‹ Ménage et finances de Voltaire [microform]Chapitre 40 sur 55 · MF · texte numérisé non relu

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si généreux envers Delisle, il n'est point téméraire de croire qu'en le recueillant chez lui il avait un autre dessein que celui d'encourager le mérite persécuté, car Delisle avait assurément moins de talent que d'autres que Voltaire ne cessait de prôner et qu'il laissait néanmoins dans la gène.

Ainsi, le 9 décembre 1733, il parlait à Dalembert de I Encyclopédie comme du plus grand et du plus beau monument de la nation et de la littérature. Le 13 novembre 1736, il la lui citait encore comme le plus grand ouvrage du monde. Or, qui travaillait à l'Encvclopédie' C était Diderot et Dalembert. Voltaire les jugeaît-il dignes de cette entreprise? Oui, car, le 3 septembre 1782 il mandait à Dalembert : « Vous et M. Diderot, vous faites un ouvrage qui sera la gloire de la France. Paris abonde en barbouilleurs de papiers; mais de philosophes éloquents, je ne connais que vous et lui. » Le23 juin 1760 môme aveu : « H n'y a que vous qui écriviez toujours bien et Diderot parfois. » Ce n'est pas le seul hommage qu'il leur ait rendu.

Parlons d'abord de Diderot. Dans une lettre, du 26 janvier 1770, à Thieriot, Voltaire le signalait comme le digne soutien de la philosophie, l'immortel vainqueur du fanatisme. Dans le mois de décembre 1760, il écrivait ace cher écrivain : « Mon très digne maître, puisse votre gloire servir à votre fortune ! Je vous regarde comme un homme nécessaire au monde, né pour l'éclairer et pour écraser le fanatisme et l'hypocrisie. . Aussi avouait-il, le 8 octobre 1764, à Thieriot, qu'on devait des recompenses à Diderot à cause de sa collaboration a 1 Encyclopédie, mais il en laissait le mérite

à d'autres. Diderot passa presque toute sa vie dans un quatrième étage; dans sa jeunesse, il faillit mourir de faim. Au moment où une pauvre aubergiste lui donna un peu de pain et de vin pour le rappeler à la douleur, il fut obligé de travailler pour des corps, pour des magistrats, pour tous ceux qui étaient en état de lui accorder quelques honoraires. C'est ainsi qu'il composa des plaidoyers, des remontrances au roi, des sermons et même des prospectus (1). Il resta constamment sous la dépendance de ses libraires. Voltaire le savait; il le plaignait beaucoup, et se contentait de lui prodiguer les éloges le.s plus flatteurs. Diderot était toujours gêné. Tout le monde connaît la générosité, la délicatesse avec laquelle Boileau acheta la bibliothèque de Patru. Diderot chercha pendant cinq ans à se défaire de sa bibliothèque pour établir sa fille. Ce fut sur la recommandation de Grimm quel'impératrice de Russieacquitsabibliothèque, à des conditions très avantageuses pour Diderot. Voltaire ne manqua pas de prôner cette action de Catherine II, dans son Commentaire historique. N'est-il pas permis de demander si l'exemple de Boileau ne devait pas être imité par Voltaire, lorsqu'il apprit la détresse de Diderot? Voltaire ne fit donc rien en faveur de Diderot.

Revenons à Dalembert. Voltaire le regardait, le 9 octobre 1735, comme son cher philosophe universel. La même année, il lui disait : « Adieu, Atlas et Hercule, qui portez le monde sur vos épaules. » Le

(I) M"" de Vandcul, Mémoires pour servir à Vhistoire de la vie et des ouvrages de Diderot,

7 mars 1758, il le louait comme un homme au-dessus de son siècle et de son pays; le 2i juillet 1760, comme le plus bel esprit de la France et le plus aimable; le 10 mars 1701, comme son très digne et ferme philosophe, vrai savant, vrai l)el esprit, homme nécessaire au siècle; le 8 mai suivant, comme M. le Protée, M. le multiforme; le 26 décembre 176i, comme le prêtre de la raison, qui enterreraitle fanatisme ; le -28 octobre 1769, comme le premier écrivain du siècle; le 2i août 1775, comme le cher soutien de la raison et du bon goût. Aussi, le 16 octobre 1165, lui adressait-il ces mots : « Mon cher et vrai et grand philosophe, vous êtes comptable de votre temps à la raison humaine. » Mais Dalembert était pauvre et persécuté. C'est pourquoi il mandait, le 22 décembre 1750, à son panégyriste : <» Je suis bien las de Paris, mais serai-je mieux ailleurs? C'est ce qui est fort incertain. Vous avez choisi la meilleure part : vous êtes riche elje suis pauvre. On continue toujours ici à nous persécuter, et à nous susciter tracasseries sur tracasseries. » Cette plainte était-elle fondée? Oui, car Dalembeit étai déjà membre de toutes les académies de l'Europe, qu'il n'avait encore que douze à quinze cents livres de rente, sui\ ant la Correspondancelitle'rairedQGvïnim, de janvier 1784. Il n'était guère plus riche quand il refusa de se charger d'élever une altesse impériale de Russie avec cent mille livres de traitement. Il en était réduit à vivre dans le bouge de la pauvre vitrière qui l'avait nourri comme son enfant. Voltaire apprenait, le 12 mars 1766, à Damilaville, que Dalembert n'avait pas une fortune selon son mérite. Que fit-il pour le tirer de cette situation? Le 30 juin 1765, Dalembert lui

