : « Adressez-vous, lui dit Voltaire, à ce coquin de Fréron ; il n'y a que lui qui puisse faire ce que vous demandez. » Le marquis paraissant étonné de cet éloge : * Ma foi, oui, répliqua le philosophe, c'est le seul homme qui ait du goût, je suis forcé d'en convenir, quoique je ne l'aime pas, et que j'aie de bonnes raisons pour le détester. » Tels furent les deux critiques qui ne craignirent pas de reconnaître le plus tôt, et de proclamer le plus souvent, que Voltaire n'était ni le plus vertueux, ni le plus éminent des letlrés.

M mo du Chastelet passa treize ans dans l'intimité de Voltaire ; ses Lettres à d'Argental ne feront souhaiter à aucune femme d'avoir pour hôte un homme du caractère de Voltaire.

M mo de Graf figny visita ce couple; ses illusions ne durèrent pas longtemps ; elle n'a pas caché les injustices, la jalousie,

la vanité, les fureurs, les rancunes, le fanatisme excessif, les folies, les imprudences, les ridicules, les faiblesses, l'orgueil, les caprices et la bêtise même de celui qu'elle appelait d'abord son idole. Elle n'a pu s'empêcher de s'écrier : c Qu'il est bête, lui qui a tant d'esprit ! •

M me Denis a porté sur son oncle un jugement que l'histoire n'a pas laissé tomber.

M IL ' Quinault tenait Voltaire pour un méchant esprit et nn homme sans foi.

M me d'fipinay a dévoilé ses inconséquences, ses contradictions, ses préjugés, ses redites, ses perpétuelles moqueries, ses ridicules. Elle déclare qu'elle n'aurait pas désiré vivre longtemps avec lui.

M me du Deffand était du même avis.

La duchesse de Choiseul éclate, dans ces mots tirés de la Correspondance inédite de 3/ me du Deffand : « La lettre de Voltaire que je vous envoie est pitoyable. Il en avait déjà écrit une dans le même genre à M. de la Ponce, remplie d'amour pour nous, d'invectives contre le Parlement, et d'éloges sur les opérations du chancelier. Il croit, en rassemblant tous ces contraires, se donner un air de candeur, et prendre le ton de la vérité. Il vous jpande qu'il est fidèle à ses passions : il devrait dire à ses faiblesses. Il a toujours été poltron sans danger, insolent sans motifs et bas sans objet. Tout cela n'empêche pas qu'il ne soit le plus bel esprit de son siècle, qu'il ne faille admirer son talent, savoir par cœur ses ouvrages, s'éclairer de sa philosophie, se nourrir de sa morale ; il faut l'encenser et le mépriser. — Qu'il est pitoyable, ce Voltaire! Qu'il est lâche! Il s'excuse, il s'excuse ; il se noie dans son crachat pour avoir craché sans besoin ; il chante la palinodie, il souffle le froid, le chaud. Il fait pitié et dégoût. »

J'emprunte aux Lettres inédites de la marquise de Créqui ce passage, daté du 7 mai 1789 : « J'ai lu la Correspondance

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de Voltaire, et, comme je lis moralistement, elle me fait beaucoup de plaisir. Un homme tel que lui, si vil par gloriole, est un spectacle pour des yeux observateurs. Ne croyez pas qu'il fût dupe des dieux qu'il encensait, mais il voulait être encensé, prôné et couru : il Ta été, et certainement, sans cette manigance honteuse, il n'aurait pas été aussi célèbre avec le même mérite. J'y ai souvent réfléchi : les vicieux sont plus célébrés et plus aimables que les vertueux modestes. La raison ni les principes n'arrêtent jamais les premiers ; ils se permettent tout, et ils obtiennent tout. On les craint, on les désire, on s'en vante, et le talent modeste est mésestimé et souvent oublié. »

M me de Genlis n'a pas été moins sincère. Elle confirme tous les jugements précédents par des appréciations bien senties de l'homme et de l'écrivain.

