COTE DES CHIENS
On nous» a souvent accusé de ne pas aimer les chiens. C^est là une imputation qui, au premier abord, n^a pas Tair bien grave , mais dont nous tenons cependant à nous justifier, car elle implique une certaine défaveur. Ceux qui préfèrent les chats passent aux yeux de beaucoup de gens pour faux, voluptueux et cruels, tandis que les amis des chiens sont présumés avoir un caractère franc, loyal, ouvert, doué enfin de toutes les
qualités qu^on attribue à la gent canine.
Nous ne contestons nullement le mérite de Médor, de Turc, de Miraut et autres aimables bêtes, et nous sommes prêt à reconnaître la vérité de Taxiome formulé par Charlet : « Ce qu'il y a de mieux dans rhomme, c'est le chien. » Nous en avons possédé plusieurs , nous en avons encore , et si les dépréciateurs venaient à la maison, ils seraient accueillis par les aboiements grêles et furieux d'un bichon de la Havane et d'un lévrier qui leur mordraient peut-être les Jambes. Mais notre affection pour les chiens est mélangée d'un sentiment de peur. Ces excellentes bêtes si bonnes, si fidèles, si dévouées , si aimantes , peuvent à un moment donné avoir la rage, et elles deviennent alors plus dangereuses que la vipère trigonocéphale, l'aspic, le serpent à sonnettes et le cobra-capello ; et cela nous modère un peu dans nos épan-
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chements. Nous trouvons aussi les chiens un peu inquiétants; ils ont des regards si profonds, si intenses; ils se posent devant vous avec un air si interrogateur , qu^ils vous embarrassent.
Gœthe n^aimait pas ce regard qui semble vouloir s^assimiler Tâmè de Thomme, et il chassait Tanimal en lui disant : « Tu as beau faire, tu n^avaleras pas ma monade. »
Le Pharamond de notre dynastie canine se nommait Luther; c'était un grand épagneul blanc, moucheté de roux, bien coiffé d^oreilles brunes, chien d^arrét perdu, qui, après avoir longtemps cherché ses maîtres > s^était acclimaté chez nos parents demeurant alors à Passy. Faute de perdrix, il s^était adonné à la chasse aux rats, où il réussissait comme un terrier d^Ecosse. Nous habitions alors une chambrette dans cette impasse du Doyenné , disparue aujourd'hui, où Gé-
rard de Nerval , Arsène Houssaye et Camille Rogier formaient le centre d^une petite bohème pittoresque et littéraire dont la vie excentrique a été trop bien contée ailleurs pour qu^il soit besoin d^y revenir. On était là, en plein Carrousel, aussi libres, aussi solitaires que dans une île déserte de TOcéanie, à Tombre du Louvre, parmi les blocs de pierre et les orties, près d^une vieille église en ruine , dont la voûte effondrée prenait au clair de lune un aspect romantique. Luther, avec qui nous avions les relations les plus amicales , nous voyant définitivement sorti du nid paternel, s'était tracé le devoir de venir nous visiter chaque matin. Il partait de Passy, quelque temps qu'il tît; il suivait le quai de Billy, le Cours-la-Reine , et arrivait vers les huit heures, au moment de notre réveil. Il grattait à la porte, on lui ouvrait , il se précipitait vers nous
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avec un jappement joyeux, posait les pattes sur nos genoux, recevait les caresses que sa belle conduite méritait, d'un air modeste et simple, faisait le tour de la chambre comme s'il passait son inspection , puis il repartait. De retour à Passy, il se présentait devant notre mère, frétillait de la queue, poussait quelques petits abois, et disait aussi clairement que s^il eût parlé : « J'ai vu le jeune maître, sois tranquille, il va bien. » Ayant ainsi rendu compte à qui de droit de la mission qu'il s'était imposée, il lappait la moitié d'un bol d'eau, mangeait sa pâtée et s'allongeait sur le tapis près du fauteuil de maman, pour laquelle il avait une affection particulière, et par une heure ou deux de sommeil se reposait de la longue course qu'il venait défaire. Ceux qui disent que les bêtes ne pensent pas et sont incapables d'enchaîner deux idées, comment
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expliqueront-ils cette visite matinale qui maintenait les relations de la famille et donnait au nid des nouvelles de Toiseau récemment échappé?
Le pauvre Luther finit malheureusement; il devint taciturne, morose, et un beau matin il se sauva de la maison : se sentant atteint de la rage et ne voulant pas mordre ses maîtres, il prit là fuite ; et tout nous porte à croire qu^il fut abattu comme hydrophobe, car on ne le revit jamais.