écrit : « Vous êtes bien bon, mon cher maître, de prendre tant de part à l'injustice que j'éprouve ; il est vrai qu'elle est sans exemple. Je sais que le ministre (Saint-Florentin) n'a point encore rendu de réponse définitive ; mais vouloir me fîiire attendre et me faire valoir ce qui m'est dû à tant de titres, c'est un outrage presque aussi grand que de me le refuser. Sans mon amour extrême pour la liberté, j'aurais dc^jà pris mon parti de quitter la France, à qui je n'ai fait que trop de sacrifices. J'approche de cinquante ans; je comptais sur la pension de l'Académie comme sur la seule ressource de ma vieillesse. Si cette ressource m'est enlevée, il faut que je songe à m'en procurer d'autres, car il est affi'eux d'être vieux et pauvre. Si vous pouviez savoir les charges considérables et indispensables, quoique volontaires, qui absorbent la plus grande partie de mon très petit revenu, vous seriez étonné du peu que je dépense pour moi; mais il viendra un temps, et ce temps n'est pas loin, oi^i l'âge et les infirmités augmenteront mes besoins. Sans la pension du roi de Prusse, qui m'a toujours été très exactement payée, j'aurais été obligé de me retirer ou à la campagne ou en province, ou d'aller cliercher ma subsistance hors de ma patrie. Je ne doute point que ce prince, quand il saura ma position, ne redouble ses instances pour me faire accepter la place qu'il me garde toujours, de président de son Académie; nuiis le séjour de Potsdam ne convient point à ma santé, le seul bien qui me reste. Je vous avoue que ma situation m'embarrasse. Il est dur de se déplacer à cinquante ans, mais il ne l'est pas moins de rester chez soi pour y essuyer des nasardes. Ma seule

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consolation est de voir que rAcadémie, le public, tous les gens de lettres, ne sont pas moins indignés que vous du traitement que j'éprouve. J'espère que les étrangers joindront leurs cris à ceux de la France; et je vous prie de ne laisser ignorer à aucun de ceux que vous verrez le nouveau genre de persécution qu'on exerce contre les lettres. Jouhlie de vous dire que j'ai écrit au ministre une lettre simple et convenable, sans bassesse et sans insolence, et que je n'en ai pas eu idus de réponse que l'Académie. » Voltaire lui répond d'abord le 8 juillet : . Votre lettre m'a pénétré le coeur > 0.1a donc où vous en êtes ! C'est à vous à tout peser • voyez SI vous voulez vous transporter, à votre âge, et s 11 faut que Platon aille chez Denis, ou que Platon reste en Grèce. Votre cœur et votre raison sont pour la Grèce. Vous examinerez si, en restant dans Athènes vous devez rechercher la bienveillance des Péiiclès On est fâché contre vous. Des trésors de colère se sont amassés contre nous tous. Mais il vous faut votre pension. Voulez-vous me faire votre agent, quoique je ne sois pas sur les lieux? . Puis le S auguste suivant : « Je n ai point d'avis à vous donner ; vous n'en prendrez que de votre fermeté et de votre sagesse. Je n'ai rien à dire a M. le duc de Choiseul, Je lui ai tout dit; et, puisque vous ne le croyez pas l'auteur de cette injustice, mon rôle est terminé. J'ignore si vous quitterez cette nation de singes et si vous irez chez des ours; mais, si vous allez en Oursie, passez par chez nous. Ma poitrine commence un peu à s'engorger. Il serait fort plaisant que je mourusse entre vos bras, en faisant ma profession de foi. Mais pourquoi ne viendriez-vous pas à Ferney

attendre philosophiquement la fin des orages? » Le 13 du même mois, Dalembert lui avoue qu'il senties inconvénients de la pauvreté et ajoute : « Savez-vous que je vais être sevré? A quarante-sept ans, ce n'est pas s'y prendre de trop bonne heure. Je sors de nourrice où j'étais depuis vingt-cinq ans; j'y prenais d'assez bon lait, mais j'étais renfermé dans un cachot où je ne respirais pas, et je sens que l'air m'est absolument nécessaire; je vais chercher un logement où il y en ait. Il m'en coûte six cents livres de pension que je fais à cette pauvre femme pour la dédommager de mon mieux; c'est plus que la pension de l'Académie ne me vaudra,' supposé qu'on veuille bien enfin me faire la grâce de me la donner. » Et Voltaire de répondre, le 28 suivant : « Je m'intéresse pour le moins autant à votre bien-être qu'à votre gloire ; car après tout, le vivre dans l'idée d'autrui ne vaut pas le vivre à l'aise. Je me flatte qu'on vous a enfin restitué votre pension, qui est de droitc'était vous voler que de ne vous la pas donner. .' En mo, Dalembert eut une nouvelle occasion pour exposerses besoins à Voltaire. Le 4 auguste, il lui mandait : « Vraisemblablement j'aurai bientôt le plaisir de vous embrasser. Tous mes amis me conseillent le voyage d'Italie pour rétablir ma tête; j'y suis comme résolu, "et ce voyage me fera, comme vous croyez bien, passer par Ferney, soit en allant, soit en revenant. La difficulté est d'avoir un compagnon de voyage ; car, dans l'état ou je suis, je ne voudrais pas aller seul. Une antre difficulté encore plus grande, c'est l'argent que je n'ai pas. Beaucoup d'amis m'en offrent, mais je ne serais pas en état de le rendre, et je ne veux l'aumône deper-