M rae de Staël a écrit sur Voltaire, dans son livre sur l'Allemagne, des arrêts dont nous ne citerons que ces mots : « Il fit Candide, cet ouvrage d'une gaieté infernale, car il semble écrit par un être d'une autre nature que nous, indifférent à notre sort, content de nos souffrances, et riant, comme un démon ou comme un singe, des misères de cette espèce humaine avec laquelle il n'a rien de commun. »

M me Necker, oubliant la statue qu'elle avait puissamment contribué à faire élever à Voltaire par les gens de lettres, parle d'un trait de colère qui faillit aboutir à l'assassinat; elle confesse que Voltaire ne lisait pas assez, qu'il ne passait pas une heure sans changer de principes, qu'il poussait très loin la méprise et l'inexactitude en histoire, qu'il était très inégal dans son style, et qu'il ne s'élève pas bien haut dans le domaine de l'imagination.

Qu'attendre maintenant des hommes?

Collini a fait des confidences des plus accablantes contre Voltaire.

En dépit de ses réticences, Wagnière laisse bien à penser.

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Piron ne cessa de décocher contre lui ses épigranimcs les plus violentes. Il avait quatre-vingts ans, qu'il en faisait encore. Nous lisons, dans une de ses Lettres récemment publiées : « Le sot et méchant homme, que Voltaire : il n'a pas plus d'esprit que de science dans les trois quarts de ce qu'il fait : excepté la paresse, on pourrait dire que les péchés mortels sont ses Muses. Impie, superbe, envieux, furieux, tout est marqué à ce joli coin-là. »

- Montesquieu a dit : « Voltaire n'est pas beau, il n'est que joli. Il serait honteux pour l'Académie que Voltaire en fut. Les ouvrages de Voltaire sont comme les visages mal proportionnés qui brillent de jeunesse. Voltaire n'écrira jamais une bonne histoire. L'auteur de Charles Xll manque quelquefois de sens. »

Galiani riait de l'ignorance de Voltaire; il regardait sa prétendue tolérance comme une sottise ; il devinait qu'il n'était point aimé et ne le serait jamais.

Formey estimait que Voltaire resterait la risée de tous ceux qui prendraient la peine de relever ses contradictions.

Duclos qualifiait Voltaire de brigand ; il laissa prouver et conclure chez lui que Voltaire n'occuperait le premier rang dans aucun genre, et qu'il serait la fable de tous ceux qui reprendraient ses travaux en sous-œuvre.

Diderot ne fit qu'une visite à Voltaire, en 1778 ; il n'eut presque aucun rapport avec lui et ne lui écrivit que quelques lettres ; il l'estimait très peu, soit comme homme, soit comme philosophe. Il l'appelait le méchant et extraordinaire enfant des Délices ; il se plaignait de sa susceptibilité, de sa frivolité, de son ignorance, de ses paradoxes, de son injustice, de sa méchanceté incroyable, et même de son envie. Il -dit, à propos de celte envie de Voltaire, en 1762 : « Je ne saurais passer cette petitesse-là à un si grand homme, il en veut à tous les piédestaux. Il travaille à une édition de Corneille. Je gage, si l'on veut, que les notes, dont elle sera

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M, f#u./o» n ) pi- uriuqué «le tirer sur Volt lire, toutes Ws fo.- 'j') il I ; i p-ij'-out.'v dan- !•- domaine de l'histoire et de h li»< r;itijr". Ilan-. b- tome III •!•: >oii Histoire de la cirilisaikm m I imite, il a examin*'- h: rôle du poète et le rôle du cri- \\i\\f d;m» k- ou\m^*" de Volt-iin.'*. il a plus de penchant pour J ni*tiii<-t «lu po<'tc que pour les élucubrations de l'histori'-n : ''''-t pulw-riter fort poliment l'érudition du philosopb**, qui n'a pa» plu» de solidité qu'un château de cartes.

Si-tiuoiide de Sismondi appartenait à cette école historique qui 'Towiit pouvoir se papier du flambeau de Voltaire, pour avanew dan-» le«» eataeombcs de V histoire.

I);jiis un article sur Voltaire, Victor Hugo a parlé de ses Œuvren comme d'un temple monstrueux où il y a des témoignages pour tout ee qui n'est pas la vérité, un culte pour tout ee qui n'est pas Dieu. Il ne peut prononcer ce nom sans indignation. Il (remit sur ee beau génie qui n'a pas compris sa sublime mission, sur cet ingrat qui a profané la chasteté de, la muse et la sainteté de la patrie, sur ce transfuge qui ne s'est pas souvenu que le trépied du poète a sa place près