Après un interrègne assez considérable, un nouveau chien fut installé à la.
maison ; il s^appelait Zamore ; c^était une espèce d^épagneul, de race fort mêlée, de petite taille, noir de pelage, excepté quelques taches couleur feu audessus des sourcils, et quelques tons fauves »sous le ventre. En somme : physique insignifiant, et plutôt laid que beau. Mais au moral, c^était un chien
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singulier. Il avait pour les femmes le dédain le plus absolu, ne leur obéissait pas, refusait de les suivre, et Jamais ni notre mère ni nos sœurs ne parvinrent à en obtenir le moindre signe d^amitié ou de déférence ; il acceptait d^un air digne les soins et les bons morceaux, mais ne remerciait pas. Pour elles, aucun jappement, aucun tambourinage de queue sur le parquet, aucune de ces caresses dont les chiens sont prodigues. Impassible, il restait accroupi dans une pose de sphinx, comme un personnage grave qui ne veut pas se mêler à des conversations d'êtres frivoles. Le maître qu^il s^était choisi était notre père , chez qui il reconnaissait Tautorité de chef de famille, d'homme mûr et sérieux. Mais c^était une tendresse austère et stoïque, qui ne se traduisait pas par des folâtreries, des badinages et des coups de langue. Seulement il avait toujours les yeux fixés
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sur son maître , tournait la tête à tous ses mouvements, et le suivait partout, le nez au talon, sans se permettre la moindre escapade, le moindre salut aux camarades qui passaient. Notre cher et regretté père était un grand pêcheur devant le Seigneur, et il prit plus de barbillons que Nemrod n'attrapa d'antilopes. Avec lui on ne pouvait dire, certes , que la ligne était un instrument commençant par un asticot et finissant par un imbécile, car il avait beaucoup d'esprit, ce qui ne l'empêchait pas de remplir chaque jour son panier de poisson. Zamore l'accompagnait à la pêche, et, pendant les longues séances nocturnes qu'exige la capture des pièces d'importance qui ne mordent qu'à la ligne de fond, il se tenait au bord extrême de l'eau, dont il semblait vouloir sonder la noire profondeur pour y suivre la proie. Quoique souvent il dressât l'o-
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reille à ces mille bruits vagues et lointains qui, la nuit, se dégagent du silence le plus profond , il n^aboyait pas , ayant compris que le mutisme est la qualité indispensable d^un chien de pécheur.
Phœbé avait beau lever à Thorizon son front d^albâtre réfléchi par le miroir sombre de la rivière, Zamore ne hurlait pas à la lune ; et cependant ces ululations prolongées sont un grand plaisir pour les animaux de son espèce. Seulement, quand le grelot de la ligne tintait, il regardait son maître et se permettait un court aboi, sachant que la proie était prise, et il paraissait s^intéresser beaucoup aux manœuvres nécessaires pour amener sur le bord un barbillon de trois ou quatre livres.
Qui se serait douté que sous cet extérieur calme , détaché , philosophique , dédaigneux de toute frivolité, couvait une passion impérieuse et bizarre, in-
soupçonnable, et formant le plus complet écart avec le caractère apparent, physique et moral, de cette bête si sérieuse qu^elle en était presque triste ?
Eh quoi! allez-vous dire que cet honnête Zamore avait des vices cachés :
il était voleur? — Non. — Libertin? — Non. — Il aimait les cerises à Teau-devie? — Non. — Il mordait? — Nullement. Zamore avait la passion de la danse ! C^était un artiste éperdu de chorégraphie.
Sa vocation lui fut révélée de la façon suivante : Un jour parut sur la place de Passy un âne grisâtre, à Téchine pelée, aux oreilles énervées, une de ces malheureuses bourriques de saltimbanque, que Decamps et Fouquet savaient si bien peindre ; deux paniers, en équilibre sur le chapelet écorché de son échine , contenaient une troupe de chiens savants déguisés en marquis, en trouba-
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dours, en Turcs, en bergères des Alpes ou en reines de Golconde , selon le sexe.
L^impresario mit les chiens par terre, fit claquer son fouet, et tous les acteurs quittèrent subitement la ligne horizontale pour la ligne perpendiculaire, se transformant de quadrupèdes en bipèdes.
Le fifre et le tambourin se mirent à jouer, et le ballet commença.
Zamore, qui flânait gravement par là, s^arrêta émerveillé du spectacle. Ces chiens habillés de couleurs voyantes, galonnés de clinquant sur toutes les coutures, un chapeau à plumet ou un turban sur la tète, se mouvant en cadence sur des rhythmes entraînants avec une vague apparence de personnes humaines, lui semblaient des êtres surnaturels ; ces pas si bien enchaînés , ces glissements, ces pirouettes, le ravirent mais ne le découragèrent pas. Comme Corrége à la vue d'un tableau de Ra-
phaël, il s'écria en son langage canin :
« Et moi aussi je suis peintre, anch^io son pittore! » et, saisi d'une noble émulation, quand la troupe passa devant lui formant la queue-du-loup , il se dressa, en titubant un peu, sur ses pattes de derrière, et voulut s'y joindre, au grand divertissement de rassemblée.