sonne. J'ai pris le parti d'écrire, il y a huit jours, au roi de Prusse, qui m'avait déjà offert, il y a sept ans, quand j'étais chez lui, les secours nécessaires pour ce voyage que je me proposais alors de faire. J'attends sa réponse, ainsi que celle d'un ami à qui j'ai proposé de lu'accompagner. » Le 9 suivant, autre lettre : c J'espère toujours vous embrasser bientôt; j'espère aussi (jue le même prince, qui souscrit si dignement et si noblement pour votre statue, me meUi'a en état de faire ce voyage d'Italie, si indispensable pour ma santé. » Le il, Voltaire répond : (c Mon cher philosophe, mon cher ami, vous êtes donc dégoûté de Paris ; car assurément on ne se porte pas mieux sur les bords du Tibre que sur ceux de la Seine. M. de Fontenelle, à (jui vous tenez de fort près, a vécu cent ans sans en avoir l'obligaiion à Home. Je souhaite que Denis fasse ce que vous savez ; mais je doute que le viatique soit assez fort pour vous procurer toutes les commodités et tous les agréments nécessaires pour un tel voyage; et si \ous tombez malade en chemin, que deviendrez-vous? Ma philoso ' phie est sensible; je m'intéresse tendrement à vous : je suis bien sur que \ eus ne îerez rien sans avoir pris les mesures les plus justes. ^ Dalembert avait accepté des pensions du roi de Prusse et de M"" Geoffrin ; aurait-il refusé des secours de la main de Voltaire? assurément non. Il est impossible de croire qu'en révélant à Voltaire les embarras dans lesquels il se trouvait en 1765 et en ITÎO, il n'ait pas eu le dessein de lui mendier adroiteiiient de l'argent. Voltaire était trop clairvoyant pour ne pas deviner le sens de ces confidences ; mais il fît semblant de liepas cumpreadre,afm de n'avoir rien à donner.

ET SES AMIS. t<I

Les procédés de Voltaire envers les gens de lettres qui ont fait un appel à la générosité de son cœur, vontnous servir à apprécier les bienfaits dont il aurait comblé d'autres personnes qui avaient acquis moins de droits à sa bienveillance, suivant ses panégyristes. Nous en profiterons aussi pour relever une anecdote qui n'est pas sans intérêt.

A Toccasion de VOde de Voltaire intitulée IWnniver' saire delà Saint-Bar théiemi, pour l'année 177-2, 3L Beuchot a dit : « Le 14 mai, date de l'assassinat de Henri IV, et le 24 auguste, anniversaire de la Saint-Harth^'lemii n'étaient pas des jours ordinaires pour le phiIosoj)licde Fcrney. » Y.n 1769, le 30 auguste. Voltaire s'avisa d'écrire à d'Argental : a J'ai toujours la fièvre le ^24 du mois d'auguste : vous savez que c'est le jour de la Saint- Barthélemi; mais je tombe en défaillance le U de mai, où l'esprit de la ligue catholique assassina lîenri IV. l Le lendemain il écrivait aussi au comte de Schomberg : «Ne soyez point étonné que j'aie été malade au mois d'auguste. J'ai toujours la fièvre vers le 24 de ce mois comme vers le 14 de mai. Vous devinez bien pourquoi. * Le 0 septembre 1774, il disait encore à d'Argental : « Je ne sais par quelle fatalité singulière j'ai la fièvre tous les ans le 24 auguste, jour de la Saint-Barthélemi. ^y Le marquis de Villette (p. 1 14) mandait à ce sujet, en 1777 au marquis de Villevieille : ce Je dois vous apprendre une anecdote aussi extraordinaire que touchante, et que je suis honteux d'avoir ignorée jusqu'à présent : c'est que M. de Voltaire n'a pas encore passé une seule année de sa vie sans avoir la fièvre le jour de la Saint- Barthélemi. Il ne reçoit jamais personne à -îreil jour;

