‹ Ménage et finances de Voltaire [microform]Chapitre 38 sur 55 · ET BELLE ET BONNE · texte numérisé non relu

ET BELLE ET BONNE

cette épître, il va trouver M"^« Denis ; il lui dit qu'il fallait arraeher au diable cette âme qu'on prétendait donner à Dieu, et il engagea sa nièce à proposer à la famille de M'"' de Varicourt de permettre que celle-ci vînt passer quelque temps à Ferney . La jeune personne s'y est si bien conduite qu'elle y a acquis le surnom de Belle et Bonne ; ce qui a déterminé M. le marquis de Villette à en faire la fortune en l'épousant. » De son côté, Wagnière (p. 114 et 117) certifie que ce fut M'"*' Denis qui obtint des parents de lAr'^de Varicourt qu'elle vînt habiter le château de Ferney, pour lui tenir compagnie.

C'était en 1775. Les époux Dupuits avaient quitté

Ferney; les étrangers devenaient de plus en plus rares,

Voltaire croissait en âge et peu en vertu. >P*^ Denis

s'ennuya d'être presque toujours seule ; elle n'eut donc

d'autre intention que de se procurer une demoiselle de

compagnie en appelant auprès d'elle une jeune fille,

qui appartenait à une famille honorable. Elles vécurent

ensemble dans la plus grande intimité. Mais en 1777,

« M. le marquis de Villette, raconte Wagnière (p. 117),

vint en septembre voir M. de Voltaire à Ferney. Il dit

qu'il voulait épouser M'"' de Varicourt; ce qu'il fît enfin,

après avoir cependant tergiversé près de trois mois. Il

n'est point vrai, comme on l'a dit et comme on l'a

imprimé, que M. de Voltaire eût eu jamais l'idée d'offrir

une forte dot à la femme de M. de Villette ; cela même

eût été ridicule, puisque M. de Villette s'annonça comme

jouissant de 120,000 livres de rente ; par conséquent il

n'a point eu la gloire prétendue de refuser une dot.

M. de Voltaire et M"'« Denis donnèrent seulement quel-

ques diamants à la jeune mariée. M. de Yillette, apparemment pour se donner quelque relief, cherchait à faire croire que sa femme et lui étaient parents de M. de

M. de Jouy ayant répété, dans le tome V de V Ermite en province, que Voltaire avait accordé à Belle et Bonne une dot de 50,000 écus, un ami de la famille de Villette adressa cette réclamation au Journal des déhats, le 30 mars 1825: « L'amitié la plus vive unissait M. de Voltaire et M. le marquis de Villette, qui jouissait d'une immense fortune. Ce dernier vit à Ferney M"'' de Varicourt, l'aima, en fit la demande à ses parents, qui la lui accordèrent. Mais Voltaire ne la dota point ; il avait le tact trop exquis pour en faire même V offre, sachant combien, par une offre de cette nature, il aurait blessé tout à la fois le noble désintéressement de son ami et la délicatesse d'une famille distinguée et honorable. Voltaire n'a donc pas été le bienfaiteur de M"** de Varicourt, mais son protecteur et son ami. Déjà feu M. le marquis de Villette a réfuté dans le temps cette assertion, et j'ai vu entre les mains de M. son fils l'original de la lettre qu'il fît insérer dans les journaux d'alors. »

Rien n'était plus invraisemblable que d'attribuer à Voltaire, comme l'a avancé Palissot, le désir et la volonté d'offrir une dot de 50,000 écus à un marquis auquel il reconnaissait 40,000 (1) et même 50,000 écus de rente, comme il le mandait, le 19 novembre 11 "î 7, à La Harpe.

Il reste péremptoirement prouvé, par le témoignage

(!) Lettre à M..., du 9 novembre 1778 (a» 7387, édit. Beuchol).

de Wagnière et de la famille de Villette, que non seulement Voltaire nedonna pas de dot à Belle et Bonne, mais qu'il ne manifesta jamais l'intention de lui en offrir. II lui prodigua les caresses les plus tendres, remarquent les Mémoires de Baehaumont, du 18 juin mi. Il la logea, la nourrit et l'entretint pendant deux ans. Il eût été difficile à M"'" Denis de trouver à meilleur marché une demoiselle de compagnie aussi jolie et aussi distinguée.

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