ACTE PREMIER
PONT-GAUDIN
Deux ans ?... Nous sommes de la même promotion.
VIGTOK.
Son premier mari menait une yie de polichinelle I Pauvre femme, si vous l'aviez vue après son divorce, elle était désespérée.
PONT-GAUDIN
Désespérée, mais pas inconsolable.
VICTOR, s'asseyant. A'' '-''
Dix-huit mois, j'ai rais dix-huit mois pour la décider à m'épouser. J'ai failli y renoncer vingt fois, mais que voulez-vous, la résistance me stimule, moi 1
PONT-GA.UDIN.
Si ma femme vous entendait... elle aurait des regrets, f
VICTOR
Après son divorce, Jeanne s'était retirée chez sa tante, Mme des Tilleuls, où elle passait son temps à pleurer, sans sortir, sans recevoir personne.
PONT-GAUDIN
Comment avez -vous fait sa connaissance ?
VICTOR
Gomme propriétaire, en achetant la maison, une très belle affaire entre parenthèses. J'allais moimême présenter la quittance tous les trimestres.
PONT-GAUDIN
Si vous n'y alliez que tous les trimestres, je comprends que vous ayez mis dix-huit mois.
VICTOR
Oh I J'y allais tout le temps ! Tantôt je venais offrir des réparations, tantôt une diminution de loyer. La tante m'adorait... les jours de diminution. Elle avait un premier, au-dessus de l'entresol, trois chambres.
salle à manger, salon, eau, gaz, etc.. avenue Friedland. Ça vaut six mille francs comme un sou : It* dernier terme a été de deux cent cinquante francs.
PONT-GAUDIN
On voit que vous étiez amoureux.
Maintenant que jesuis marié,je vais l'augmenter... et ferme ! Ajoutez que je jouais au piquet avec la vieille dame et que je perdais toujours volontairement. Je faisais son jeu, elle faisait le mien. Elle parlait de moi à Jeanne en des termes...
PONT-GAUDIN
Qui augmentaient à mesure que les vôtres diminuaient.
■"ICTOR.
J'apportais des fleurs, des bonbons, des romances, des anecdotes... La veille, je cherchais des mots spirituels pour le lendemain.
PONT-GAUDIN
Vous vous fatiguiez!
VICTOH.
Inutilement; rien ne pouvait décider jeannn, r<ier! Elle aimait toujours le n° 1.
PONT-GAUDIN
Comment avez-vous fuit pour la décider?
VICTOR
L'amour rend ingénieux, et je me suis avisé d un petit stratagème.
PONT-Gik UDIN.
Ah! ah ! malin '
VICTOR
Je parlais très souvent :"' Jeann'' f.e son piemiev mari.
PONT-GAUDIN
Vous mettiez de l'huile sur le feu f
VICTOR
Non, mon ami, j'en mettais dans ma lampe.
PONT-GAUDIN
Comment cela?
VICTOR
J'inventais un tas d'histoires sur le compte de son mari. Je le mi^ntrais passant ses nuits au cercle et dans les cabinets particuliers, se ruinant pour les petites dames. Enfin, je fis mettre dans le Gil Blas que M. de F. venait d'acheter trente-cinq mil le francs de lingerie ùClaraBelœil !... Après avoir lu cetécl«o... cet écho infltlèle... Jeanne me dit :Xous nous marieroni^ irrévocablement dans quinze jours. Clara Belœil ne se doute pas qu'elle a fait un heureux.
PONT-G.-VUDIN.
Elle en a fait tant d'autres I
VICTOR
Je m'étais dit : J'aurai Jeanne et je l'ai eue. (a part.) Ou plutôt je vais l'avoir I