il est dans son lit; l'affaissement de ses organes, l'intermittence, la vivacité de son pouls caractérisent cette crise périodique. On s'y attend; on ne l'approche qu'en tremblant. Il semble que son cœur soit ulcéré de toutes les plaies que la persécution religieuse a faites aux hommes ; et on se garde bien de lui en parler, dans la crainte d'ajouter à sa douleur. Je vous atteste ici un fait que d'abord je me défendais de croire : mais toute la maison en est témoin depuis vingt ans. » Wagnière (p. 336) raconte à son tour que tous les ans, le jour de la Saint-Barthélemi, M. de Vullaire avait une espèce de fièvre et éprouvait un malaise si marqué, que tout le monde s'en apercevait. Mais Duvernet (p. 424) a cru devoir faire cette remarque : c( Ce qu'on a dit de la fièvre annuelle de Voltaire, le jour de la Saint-Barihélemi, n'est point vrai. Un légendaire, autrefois, eût pu embellir la chronique de quelque saint d'un pareil mensonge; mais la vie d'un philosophe aussi grand par ses œuvres que puissant par sa doctrine ne pourrait qu'en être déparée. Ce qui est certain, c'est que le jour de la Saint- Barthélemi, Voltaire était inquiet, triste et chagrin. Il rappelait en gémissant, et souvent en pleurant, les principales horreurs de cette journée désastreuse. L'air de joie ou de contentement dans ceux qui l'approchaient lui déplaisait infiniment. On l'eût mis en colère si on se fût permis de rire en sa présence. En iTrI, il célébra l'anniversaire de ce jour horrible par un poème; il en écrivit les stances en lettres de sang. » La correspondance de Voltaire renferme des lettres du 24 août 1724 à Thieriot ; du 25 août 1732 à Cideville ; du 24 août 1735 à M. Caumont; du 23 août 1743 à d'Argental; du

25 août 1744 et aussi du 23 août 1749 au même; du 24 août 1750 à M- Denis ; du 24 août 1751 à la même; du 23 août 1755 à Colini; du 23 août 1756 à la comtesse Lutzelbourg; du 24 août 1758 à M. Rousseau, à Liège; du 25 août 1759 à Dalembert; du 24 août 1761 à Damilaville,à M"-" d'Épinay et à d'Argental auquel il apprend qu'il a quinze lettres à écrire de suite; du 23 août 1762 à Duclos; du 23 août 1763 à d'Argental, à Damilaville et à Thieriot ; du 24 août 1764 à M. Bertrand et à Damilaville; du 24 août 1765 au marquis d'Argence de Dirac; du 25 août 1766 à Dalembert, à Damilaville, à Leclerc de Montmerci et à Frédéric, landgrave de

Hesse-Cassel ; du 23 août 1 767 à d'Olivet ; du 24 août 1 708 à Guillaumot; du 23 août 1769 à M. Jean Maire; du 25 août 1770 au comte deSchomberg; du 25 août 1772 à M""*' de Saint-Julien; du 24 août 1775 à Dalembert. Chose singulière! dans aucune de ces lettres, Voltaire ne parle de la Saint-Barthélemi et ne permet de supposer que cette journée lui occasionnât le moindre chagrin ou le plus petit accès de fièvre. Ce silence n'est-il pas la réfutation la plus accablante des puériles assertions de ce de Villette, et de Wagnière, dont Duvernet lui-même s'est vu obligé de rejeter le témoignage? C'est un fait incontestable que Buffon possédait le don des larmes ; Rousseau s'est vanté d'en avoir été gratifié de bonne heure. Voltaire avait reçu de la nature le même privilège. Il pleurait, nous l'avons vu, quand il le voulait, aussi facilement qu'un enfant. 11 ne lui était pas plus difficile de contrefaire le malade, et môme le moribond, au point de tromper un médecin, au rapport de Wagnière lui-même (p. 75). S'il a versé

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tant de larmes inutiles sur des malheurs irréparables, comment l'excuser d'avoir été si insensible an récit des malheurs de ses amis qu'il lui était donné de soulager sans se gêner?

En vain Condorcet avoue que Voltaire était dominé par le sentiment d'une bonté active; que l'amour de la gloire ne fut jamais en lui qu'une passion subordonnée à la passion plus noble de l'humanité, et que des secours à des gens de lettres, des encouragements à des jeunes gens en qui il croyait apercevoir le germe du talent, absorbaient une grande partie de sa fortune. En vain Duvernet (p. 392) nous dit qu'il joignait toujours à ses dons l'art extrêmement rare de savoir obliger, et qu'on le voyait voler au-devant des besoins de beaucoup d'hommes de lettres, et les obliger pour le seul plaisir de les obliger. En vain M. xVubcrt de Vitry, dans le DicUonnaire de la Convemition, à l'article Voltaire, a cru que soulager, servir les malheureux ètaif un besoin pour lui. En vain, dans la Galerie française, à Tarticle Voltaire, M. Berville prétend à son tour qu'il ne refusa jamais un service qui fût en son pouvoir. Nous avons mis et cette philosophie, et cette humanité, et cette délicatesse à une terrible épreuve. N'est-il pas permis de conclure, comme le fit un jour Collini, que nous devons maintenant savoir à quoi nous en tenir sur ces belles passions et ces nobles sentiments qui n'inspirèrent que de jolies phrases, de séduisantes maximes, un charlatanisme aussi superbe que stérile?

ET LES PERSONxNES GÊNÉES. 1i5

VL — Voltaire et les personnes gênées.

La pénurie dans laquelle Voltaire vient de laisser ses aides de camp et ses cordons bleus va nous aider à nrouvcr qu'il ne dut pas gâter les personnes gênées qui hii furent recommandées, ou qui osèrent s'adresser spontanément à kii.