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semblée constituante décréta l'Apothéose de Voltaire : « Il est difficile de trouver un exemple plus remarquable de la puissance et de la fascination du préjugé, que cette apothéose de Voltaire votée par la partie libérale d'une assemblée telle que la Constituante. Certes, Voltaire n'était rien moins qn patriote, rien moins qu'ennemi de la noblesse, rien moii.s que partisan de l'égalité. S'il eût assez vécu pour être député aux états généraux, il est probable qu'il se fût assis parmi les aristocrates. Il n'aurait certainement pas voté pour les noirs, lui qui était intéressé dans la traite des nègres. Il se fût grandement moqué de tous ces amis de la perfectibilité humaine, de tous ces preneurs de vertus populaires, de tous ces zélateurs d'égalité qui occupaient les tribunes de l'Assemblée et remplissaient les colonnes de la presse. Quelques membres de l'Assemblée avaient sans doute trouvé opportun, au moment de la grande effervescence des opinions religieuses, lorsque partout on voyait, dans l'émotion des fidèles, le danger d'une guerre civile, d'afficher un hardi dédain, de jeter en quelque sorte un défi au parti dévot, et rien ne leur avait paru plus convenable dans ce but que d'exalter le principal apôtre de l'incrédulité dans le dix-huitième siècle ; la majorité, moitié par conviction, moitié par esprit de concession aux passions du jour, s'était laissée entraîner. » L'Assemblée nationale ne pouvait pas mieux justifier tout le mal que Voltaire avait dit si souvent des sociétés délibérantes. Le nom de Voltaire ne fut évidemment qu'un prétexte dans cette fameuse apothéose. Sans s'en douter, l'Assemblée constituante se servit du cadavre de Voltaire pour distraire les badauds. Puisqu'il fallait une fête au peuple, ou à la cariaille, comme l'appelait Voltaire, il était convenable qu'on lui donnât les os de Voltaire à ronger, en attendant d'autres victimes.

Mais plusieurs mois auparavant, en octobre 1790, Claude Fauchet avait pu tenir ce discours devant huit à neuf mille

personnes, sans être interrompu, ni hué, ni injurié, ni mis en morceaux :

« Voltaire a dit, avec cet accent de inépris si familier dans ses ouvrages, que les m\ stères des francs- maçons étaient fort plats. Mais il en parlait comme de tous les mystères de la nature et de la divinité, (pie personne ne connut jamais moins, et qu'il semblait railler par dépit de ne pas les entendre. Il exerçait sur tous les objets qui exigent des réflexions profondes, hors de sa mesure, un despotisme moqueur qu'applaudissaient les têtes vides, et qui faisait sourire les vrais savants. D'ailleurs, toutes les idées d'égalité répugnaient a son orgueil. Il trouvait la plupart des abus de notre ordre social fort bons, a raison de ce qu'il était gentilhomme ordinaire, seigneur châtelain, homme à grand ton, et fort aristocrate en société comme en littérature, parce qu'il y et lit fort riche. Ce philosophe qui ne creusait aucune idée par lui-môme, mais qui revétissait avec grâce les pensées données, n'a pas eu le génie de concevoir que des traditions toujours cachées et toujours transmises par toute la terre, ne pouvaient avoir qu'un objet d'un intérêt universel, et qui tenait aux premiers principes de la nature. Je dirai à cet écrivain aussi étonnant par les inconstances de son esprit jue par les beautés de son talent, qui a versé dans l'opinion publique tant de vérités et tant d'erreurs, qui passait par une alternative journilière d'un déisme exalté à un matérialisme absurde ; je lui dirai que ce sont les mystères des niitérialistes eux-nrômss qui sont fort plats, et qui ne sont propres q.i'à éteindre toutes les lumières et toutes les vertus, eu méconnaissant li dignité de l'homm3 et l'esprit de l'univers. Je lui dirai, ainsi qu'à tous les menteurs en philosophie, q le ce sont ceux qui font du genre humain un troupeiu sans âme, et de tous les mondes harmonieux qui emplissent l'immensité uns production sans principe et sans dessein, qui sont en cela des penseurs fort étroits, fort