L'imprésario prit assez mal la chose, détacha un grand coup de fouet sur les reins de Zamore, qui fut chassé du cercle, comme on mettrait à la porte du théâtre un spectateur qui, pendant la représentation, s'aviserait de monter sur la scène et de se mêler au ballet.
Cette humiliation publique ne découragea pas la vocation de Zamore ; il rentra, la queue basse et l'air rêveur, à la maison. Toute la journée , il fut plus concentré, plus taciturne, plus morose.
Mais, la nuit, nos sœurs furent réveillées par un petit bruit d'une nature inexpli-
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cable qui venait d^une chambre voisine de la leur, qu^on n^habitaitpas, et où couchait ordinairement Zamore sur un vieux fauteuil. Cela ressemblait à un trépignement rhythmique que le silence de la nuit rendait plus sonore. On crut d^abord à un bal de souris , mais le bruit des pas et des sauts sur le parquet était bien fort pour la gent trotte-menu. La plus brave de nos sœurs se leva, entr'ouvrit la porte, et que vit-elle à la faveur d^un rayon de lune plongeant parle carreau?
Zamore debout, ramant dans Fair avec ses pattes de devant et travaillant, comme à la classe de danse, les pas qu'il avait admirés le matin dans la rue.
Monsieur étudiait!
Ce ne fut pas là , comme on pourrait le croire , une impression fugitive , une fantaisie passagère. Zamore persista dans ses idées chorégraphiques et devint un beau danseur. Toutes les fois
qu^il entendait le fifre et le tambourin, il courait sur la place, se glissait entre les jambes des spectateurs, et observait avec une attention profonde les chiens savants exécutant leurs exercices ; mais, gardant le souvenir du coup de fouet, il ne se mêlait plus à leurs danses; il notait leurs pas, leurs poses et leurs grâces, et il les travaillait, la nuit, dans le silence du cabinet, sans jamais se départir, le jour, de son austérité d^attitude. Bientôt il ne lui suffit plus de copier, il inventa , il composa ; et nous devons dire que, dans le genre noble, peu de chiens le surpassèrent. Nous allions souvent le voir par la porte entrebâillée \ il mettait un tel feu à ses exercices, qu^il lappait, chaque nuit, la jatte d'eau posée au coin de la chambre.
Quand il se crut sûr de lui et Tégal des plus forts danseurs quadrupèdes , il sentit le besoin d'ôter le boisseau de dessus la
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lumière et de faire connaître le mystère de son talent. La cour de la maisoft était fermée, d'un côté, par une grille assez large pour permettre à des chiens d'embonpoint médiocre de s'y introduire aisément. Un matin, quinze ou vingt chiens de ses amis, fins connaisseurs sans doute , à qui Zamore avait envoyé des lettres d'invitation pour son début dans l'art chorégraphique, se trouvèrent réunis autour d'un carré de terrain bien uni, que l'artiste avait préalablement balayé avec sa queue ; et la représentation commença. Les chiens parurent charmés et manifestèrent leur enthousiasme par des : Ouah! oiiah! ressemblant fort aux bravos des dilettantes de l'Opéra, Sauf un vieux barbet assez crotté, et de piteuse mine, un critique sans doute, qui aboya quelque chose sur l'oubli des saines traditions, tous proclamèrent que Zamore était le Vestris des chiens et le diou de
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la danse. Notre artiste avait exécuté un menuet, un pas de gigue et une valse à deux temps. Bien des spectateurs bipèdes s'étaient joints aux spectateurs à quatre pattes, et Zamore eut Thonneur d'être applaudi par des mains humaines.
La danse était si bien passée dans ses habitudes, que, quand il faisait la cour à quelque belle, il se tenait debout, faisant des révérences, et les pieds en dehors, comme un marquis de Tancien régime ; il ne lui manquait que le claque fourré de plumes sous le bras.