Ayant appris qu'une demoiselle Damfreville était à Paris dans un extrême besoin. Voltaire pria l'abbé Moussinot de lui prêter 100 francs dont il avait le reçu dès le 10 janvier 1738.

Le 20 décembre de la même année, il envova à Mau- ])erliiis une somme de 100 francs pour une Laponne.

Dans son Commentaire historique, il se vante aussi d'avoir terminé un procès en payant de ses deniers la vexation qui opprimait ses pauvres vassaux, et il cite la lettre qu'il adressa à l'évèque d'Annecy pour se plaindre d'un curé qui avait suscité un procès à ses vassaux pour obtenir d'eux ce qu'il croyait avoir le droit d'exiger, et qu'ils refusaient de payer. Wagnière (p. 39) dit à ce sujet : « Le curé ayant fait mettre en prison à Gex les deux plus notables paysans de, la communauté de Ferney qui se trouvaient dans l'impossibilité de payer ce qu'il exigeait d'eux, M. de Voltaire m'envoya retirer ces deux malheureux laboureurs, et porter la somme, qui se montait à 2,100 livres. Elle ne lui a été remboursée que dans l'espace de vingt ans, sans intérêts, par la jouissance d'un petit marais, qui lui fut concédée pour ce terme par la commune de Ferney.

II

L'origine de cette affaire venait d'une dîme que ce curé se croyait en droit de lever sur des pièces de terre de Ferney. Il y avait litige depuis plusieurs années, et les frais du procès avaient plus que triplé la redevance exigée des paysans. » II n'appartenait qu'à un tribunal de terminer cette affaire. Voltaire aimait à se faire payer la dime ; il ne pouvait en déposséder un curé. Sans doute celui-ci recourut à des voies peu dignes de son caractère; mais il n'en avait pas moins la 'loi pour lui Si Voltaire intervint dans ce débat, il est évident qu'il perdu peu de chose, et que sa conduite ne fut ni aussi généreuse, ni aussi noble qu'il semble l'annoncer dans son Commentaire hhlorique. Il ne s'était fait aucun scrupule d'envoyer et un violon de l'Opéra et un juif de Berlin en prison.

Dans le même ouvrage et dans sa correspondance, il vante a l'envi ses procédés envers la famille Crassi C est une nouvelle exagération. Six frères du nom de Crassi étaient obérés de dettes ; comme ils étaient mineurs, des Jésuites d'Ornex obtinrent des lettres patentes qui les .autorisaient à acheter un domaine appartenant a ces mineurs. La vente avait été régulière. Plus tard les mineurs voulurent rentrer dans leur bien en vertu du reirait lignager. Sur l'ordre de leur général, les Jésuites n opposèrent aucune résistance, suivant une lettre de Voltaire à La Chalotais, du 17 mai 1762 Tout se fit légalement. Voltaire affecta de parler de l'acquisiton des Jésuites comme d'une usurpation. Il est évident qu'ils n'avaient agi que loyalement. Si Voltaire prêta de 1 argent aux frères Crassi pour recouvrer leur propriété, il n'avait rien à risquer, puisqu'ils étaient

solvablcs. Wagnière (p. 5o) certifie qu'ils lui remboursèrent la plus grande partie de ses fonds, et que Voltaire leur remit le restant. Cette dernière assertion est inadmissible. On ne peut croire que des gens assez riches pour acheter, suivant le Commentaire historique, un joli domaine qui avait été entre les mains des Jésuites, eussent consenti à un pareil cadeau, et que Voltaire eût imaginé de secourir des personnes qui n'avaient pas besoin de ses bienfaits.

Maintenant à nous deux, Wagnière. « On ignore peut-être, dit-il (p. 66), que dès l'instant qu'on eut appris à Genève la nouvelle de la perte de la bataille de Rosbach, M. de Voltaire écrivit à son banquier à Berlin de donner de sa part aux officiers français blessés et prisonniers l'argent dont ils pourraient avoir besoin, et de leur rendre tous les services qui dépendraient de lui. 11 prit même aussi la liberté d'en recommander quelques-uns particulièrement au roi de Prusse. » Ces ordres furent-ils exécuté»? Combien coùtèrent-ils à Voltaire? Le silence de Wagnière sur ces détails rend son assertion insignifiante, puisqu'il nous met dans limpossibilité d'apprécier le mérite de Voltaire dans cette circonstance.

Même remarque à faire sur ces lignes (p. 32) : « En ni 1, il y eut une très grande disette dans le pays de Gex. M. de Voltaire fit venir beaucoup de blé de la Sicile, qu'il distribua aux habitants à un prix au-dessous de l'achat. » Wagnière ajoute qu'il s'agissait de deux cents coupes de blé de Sicile, mais il nous laisse ignorer le prix de la coupe et la perte que supporta Voltaire.

