En quel état était-il au bout d’une année de maladie
énorme dans son masque diminué. Son nez rose avait pâli, et il s’en allait, à pas lents, le long du mur où donnait le soleil, d’un air mélancolique, regardant les feuilles jaunes de l’automne s’enlever en spirale dans un tourbillon. On eût dit qu’il récitait l’élégie de Millevoye. Rien de plus touchant qu’un animal malade : il subit la souffrance avec une résignation si douce et si triste ! On fit tout ce qu’on put pour sauver Pierrot ; il eut un médecin très habile qui l’auscultait et lui tâtait le pouls. Il ordonna à Pierrot le lait d’ânesse, que la pauvre bête buvait assez volontiers dans sa petite soucoupe de porcelaine. Il restait des heures entières allongé sur notre genou comme l’ombre d’un sphinx ; nous sentions son échine comme un chapelet sous nos doigts ; et il essayait de répondre à nos caresses par un faible ronron semblable à un râle. Le jour de son agonie, il haletait couché sur le flanc ; il se redressa par un suprême effort. Il vint à nous, et, ouvrant des prunelles dilatées, il nous jeta un regard qui demandait secours avec une supplication intense ; ce regard semblait dire ; « Allons, sauve-moi, tôi qui es un homme.» Puis, il fit quelques pas en vacillant, les yeux déjà vitrés, et il retomba en poussant un hurlement si lamentable, si désespéré, si plein d’angoisse, que nous en restâmes pénétré d’une muette horreur. Il fut enterré au fond du jardin, sous un rosier blanc.