Hors de là, il était atrabilaire comme un acteur comique et ne se mêlait pas au mouvement de la maison. Il ne se bougeait que lorsqu'il voyait son maître prendre sa canne et son chapeau. Zamore mourut d'une fièvre cérébrale, causée, sans doute, par la surexcitation du travail qu'il s'était donné pour apprendre la scotisch , alors dans toute sa
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vogue. Sous sa tombe Zamore peut dire, comme la danseuse grecque dans son épitaphe : « O terre, sois-moi légère, j^ai si peu pesé sur toi. »
Comment-, avec des talents si distingués, Zamore ne fut-il pas engagé dans la troupe de M, Corvi ? Nous étions déjà un critique assez influent pour lui négocier cette affaire. Mais Zamore ne voulait pas quitter son maître , et il sacrifia son amour-propre à son affection, dévouement qu'il ne faut pas chercher chez les hommes.
Le danseur fut remplacé par un chanteur nommé Kobold, king-Charles de la plus pure racé, venant du célèbre chenil de lord Lauder. Rien de plus chimérique que cette petite bête, à Ténorme front bombé, aux gros yeux saillants, au museau cassé à sa racine , aux longues oreilles traînant jusqu'à terre. Transporté en France, Kobold, qui ne savait
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que l'anglais, parut comme hébété. Il ne comprenait pas les ordres qu'on lui donnait; dressé avec les go on et les corne hère, il restait immobile aux viens et va-t'en français : il lui fallut un an pour apprendre la langue du nouveau pays où il se trouvait et pouvoir prendre part à la conversation. Kobold était trèssensible à la musique et chantait luimême de petites chansons avec un fort accent anglais. On lui donnait le la au piano, et il prenait le ton juste et modulait avec un soupir flùté des phrases vraiment musicales et n'ayant aucun rapport avec Taboi ou le jappement. Quand on voulait le faire recommencer, il suffisait de lui dire : . « Sing a. little more », et il reprenait sa cadence. Nourri le plus délicatement du monde, avec tout le soin qu'on devait naturellement pren^ dre d'un ténor et d'un gentleman de cette distinction , Kobold avait un goiit
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bizarre : il mangeait de la terre comme un sauvage de TAmérique du Sud; on ne put lui faire perdre cette habitude qui lui causa une obstruction dont il mourut. Il avait le goût des grooms, des chevaux, de récurie, et nos poneys n'eurent pas de camarade plus assidu que lui. Il passait son temps entre la box et le piano.
De Kobold, le king-Charles, on passe à Myrza, petite bichonne de la Havane, qui eut l'honneur d'appartenir quelque temps à la Giulia Grisi qui nous la donna.
Elle est blanche comme la neige, surtout quand elle sort de son bain et n'a pas encore eu le temps de se rouler dans la poussière, manie que certains chiens partagent avec les oiseaux pulvérisateurs. C'est une bête d'une extrême douceur, très-caressante, et qui n'a pas plus de fiel qu'une colombe ; rien de plus drôle que sa mine ébouriffée et son masque composé de deux yeux pareils
à des petits clous de fauteuil et son petit nez qu^on prendrait pour une truffe du Piémont. Des mèches, frisées comme les peaux d'Astrakan, voltigent sur ce museau avec des hasards pittoresques, lui bouchant tantôt un œil, tantôt Fautre, ce qui lui donne la physionomie la plus hétéroclite du monde en la faisant loucher comme un caméléon.
Chez Myrza, la nature imite l'artificiel avec une telle perfection que la petite bête semble sortir de la devanture d'un marchand de joujoux. A la voir avec son ruban bleu et son grelot d'argent , son poil régulièrement frisé , on dirait un chien de carton, et, quand elle aboie, on cherche si elle n'a pas un soufflet sous les pattes.
Myrza, qui passe les trois quarts de son temps à dormir , dont , si on l'empaillait, la vie ne serait pas changée, et qui ne semble pas très-spirituelle dans le
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commerce ordinaire, a cependant donné un jour une preuve d'intelligence telle, que nous n^en connaissons pas d'autre exemple. Bonnegrâce, Fauteur des portraits de TchoumakofF et de M. E. H..., si remarqués aux expositions, nous avait apporté, pour en avoir notre avis, un de ces portraits peints à la manière de Pagnest, dont la couleur est si vraie et le relief si puissant. Quoique nous ayons vécu dans la plus profonde intimité avec les bêtes et que nous puissions citer cent traits ingénieux, rationnels, philosophiques , de chats , de chiens , d'oiseaux, nous devons avouer que le sens de Fart manque totalement aux animaux.
Nous n'en avons jamais vu aucim s'apercevoir d'un tableau, et l'anecdote sur les oiseaux becquetant les raisins peints par Zeuxis nous paraissait controuvée. Ce qui distingue l'homme de la brute, c'est précisément le sens de l'art et de
rornement. Aucun chien ne regarde une peinture et ne se met de boucles d^oreilles. Eh bien, Myrza, à la vue du portrait dressé contre le mur par Bonnegrâce, s'élança du tabouret sur lequel elle était roulée en boule, s'approcha de la toile et se mit à aboyer avec fureur , essayant de mordre cet inconnu qui s'était ainsi introduit dans la chambre.