1 ffi

M-agniè,-e continue (p. 40 et il) : . Jc crois devoir rapporter ,c, quelques autres traits ,!u même genre et J.lou.ent propres à donner une idée du carac.ère'de M. de Aoltaire et de sa conduite, non seulement envers les vassaux de ses domaines, mais envers tous les malheureux qui s'adressaient à lui, et qui ne l'étaie't pab devenus par leur inconduite

hal'it'îmV'T""'' '''»'.«>■''"' "" i»"'- nppris qu'un Habitant de Tourney avait été mis en prison à Genève

pour dettes, il m'envoya pour l'en faire sortir. J'avais dt^a icrmmé avec le citoyen de cette ville qui l'avait ■ ait n,carcerer, lorsque tous les autres créanciers de cet homme vinrent sur-le-champ le faire écrouer de nouveau. Je courus faire part de cet incident à mun maiir,. qui s engagea de payer toutes les dettes de rc paysm' qui se montaient à plus de 2,000 écus. Je portai l'argent nécessaire, même celui pour les frais d'emprisonnemeiit. Apres lélargi.ssemert, cet homme passa une reconnaissance à son libérateur, qui ne voulut exiger d intérêts pour un certain nombre d'années, et «ui n a ete remboursé qu'en partie au bout de plus de selc ans . Malheureusement ce récit n'est pas vrai. Il s'agit .0. de 1 allaire de Bétems, si enjolivée par une requL de \oltaire que nous avons reproduite. Une. note du président de Brosses nous a appris ce qu'il faut pens de ce langage pharisaïque. ^^•ag^ière a donc écrit sur de mauvais rapports, ou a menti impudemment ce qui est aussi probable; car il est difficile d'admettre que ^ oltaire eût chargé un scribe de dix-neuf ans d'une négociation aussi délicate et aussi difficile AVagnière : , Une veu\e des environs de Ferney,

ff

mère do deux jeunes enfants, étant vivement poursuivie par ses créanciers, eut recours à M, de Voltaire, qui non seulement lui prêta de l'argent sans intérêts, mais lui paya encore d'avance la rente de quelques fonds de ferre qu'elle ne pouvait ni faire exploiter ni louer à personne, et qu'il se chari^ea de mettre en valeur. Ces terres n'en ayant pas moins été mises en vente quelque temps après par voie de justice, il se rendit adjudicataire, et en fit porter le prix très haut pour le profit de cette veuve et de ses enfants. De plus, il les logea longtemps gratis dans une de ses maisons; et au bout de quelques années, cette femme, par la plus noire ingratitude, lui fit perdre non seulement tout l'argent qu'il avait payé pour elle, mais encore beaucoup d'autre par la chicane, outre tous les fonds achetés dont elle vint à bout de se remettre en possession par le moyen de sa fille. » Impossible de deviner ce que donna et perdit Voltaire dans cette affaire. 11 est certain qu'il était de son intérêt de soutenir ses vassaux pour en attirer d'autres par l'espoir de trouver en lui un protecteur. C'est ainsi qu'il put facilement avancer des fonds qui étaient garantis par les terrains de sa débitrice. Il lui en coûtait peu de cultiver ces terrains, s'ils étaient abandonnés ; s'il l'a fait, il faut l'en louer. Sa débitrice a eu assurément grand tort de ne pas lui payer son tribut de reconnaissance. Mais des contradictions viennent tellement obscurcir ce récit, qu'elles forcent de douter de son authenticité. Comment admettre que la susdite veuve ait pu légalement se faire rendre une propriété vendue légalement et loyalement? On est tenté de croire que c'est par suite d'une plainte de lésion

qu^elIe est parvenue à ce but. Il est probable qu'elle avait la justice pour elle. Dès lors Voltaire ne joue pas ICI le beau rôle. Il s'est vainement rendu adjudicataire et il n'a pas poussé trop haut les enchères de l'adjudication. Par conséquent Wagnière a de nouveau menti ou est tombé dans une ineptie inexplicable.

Même conséquence à tirer de ces lignes • « Une chose à peu près semblable lui arriva avec une autre personne à qui il avait prêté 1,000 écus. »

Wagnière : • Une veuve de Ferney, très pauvre dont un des fils était élevé chez M. de Voltaire, ayant «ne maison qui était absolument en ruine, il la lui fit rebcUir, et fit don au jeune homme de tout ce que lui avait coûté cette reconstruction, par un billet de sa main, que je remis à ce dernier. »

« Il a aussi fait bâtir et donné des maisons, portions de maisons et de terrains à bien des paysans de Ferney. » Toujours des phrases et point de chiffres Or, sans chiffres, ces deux assertions n'ont aucune valeur.

A la vérité, en voici : . Un habitant de Ferney, qui lui devait 600 livres par obligation, lui faisant part en ma présence, d'un petit malheur qui venait de lui arriver, obtint sur-lcKîhamp de M. de Voltaire la remise de sa dette. . Que le lecteur se rappelle la conduite de Voltaire envers ses courtiers, ses correspondants, ses amis inlimes, et qu'il décide si l'autorité de Wagnière lui suffît pour admettre que Voltaire ait d'un mot remis une créance de 600 livres à un paysan, donné des terrains et des maisons à ses vassaux, qui devaient assurément lui être moins chers que les gens de lettres qui s'adres-

ET LES PERSONNES GÊNÉES. iH

sèrent à lui au jour de la tribulation, et qu'il était de son honneur de secourir.

