ACTE DEUXIÈME 4i
M"' LEGRAND
■Tant mieux. Tu reviendras chez nous,
EtGabrielle, que deviendra-t-elle ? Et moi... Qu'estce qu'une femme séparée ?
M^e LEGRAND.
Il y a le divorce.
LOUISE
Nos moyens ne nous permettent pas de nous en servir. C'est joli, la justice, mais c'est un objet de luxe : ça coûte cher. Je ne suis pas assez pauvre pour obtenir l'assistance publique, et pas assez riche pour m'en passer.
M"»* LEGRAND
Alors?
LOUISE
Alors, il faut les laisser tranquilles. (On entend un coup de sonnette. A M""" Legrand.) Tiens, va ouvrir, je ne veux pas qu'on voie mes larmes.
M""' Legrand sort.
LOUISE
Et puis, qui dit que je ne me trompe pas? Qui me dit qu'il ne m'aime plus... 11 ne peut m'avoir oubliée aussi vite...
M"' Legrand rentre portant un papier à la main.
M^e LEGRAND.
Tiens, voilà ce qu'on rapporte, et que ton mari a perdu dans l'escalier: (Lisant.) Théâtre de l'Opéra, deux fauteuils d'amphithéâtre. — Reçu trente-quatre
francs... Monsieur Tervaux. C'est pour ce soir. Ce n'est pas toi qu'il emmène ?
LOUISE
Non. C'est elle! Ali! le misérable! Eh bien, c'est tTop. Tu ne sais pas tout ce que je supporte: je vais te le dire. Pour qu'il puisse faire ces générosités, sais-tu à quoi nous en sommes réduites, Gabrielle et moi? A regarder à ce que nous dépensons pour nous nourrir toutes les deux ; moi, à me priver de toilettes ; Gabrielle, à faii'e ses robes elle-même, avec des coupons achetés au rabais dans les magasins de nouveautés. Je te disais hier que nous allions déménager parce que cet appartement est trop grand; la vérité, c'est qu'on nous cliasse ! Nous devons trois termes. Nous n'avons plus de bonne, et celle qui est partie sans avoir touché ses gages s'est payée en m'insultant. Il arrive ici des papiers timbrés que la concierge me donne avec des airs de mépris. Ah! c'est gai, va, d'être femme d'artiste!... Si encore il me permettait de travailler ! Mais ceci passe tout, et, je ne le supporterai pas.
Mme LEGRAND.
A la bonne heure.
Entre par la porte de gauche M'i* Vernier.