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méprisables, et pour reprendre son expression, fort plats. » Brissot n'était guère plus indulgent. Aussi dit-il dans ses « Mémoires : Une chose digne de remarque, c'est que les « plus acharnés détracteurs des Confessions de Jean-Jacques « étaient tous les plus grands partisans de Voltaire. Ils trou- « vaient surtout indécent, affreux, abominable que Rousseau « eût osé mettre par écrit et révélerai! public et ses faibteases « et celles de M me de Warens. Et pourtant, comment s'est « conduit Voltaire ? Il raconte des anecdotes cent fois plus « horribles d'un de ses bienfaiteurs, de son ami, du Salomon « du Nord ; et cet écrit voit la lumière, du vivant même du « prince qu'il outrage ! et les amis de Voltaire n'ont pas, « pour cela, cessé de l'admirer. Cependant, comme le carac- « tère de TAristippe moderne me paraît à nu dans ses Mé- « moires ! On l'y voit louer, admirer en public un prince « dont il ravale en secret le mérite, dont il ridiculise les « vices ; on le voit jeter le ridicule» et l'opprobre à pleines « mains sur une foule de personnages qui en versent encore « aujourd'hui des larmes ; on le voit détruire par ses satires « les réputations qu'il avait créées par ses éloges ; barbouiller <r de fumée les idoles qu'il avait parfumées de son encens; « on le voit ironique, jaloux, méchant, et s'applaudissant de « ses méchancetés et de ses sarcasmes. Comparez-le donc à « Jean-Jacques ! Celui-ci est faible, et il s'accuse ; celui-là « est vicieux et coupable, et il s'élève et se pavane. Certes, « nul plus que moi n'admire le génie de Voltaire, et ne lui « tient plus de compte du bien qu'il a fait à la philosophie « et à l'humanité ; dans plus d'un de mes écrits, j'ai prouvé « cette admiration ; mais entre son génie et son cœur, entre « ses confessions et celles de Rousseau, je crois qu'il y a un « immense intervalle. » Brissot ne se contente pas de juger Voltaire ; il raconte des anecdotes qui confirment sa réserve, notamment celle-ci, qui aide si bien à comprendre notre mort de Voltaire ; « Tronchin venait d'apprendre à Voltaire

la mort de l'épouse de Vernes, jeune femme douée de mille qualités, qu'il voyait souvent ainsi que son mari, quoiqu'il en eût été maltraité dans ses Confidences philosophiques et dans plusieurs autres ouvrages. Le philosophe fut frappé de eettc nouvelle, et ne sortit de ses réflexions que pour s'écrier: « Quoi ! mourir si jeune ! » Tronchin lui dit : c Vous craignez donc bien la mort, vous vieux et cassé? » — c Si je la crains ! lui répondit Voltaire, en lui serrant le bras ; mettezmoi sur un échafaud ; étendez-moi sur une roue ; là, brisé, rompu, prêt à périr, si je pouvais conserver la vie eu évitant le coup de grâce, je dirais encore : épargnez-moi ce coup, et laissez-moi la vie. — Voilà donc, s'écria Tronchin, le fruit de vos beaux systèmes : >ous tremblez à l'approche de la mort, tandis qu'une femme, qui n'a que sa religion pour la soutenir, est morte avec la plus grande tranquilité. » D'après tout ce que m'a dit Vernes, Voltaire respectait, craignait Tronchin. C'est un traiude ressemblance entre cet écrivain et Louis XL Us en avaient plus d'un autre dans le caractère.- »

On finirait par former un volume, si l'on s'appliquait à évoquer les ombres des morts ou à recueillir les sentiments de nos célébrités contemporaines.

11 est évident que Voltaire ne gagne pas à être vu ni lu par des intelligences supérieures et des esprits sagaces.

Il est bon de clore cette liste avec un nom digne de fixer l'attention publique.

Autrefois, quand le bourreau conduisait à l'échafaud quelques grands criminels, il lui était enjoint de les souffleter el de les outrager avant de leur porter le dernier coup. Voltaire avait pressenti la Révolution ; il avait proclamé bienheureux ceux xjui jouiraient des bienfaits de cette Révolution. Que ceux qui révèrent en Voltaire l'auteur de la Révolution approchent. Voici un être qui mérite d'être regardé comme l'exécuteur des hautes œuvres, de cette Révolution ; tout ce