Sa surprise parut extrême lorsqu'elle fut forcée de reconnaître qu'elle avait affaire à une surface plane, que ses dents ne pouvaient saisir, et que ce n'était là qu'une trompeuse apparence. Elle flaira la peinture, essaya de passer derrière le cadre, nous regarda tous deux avec une interrogation étonnée et retourna à sa place, où elle se rendormit dédaigneusement, ne s'occupant plus de ce monsieur peint. Les traits de Myrza ne seront pas perdus pour la postérité : il existe d'elle-même un beau portrait de
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M. Victor Madarasz, artiste hongrois.
Terminons par l'histoire de Dash. Un jour, un marchand de verres cassés passa devant notre porte, demandant des morceaux de vitre et des tessons de bouteille. Il avait dans sa voiture un jeune chien de trois ou quatre mois, qu'on l'avait chargé d'aller noyer, ce qui faisait de la peine à ce brave homme, que l'animal regardait d'un air tendre et suppliant comme s'il eût compris de quoi il s'agissait. La cause de l'arrêt sévère porté contre la pauvre bête était qu'il avait une patte de devant brisée.
Une pitié s'émut dans notre cœur, et nous prîmes le condamné à mort. Un vétérinaire fut appelé. On entoura la patte de Dash d'attelles et de bandes; mais il fut impossible de l'empêcher de ronger l'appareil, et il ne guérit pas :
sa patte, dont les os ne s'étaient pas rejoints, resta flottante comme une manche
d'amputé dont le bras est absent ^ mais cette infirmité n^empécha pasDash d'être gai, alerte et vivace. Il courait encore assez vite sur ses trois bons membres.
C'était un pur chien des rues, un roquet gj^ediné dont BufFon lui-même eût été fort embarrassé de démêler la race.
Il était laid, mais avec une physionomie grimacière, étincelante d'esprit. Il semblait comprendre ce qu'on lui disait, changeant d'expression selon que les mots qu'on lui adressait, sur le même ton, étaient injurieux ou flatteurs. Il roulait les yeux , retroussait les babines, se livrait à des tics nerveux désordonnés, ou riait en montrant ses dents blanches, et il arrivait ainsi à de hauts effets comiques dont il avait conscience. Souvent il essayait de parler. La patte posée sur notre genou , il fixait sur nous son regard intense et commençait une série de murmures, de soupirs, de grogne-
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ments, d'intonations si variées qu'il était difficile de n^y pas voir un langage. Quelquefois, à travers cette conversation, Dash lançait un jappement, un éclat de voix ; — alors nous lui jetions un coup d'oeil sévère et nous lui disions : « Cela c'est aboyer, ce n'est pas parler; est-ce que par hasard vous seriez un animal? »
Dash, hiuniUé de cette insinuation, reprenait seiiî vocalises, auxquelles il donnait l'expression la plus pathétique. On disait alors que Dash racontait ses malheurs. Dash raffolait du sucre. Au dessert, il paraissait à l'instant du café, réclamant de chaque convive un morceau avec une insistance toujours couronnée de succès. Il avait fini par transformer ce don bénévole en impôt régulier qu'il prélevait rigoureusement. Ce roquet, dans un corps de Thersite, avait une âme d'Achille, Infirme comme il l'était, il attaquait, avec la folie du courage hé-
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roïque, des chiens dix fois gros comme lui, et se faisait affreusement rouler.
Comme Don Quichotte, le brave chevalier de la Manche, il avait des sorties triomphantes et des rentrées piteuses.
Hélas ! il devait être victime de son courage. Il y a quelques mois on le rapporta, les reins cassés par un terre-neuve, aimable bête qui le lendemain brisa Téchine à une levrette. La mort de Dash fut suivie de toute sorte de catastrophes :
la maîtresse de la maison où il avait reçu le coup qui termina son existence fut, quelques jours après, brûlée vive dans son lit, et son mari eut le même sort en voulant la sauver. C'était coïncidence fatale et non expiation, car c'étaient les meilleures gens du monde , aimant les animaux comme des Brahmes et purs du trépas malheureux de notre pauvre Dash.
Nous avons bien un autre chien qui
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s^appelle Néro. Mais il est trop récent encore poxir avoir une histoire.
Dans le prochain chapitre nous ferons la chronique des caméléons, des lézards , des pies et autres bestioles qui ont vécu dans notre ménagerie intime,
N. B. Hélas! Néro est mort empoisonné tout récemment comme s'il avait soupe chez les Borgia ; et l'épitaphe s'inscrit au premier chapitre de la vie.