Wagnière clôt ainsi son procès-verbal (p. 42) : « Il me serait difficile de rapporter toutes les actions particulières de bienfaisance de M. de Voltaire. » Je le crois, si elles étaient toutes du genre des précédentes.

Wagnière : « Il les faisait si simplement et si singulièrement, que l'on ne pouvait même s'en douter. » Rien de plus certain, car personne ne se serait douté que Voltaire exigeât des reçus des aumônes qu'il daignait accorder, et qu'il eût l'intention de donner l'argent qu'il ne prêtait que sur bon contrat et sur hypothèque.

Wagnière : « En faisant du bien, il avait encore l'art de ménager l'amour-propre de ceux qu'il obligeait. » Malheureusement ses reçus, ses lettres, ses registres, son Commentaire historique attestent le contraire.

Wagnière : « Je suis bien aise de trouver ici l'occasion de confondre un peu la calomnie, en rendant hommage à la vérité. » Wagnière aurait dû choisir d'autres vérités pour confondre la calomnie; ce n'est pas avec des mensonges, des invraisemblances, des absurdités qu'on la réduit au silence. Il ajoute : « Je défie qui que ce soit de me démentir sur les faits que je rapporte. » Je crois l'avoir fait, grâce à ses contradictions.

Encore du Wagnière : « Il y a bien, il est vrai, des personnes que je connais qui ont eu part à sa munificence et à ses secours, mais qui se sont bien gardées de lui en témoigner quelque reconnaissance; au contraire... » Dans ce cas, Wagnière devait les démasquer, puisque leur ingratitude l'y autorisait; et comme il les

connaissait, il aurait parlé de ces ingrats probablement avec plus d'exactitude et de bon sens qu'il ne la fait des paysans dont il nous dévoile le tableau II faut le blâmer d'avoir négligé de profiter de cette belle occasion pour confondre la calomnie, et pour justifier son maître des accusations dont il était l'objet

Voici enfin son dernier mot : « Il faut dire comme Ai'lequin : Attendons un peu, Dieu permettra (lue tout se découvre. . La comparaison ne manque pas d'àpropos. Je loue Wagnière de sa sincéi-iié. Mallieureusement personne n'a répondu à son attente. Ouellos que soient les découvertes qu'on fasse, je suis persuadé qu elles ne seront pas la glorification de Voltaire II faut qu'il ait fait bien peu d'actes de bienfaisance puisque sa correspondance si volumineuse en fournit' un si petit nombre. Collini, M- de Graffigny, Condorcet n'en citent aucun. Le marquis de Lucbet (t. I, p. 120) n'a pu reproduire que cetie anecdote : « Un homme lui emprunta un jour 16,000 livres, avec promesse de lui remettre au bout de quinze jours un contrat pour sa surate. Quinze mois se passèrent sans que le prêteur fut nanti. Impatienté de ces lenteurs qui avaient mauvaise grâce : « Monsieur, lui dit-il d'un ton brusque je vous donne les 16,000 livres; mais dorénavant je ne vous prête pas un sou sans hypothèque. » Ce serait se moquer du lecteur que de réfuter un pareil conte

Aeanmo.ns Duvernet (p. 115) n'a pas manqué de le reprodmre. Voici ce qu'il nous donne pour pendant (p.jn) : « Un jeune officier avait passé quelques jours a Ferney, et, faute d'argent, ne pouvait rejoindre son régiment. Voltaire soupçonne son embarras : « Vous

« allez, lui dit-il, à votre régiment, permettez qu'un de <- mes cbi-vaux, pour se former, fasse la route avec " vous ; » et, lui mettant une bourse dans la main : « Je vous prie, ajouta-t-il, de vouloir bien vous charger c< de sa nourriture. » Or, ou cet officier était dans l'infanterie, ou il servait dans la cavalerie. S'il était dans rinfanteric, il était accoutumé à faire ses étapes et n'avait pas besoin de cheval pour s'éloigner de Ferney. S'il servait dans la cavalerie, il devait avoir un cheval dans les écuries de son escadron. Pour se rendre à son poste, un cheval devenait une charge pour lui, puisque, pour le nourrir en chemin et lerenvoyer ensuite par un 'xprès, il lui en eû! plus coûté qu'en prenant le coche. CoM cependant ce qu'il a du faire, puisque Duvernet parle d'un cheval prêté et non donné pour un voyage. Je crois qu'un officier ne relèverait pas cette platitude sms se moquer du narrateur.