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qu'il fut, c'est à cette Révolution qu'il le dut ; il lui est ïeon-r substantiel ; il surgit de son sein avec cette soif insatiable de sang humain que Milton donne à la mort engendrée par le péché; il rappelle tant d'horreurs et d'infamies qu'on est tenté de croire à la métempsycose, car la vie pour lui c'était d'envoyer les autres par myriades à la mort, et il a eu des séides, des sectaires, des adorateurs, des apothéoses, des temples, des autels, des fêtes, comme Voltaire en avait eu ; il a un nom, c'est Marat. Or, dans Y Ami du peuple, du mois d'avril 1791, Marat se rua sur Voltaire, pour lui appliquer avec un fer rouge cette marque : « Voltaire, adroit plagiaire, qui eut l'art d'avoir l'esprit de tous ses devanciers, et qui ne montra d'originalité que dans la finesse de ses flagorneries ; écrivain scandaleux, qui pervertit la jeunesse par les leçons d'une fausse philosophie, et dont le cœur fut le trône de l'envie, de l'avarice, de la malignité, de la vengeance, de la perfidie et de toutes les passions qui dégradent l'espèce humaine. » Quel poisson d'avril pour Voltaire et ses admirateurs ! Concevra-t-on enfin pourquoi le comte de Maistre regarde Voltaire comme le dernier des hommes, après ceux qui l'aiment? Qui donc osera se réclamer encore d'un personnage flétri par la main de Marat ?

Aussi les esprits les plus circonspects commencent-ils à ne plus vouloir de Voltaire. Le 23 décembre 1854, dans une lettre écrite au nom de l'Académie, M. Villemain n'a pas hésité à dire de la Correspondance de Voltaire que c'est peut-être un de ses plus curieux ouvrages. 11 faut que Vol-* taire n'ait plus guère de partisans, pour que l'Institut ose préférer aux ouvrages de Voltaire, si travaillés, si soignés, si souvent revus et corrigés, les lettres qu'il écrivait sans attention, presque toujours avec passion, et qu'il dictait habituellement à des secrétaires sans intelligence.

Esprit plus positif, plus profond, plus hardi, M. Nisard a formulé le même jugement que M. Villemain, mais .en sup-

primant ce peut-être qui fut une précaution oratoire, une politesse de convenance sous la plume du Secrétaire perpétuel de l'Académie française.

Malheureusement pour Voltaire, c'est l'opinion de tous les hommes de lettres.

Ainsi, nous voilà loin du temps où Delille disait avec raison dans Y Homme des Champs;

On relit tout Racine, on choisit dans Voltaire.

Dans vingt ou trente ans, le Secrétaire perpétuel de l'Académie française et le Directeur de l'École Normale supérieure auront-ils la même indulgence pour ces Lettres qu'on nous donne actuellement pour les restes de Voltaire? Les Œuvres complètes ont été sacrifiées aux Œuvres choisies; les Œuvres choisies sont délaissées pour la Correspondance générale. Les Lettres une fois choisies, à quoi se réduira le bagage de Voltaire ?

En refusant le cœur de Voltaire dont on lui faisait hommage, l'Académie française semble avoir confirmé, comme une Cour de cassation littéraire, la multitude de jugements que nous avons évoqués, et nous renvoyer, comme à un arrêt définitif, à cette sentence émise par l'un des principaux rédacteurs du Siècle : « Qu'est-il arrivé à Voltaire ? Du moment que la populace des écrivains et des pamphlétaires poli* tiques répéta ses idées, tout ce qu'il disait si bien devint ignoble, et tout fut perdu. L'esprit et le tact disparurent de la France. Aujourd'hui enfin , le châtiment de Voltaire, de cet homme d'esprit, c'est d'être devenu le dieu des imbéciles. »

Un pareil arrêt mérite ce contreseing de Stendhal : c Les critiques étrangers ont remarqué qu'il y a toujours un fond de méchanceté dans les plaisanteries les plus gaies de Can* dide et de Zadig. Le riche Voltaire se plaît h douer nos rç-

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gards sur la vue des malheurs inévitables de la pauvre nature humaine. Comique continuellement souillé par l'odieux, l'homme méchant perce partout. »

C'est à Victor Hugo qu'appartient, pour le Regard' jeté dans une mansarde à travers les Rayons et les Ombres, l'honneur der signifier cet arrêt à ceux qui se sentiraient encore attirés vers ce singe de génie, le doute, l'ironie.

Oh! tremble! ce sophiste a sondé bien des fanges! Oh ! tremble ! ce faux sage a perdu bien des anges ! Ce démon, noir milan, fond sur les cœurs pieux, Et les brise, et souvent, sous ses griffes cruelles Plume à plume j'ai vu tomber ces blanches ailes Qui font qu'une âme vole et s'enfuit dans les cicux !

Louis Nicolardot.

Revue du monde catholique, du 23 juin 1864.

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