CAMELEONS, LEZARDS ET PIES
NOUS étions à Puerto de Santa-Maria, dans la baie de Cadix, un petit village qui semble taillé dans des pains de blanc d'Espagne, entre Tindigo de la mer et le lapis-lazuli du ciel. Il était midi, et ce jour-là il faisait si chaud que le soleil paraissait s'amuser à verser des cuillerées de plomb fondu sur la tête des voyageurs , comme la garnison d'une forteresse de l'huile bouillante et de la poix par les baies des moucha-
rabys sur les casques des assiégeants.
Ce petit port si pittoresque est illustré par la chanson célèbre en patois andalou de Murillo Bravo, Los Toros de Puerto, où le batelier galant dit à la senora qui s'embarque ; « Lleve V^ la patitu)), et nous en fredonnions le refrain d^une voix aussi fausse en espagnol qu'en français, tout en suivant la ligne bleue, étroite comme une lisière de drap, que l'ombre tirait au pied des murs. Il y avait marché, et c'était sur la place un étalage de denrées exotiques et violentes d'une furie de couleurs à ravir Ziem. Des guirlandes de piments écarlates se balançaient au-dessus de pastèques d'un vert prasin, dont quelques-unes éventrées laissaient voir leur pulpe rose tigrée de points noirs comme un coquillage de la mer du Sud. Des grappes de raisin à gros grains d'ambre, rappelant les chapelets turcs pour la
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blonde transparence, contrastaient avec des raisins bleus, ou couleur d'améthj'^ste à reflets de pourpre. Les garbanzos arrondissaient dans les couffas de sparterie leurs globules d'or pâle, et les grenades, crevant leur écorce, montraient leur écrin de rubis. Les marchandes avec leurs fichus rouges ou jonquille, leur jupe de soie noire, les pieds nus dans des chaussons de satin, — et quels pieds ! grands à peine comme des biscuits à la cuiller ! — leur éventail de papier contre Toreille, en guise de parasol , se tenaient fièrement campées près de leurs légumes, babillant avec la gracieuse volubilité andalouse. T>esmajos passaient, appuyés sur la fourchette de leurs bâtons blancs , la veste à Tépaule, la faja de soie, venant de Gibraltar, sanglée sur le gilet depuis les hanches jusqu'à Taisselle, la culotte de tricot ouverte au genou, et les bottes en cuir de
Ronda déboulonnées de la cheville au jarret, ce qui est le suprême du genre, lançant des œillades et serrant entre leur pouce et leur index leurs cigarettes de papel de Alcoy. C^était un de ces effets d'aveuglante lumière méridionale qui feraient taxer de fausseté le peintre qui les rendrait dans leur vérité crue.
Contre cette averse de feu nous allâmes chercher refuge dans le patio de Tauberge de Los très Reyes moros : un patio , comme on sait , est une cour intérieure, entourée d'arcades, rappelant tout à fait, pour la disposition, Timpluvium antique. On la couvre , à hauteur du toit, d'un velarium, nommé tendido, fait d'une toile rayée de couleurs vives et qu'on arrose pour plus de fraîcheur.
Au milieu du patio, dans une vasque de marbre, grésille le mince filet d'un jet d'eau retombant en pluie fine sur des
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caisses de myrthes, de grenadiers, de lauriers-roses, rangées autour du bassin.
Sous les arcades sont disséminés des canapés de crin, des chaises de jonc; des guitares, accrochées au mur, font briller dans Tombre leur ventre luisant, illuminé de quelque vague reflet, près du disque tanné des panderos.
On retrouve ces patios dans les maisons moresques de ^Algérie , et rien ne saurait être mieux imaginé contre la chaleur, L^usage en vint des Arabes aux Espagnols, et dans beaucoup de logis on voit encore aux chapiteaux des colonnettes des versets du Coran, glorifiant Allah ou quelque calife dès longtemps rejeté en Afrique.
Après avoir vidé une alcarraza d^eau fraîche, nous nous retirâmes, pour faire un bout de sieste, dans une des chambres qui s'ouvrent sur le patio. Avant de se fermer, nos yeux erraient au pla-
fond de cette salle basse, lequel, comme tous les plafonds espagnols , était blanchi à la chaux, et orné à son centre d^une rosace composée de quartiers rouges, noirs et jaunes, comme les côtes d^une balle. Du milieu de cette rosace pendait une ficelle ou un cordon, sans doute rattache d'une lampe, mais le long de cette ficelle se mouvait constamment un objet que nous avions de la peine à définir. Nous ajustâmes notre lorgnon sous notre arcade sourcilière, et nous vîmes que ce qui montait avec tant de peine, après le cordon du plafond , était une espèce de lézard d'un jaune grisâtre et d'une configuration assez monstrueuse, rappelant en petit les formes des grands sauriens disparus de l'époque anté-diluvienne.