Duvernet (p. 3^21) continue : « Racontons encore, pour édifier les ennemis du philosophe, un fait longtemps ignoré et qui l'eût été toujours, si les bonnes gens qui furent l'objet de sa bienfaisance n'avaient trahi son secret. Un laboureur, étranger à ses terres, perdit au parlement de Besançon un procès qui le ruina entièrement. Dans son désespoir, il vint, avec sa femme et ses enfants, implorer Voltaire qui, dans toute la France, jouissait d'une grande réputation de bienfaisance. Le secours qu'il réclamait était pour appeler de Tarrèt qui le condamnait et le ruinait. Au récit du malheur de ces bonnes gens. Voltaire verse des larmes, prend leurs papiers, les confie à Christin, son bailli, lequel, après un examen rélléchi, fut d'avis que c'était

une bonne cause que ces infortunés avaient perdue, et que les nullités de la procédure donnaient voie à un appel. A ce rapport, Voltaire entre dans son cabinet, et en revient portant, dans le pan de sa robe de cbambrc, trois sacs de 1,000 francs chacun. « Voilà, dit-il à cet « infortuné laboureur, pour réparer les torts de la jus- « tice; un nouveau procès serait un nouveau tourment « pour vous ; si vous faites sagement, vous ne plaiderez « plus, et si vous voulez vous établira Ferney, je ni'oc- «t cuperai de votre sort. » Quoique cette anecdote ail été adoptée par Mallet et par Palissot, qui dit dans son Éloge de Voltaire avoir vu le médaillon que fit graver d'Argental pour en conserver le souvenir, je me permettrai (le ne pas l'adopter aveuglément. Voici pourquoi. Il n'est pas probable que Voltaire ait eu besoin des lumières de son bailli pour examiner et juger cette affaire, n n'est pas probable non plus qu'il ait renoncé à la voie d'un appel, s'il était persuadé d'y gagner le procès perdu en première instance. II aimait trop à s'immiscer dans les débats pour dédaigner de laisser plaider une bonne cause pour laquelle il aurait facilement trouvé un avocat capable et complaisant, qui eût exigé peu d'honoraires. Puis comment admettre que Voltaire eût donné tout de suite 3,000 francs à des gens qu'il n'avait jamais vus, tandis qu'il laissait tous ses amis intimes dans le besoin? Sur un fait aussi peu vraisemblable, il n'est pas permis de s'en rapporter à l'autorité de Mallet, que nous avons trouvé si éloigné delà vérité et du sens commun, pas plus qu'à celle de Duvernet, dont les Mémoires de Baciiaumont, du 25 octobre 1786, et le Magasin encyclopédique (iV année, 1. 1, p. 310) ont parlé avec tant

ET LES PERSONxNES GÊNÉES. 125

de mépris, et dont Voltaire lui-même ambitionnait peu le suffrage.

Quant à Palissot, voyons s'il mérite le même blâme. Il dit dans son Éloge historique de Voltaire : « Souvent il allait au-devant des malheureux ; il les prévenait par ses bontés, en leur épargnant l'embarras de la demande. S'ils étaient dans le cas de ne point recevoir à titre de don, il leur prêtait sans intérêt, et même en les dispensant de la reconnaissance. Ce n'était pas des sommes légères qu'il hasardait ainsi. Un gentilhomme des environs de Genève, décoré dans le service, nous a dit à nous-môme que Voltaire lui avait prêté de la manière la plus noble une somme de 30,000 livres, dans un temps où il paraissait peu vraisemblable que cet officier fût jamais à portée de s'acquitter. A l'égard des personnes à qui leur situation ne permettait pas de rendre, il les secourait par des libéralités entières et absolues. Plusieurs de ces bienfaits passaient par les mains de M. d'Argental. Il est quelques gens de lettres qui en ont reçu de considérables ; on n'attendait pas d'eux qu'ils les publiassent; on souhaitait seulement qu'ils parussent ne les pas oublier. Il ne tira d'autre vengeance d'un homme qui avait passé une partie de sa vie à le calomnier, qui était tombé dans l'indigence, et qui lui offrait de rétracter ses calomnies par un acte public, que de refuser la rétractation et d'envoyer à ce malheureux un présent de 50 louis. » Autant de mots, autant de mensonges ou d'absurdités, l*" Tout ce qui précède démontre que Voltaire n'allait jamais au-devant des malheureux ; qu'il leur donnait le moins possible ; qu'il était impatient de recevoir des témoignages de

leur reconnaissance, et qu'il „e cessait de leur reprocher leur ingratitude. 2» Il serait ridicule d'ad mettre que ^ oitaire eût prèle sans garantie 30,00f) livres a un officier insolvable, lorsque, toute sa vie. il ne

ses amis ,n ,mos. de son secrétaire, sans exiger des

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mones o„ des secours en son nom. i- 1| p,t -iv,.,'. qu n;.n,n homme de lettres ne reçut de lui des I b rallies considérables. — 5» 11 „.,,.,:, ",,.,' do renan» i„ K- . 'i,i\,iii pns I habitu( e

r 'endre le bien pour le mal. Loin de d,-lester les ouanges. il les provoquait. Il avait soin d S L des panégyriques ostensibles de tous ceux qu' 1 "i dmgne obliger, ou qu'il a,ai, 6,A forcé de giMifie

crcdulite ou de 1 imposture inqualifiable

pa.oledeA\agn,ere, do Luchet. de Duvernet et de Pa-

Jissot. la gloire de Voltaire n'v ga-nernit m. il r 00 i;ka,.oi:*' •■ &^o'iernii pas beaucoup.

L-s libéralités que nous venons d'examiner ne pourraient guère être considérés que comme . des LoZls

Motivons notre appréciation et no(re réserve. Pour

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