Que connaissaient-elles bientôt
CHEVAUX
éditeurs, au bois de Boulogne, dans les maisons où nous dînions à certains jours de la semaine, avec tant d’exactitude qu’elles finissaient par être compromettantes. Elles auraient donné les adresses de nos visites les plus mystérieuses. Quand il nous arrivait d’oublier l’heure, dans quelque conversation intéressante ou tendre, elles nous la rappelaient en hennissant et en frappant du pied devant le balcon.
Malgré le plaisir de courir la ville en phaéton avec nos petites amies, nous ne pouvions nous empêcher de trouver parfois la bise aigre et la pluie froide, quand vinrent ces mois si bien caractérisés sur le calendrier républicain : brumaire, frimaire, pluviôse, ventôse et nivôse ; et nous achetâmes un petit coupé bleu, doublé de reps blanc, que l’on compara à l’équipage du nain célèbre à cette époque, injure qui nous fut peu sensible. Un coupé brun, capitonné de grenat, succéda au coupé bleu, et fut luimême remplacé par un coupé œil de corbeau,^ tapissé de bleu foncé, car nous roulâmes carrosse, nous pauvre feuilletoniste, n’ayant aucune rente sur le grand-livre ^ et n’ayant pas fait le moindre héritage, pendant cinq ou six ans ; et nos ponies, pour se nourrir de littérature, avoir des substantifs pour avoine, des adjectifs pour foin et des adverbes