La fille d'auberge consultée, Pepa, Lola, Casilda, — nous ne savons plus le nom bien au juste, mais soyez sûr que
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la fille était charmante, — nous dit que c^était a un caméléon. »
Lola, prenant en pitié notre ignorance et voulant mettre en relief son savoir zoologique, nous dit d^un petit air capable : « Ces bêtes changent de couleur selon Fendroit ou elles se trouvent, et elles vivent d'air [se mantienen de ayre) » .
Pendant ce court entretien, les caméléons (il y en avait deux) continuaient leur ascension le long de la ficelle. Oh ne saurait rien imaginer de plus comique. Le caméléon, il faut Tavouer, n'est pas beau; et quoique la nature, dit-on, fasse bien tout ce qu'elle fait, en s'appliquant un peu, il nous semble qu'elle eût aisément pu produire un animal plus joli. Mais, comme tous les grands artistes, la nature a ses fantaisies, et elle s'amuse parfois à modeler des grotesques. Les yeux du caméléon, presque entièrement sortis de la tète
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comme ceux du crapaud , sont ajustés dans des espèces de capsules extérieures et jouissent d'une complète indépendance de mouvement. L'un regarde à gauche, tandis que Tautre regarde à droite ; une prunelle se dirige vers le plafond, l'autre vers le plancher, avec une variété de strabismes qui donnent à l'animal les physionomies les plus étranges. Une poche en manière de goitre s'étend sous la mâchoire et prête à la pauvre bête un air de satisfaction orgueilleuse et de rengorgement stupide dont elle est bien innocente. Ses pattes, gauchement coudées, font des saillies anguleuses audessus de la ligne dorsale et se meuvent avec des efforts disgracieux et détraqués.
Un des caméléons était arrivé tout au haut de la corde, au centre de la rosace, et tâtait le plafond d'une de ses pattes
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de devant, pour voir s'il offrait quelque possibilité d'adhérence et partant quelque moyen de fuite.
En faisant cet essai, recommencé pour la centième fois peut-être, il louchait d'une façon désespérée et touchante, demandait aide à la terre et au ciel ; puis, voyant qu'il n'y avait nulle issue de ce côté, il se mit à descendre d'un air triste, piteux, résigné, emblème du travail inutile, Sysiphe de la fatigue perdue \ à mi-chemin, les deux bêtes se rencontrèrent, se lancèrent des œillades amicales peut-être, mais effroyables par leur divergence, et ce fut pendant quelques minutes une sorte de nodosité hideuse sur la ligne perpendiculaire de la ficelle.
Le groupe, se débrouilla après les contorsions les plus bouffonnes , et chaque caméléon continua sa route ; celui qui descendait, parvenu au bout
de son fil de suspension, allongea une patte de derrière, sondant le vide avec précaution, et, ne trouvant aucun point d'appui, la ramena d'un mouvement découragé, dont il faut renoncer à peindre la navrante et burlesque mélancolie.
Par un de ces rapprochements d'idées dont la liaison n'est pas apparente, mais que l'esprit conçoit sans l'exprimer, ces caméléons nous firent songer à une des plus sinistres aqua-tintes de Goya, représentant des spectres essayant de soulever avec leurs faibles bras d'ombre de lourdes pierres tombales qui se referment sur eux en les écrasant. — Lutte sans proportion de la faiblesse contre la destinée.
Pour délivrer ces pauvres animaux de leur supplice nous les achetâmes un diiro pièce; et, commodément installés dans une cage assez vaste, ils furent dispensés désormais de ces exercices
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acrobatiques qui semblaient leur déplaire beaucoup. Quant à la question de leur nourriture, quelque confiance que nous ayons dans la frugalité méridionale, ces repas d^air nous paraissaient à juste titre insuffisants. Si un amoureux espagnol déjeune d^un verre d^eau, dîne d^une cigarette et soupe d'un air de mandoline, comme le valeureux Don Sanche, les caméléons n'ont pas de ces délicatesses, et ils mangent des mouches qu'ils attrapent d'une façon singulière, en dardant du fond de leur gorge une longue lance, couverte d'une bave visqueuse, qui colle les ailes de l'insecte et en se retirant le ramène dans le gosier.
Les caméléons changent-ils véritablement de couleur selon le milieu où ils se trouvent? Non pas, dans le sens absolu du mot; mais leur peau semée de grains à facettes boit plus facilement les reflets des couleurs environnantes
qu^un autre corps. Placés près d'un objet jaune, rouge ou vert, les caméléons semblent se pénétrer de cette teinte, mais ce n'est après tout qu'un effet de réfraction ; un métal poli se colorerait de même. 11 n'y a pas imbibition réelle. En son état naturel le caméléon est d'un gris jaunâtre ou verdâtre. Cependant , on peut dire , quand on a un peu l'amour du merveilleux, qu'il change de nuance à volonté; ce qui en fait un emblème de versatilité politique, quoique nous osions prendre sur nous de dire qu'après de minutieuses observations, longtemps prolongées, le caméléon nous ait paru d'une complète indifférence en matière de gouvernement.
Nous voulions ramener nos caméléons en France; mais la saison s'avançait, et à mesure que nous remontions du midi vers le nord, en suivant cette côte, pourtant bien chauffée encore aux
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rayons du soleil, qui s^étend de Tarifa à Port-Vendres, en passant par Gibraltar, Malaga, Alicante, Almeria, Valence, Barcelone, les pauvres bêtes dépérissaient à vue d'oeil. Leurs yeux, détachés par la maigreur, leur jaillissaient de plus en plus de la tête. Ils louchaient chaque jour davantage, et sous leur peau vague et flasque leur petit squelette se dessinait de station en station, plus visible.
C'était vraiment im spectacle attendrissant que ces lézards poitrinaires, se traînant d'un air macabre et n'ayant plus la force d'allonger leur langue gluante vers les mouches que nous allions leur chercher à la cuisine du navire. Ils moururent à quelques jours l'un de l'autre; et la bleue Méditerranée fut leur tombeau.
Des caméléons aux lézards, la transition est facile. Notre plus jeune fîUe reçut en cadeau un lézard pris à Fontainebleau, qui s'attacha fort à elle.
Jacques était du plus beau vert Véronèse qu'on puisse imaginer ; il avait Pceil vif; les écailles imbriquées avec une régularité parfaite, et des mouvements d'une agilité sans pareille. Jamais il ne quittait sa maîtresse et il se tenait habituellement caché dans une torsade de cheveux près de son peigne. Niché ainsi, il allait avec elle au spectacle, à la promenade , en soirée , ne trahissant Jamais sa présence. Seulement quand la Jeune fille jouait du piano il quittait son poste, lui descendait sur les épaules, s'avançait le long des bras , plutôt vers la main droite qui fait le chant que vers la main gauche qui fait l'accompagnement, témoignant ainsi de sa préférence pour la mélodie au détriment de l'harmonie.
Jacques habitait une boîte de verre garnie de mousse, qui avait autrefois contenu des cigares russes de la mai-
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son Eliseïeph. Le mur de sa vie privée était donc bien transparent. Sa nourriture consistait en gouttes de lait qu'il venait lécher au bout du doigt de sa maîtresse. Il se laissa mourir de faim et de chagrin, pendant une absence de la jeune fille, qui n'avait osé l'emporter en voyage, vu la rigueur de la saison.
Le moineau Babylas ne fit que passer.
Un coup de griffe sous l'aile termina son destin, et il eut pour cercueil une boîte à domino.
Reste à décrire Margot la pie, commère spirituelle et bavarde, digne de manger du fromage blanc dans une cage d'osier, à la fenêtre d'un concierge.
Nous eûmes beau lui donner des répétiteurs pour les langues mortes, on ne put jamais lui faire prononcer correctement le bonjour latin des pies pompéiennes. Elle ne disait pas Ape, mais elle disait autre chose. C'était un oiseau
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facétieux et boufFon qui jouait à cachecache avec les enfants^ dansait la pyrrhique , attaquait résolument les chats , et courait après eux pour leur pincer la queue par derrière, malice dont elle semblait rire aux éclats. Elle était voleuse comme la Gana ladra elle-même, et capable de faire pendre dix servantes de Palaiseau sur de faux soupçons. En un clin d'œil elle dévalisait une table de fourchettes, de cuillères, de couteaux.
Elle prenait Targent, les ciseaux, les dés, tout ce qui brillait, et, partant d'un vol brusque, elle portait cela à sa cachette. Comme on connaissait Tendroit où elle allait déposer ses vols, on la laissait faire ; mais un jour elle fut tuée par des domestiques d'une maison voisine , qui l'accusèrent d'avoir volé « une paire de draps toute neuve. » — Gela ressemblait un peu au petit chat du Moyen de parvenir y qui avait mangé les quatre
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livres de beurre, et qui pesait trois quar^ terons. Les maîtres n^en crurent pas un mot et mirent ces drôles à la porte ; mais dame Margot n^Qn eut pas moins le col tordu. Elle fut regrettée de tout le voisinage, qu'elle égayait de sa bonne humeur et de ses lazzis.