‹ Ménages parisiens; comédie en trois actesChapitre 15 sur 70 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PONT-GA.UDI\

Légalement. Ma femme se porte bien, (a part.) Et moi je n'en porte plus I

JEANNE, avec intérêt.

Vous avez divorcé ?

PONT-GAUDIN

Heureusement, oui, madame.

JEANNE

Vous étiez donc malheureux ?

PONT-GAUDIN

En plein!... Ah! le divorce... des drames ou des vaudevilles... quelquefois les deux en même temps ! Le mien, c'est un vaudeville, u'est-cepas, Gaiiiiiud?

' VICTOR, gaieté feinte. '

Parfaitement, cher ami.

JEANNE

Vous n'avez pas aimé votre femme, alors?

PONT-GAUDIN

Si ! au début ! C'est même pour cela que je l'.ii épousée. Elle n'avait pas de dot. Elle était la fille d'un simple chef de bureau, et ils n'avaient po ir vivre que les appointements du père... Je dis à Maria : Mademoiselle, je ne suis plus un jeune homme, j'ai oinquante-trois ans... sonnés.

■ ^ VICTOR

Et elle a sonné!

PONT-GAUDIN

Et j'ni eu la sottise d'ouvrir. Je me suis conduit admirablement avec elle. Je ne lui refusais rien, mais rien, madame. J'ai été heureux six mois, mettons sept. Je re;j;rettnis amèrement de l'avoir épou-èe, lorsque le ciel vint à mon aide.

VICTOR, à part.

11 appelle ça le ciel, lui!

POXT-GAT'DIN.

J'eus la veine, — excusez, madame, la familiarité du terme, — j'eus la veine d'èlie trompé.

JEANNE

C'est triste.

Je ne trouve pas.

JEANNE

Mais votre amour !

PONT-GAUDIN

Quel amour?

JEANNE

Vous disiez vous-même que vous aviez aimé votre femme?

PONT-GAUDIN

Madame, chez les Pont-Gaudin, l'amour ne survit pas...

VICTOR

A la veine...

PONT-GAUDIN

On a pu lire dans les journaux que j'avais eu tous les torts.

JEANNE

Ahl

PONT-GAUDIN

Gatinard peut en témoigner.

VICTOR, à part.

Est-il bête de parler de ça I

PONT-GAUDIN

La vérité est que madame Pont-Gaudin a oublié ses devoirs !

VICTOR

Elle avait si peu de mémoire !

JEANNE, à Victor.

Vous avez connu madame Pont-Gandin?

VICTOR

Vaguement... une fois ou deux... dans le monde.

PONT-GAUDIN

Je considère Gatinard comme mon meilleur ami, dans l'ordre des services rendus.

JEANNE

Gomment se fait-il qu'il ne m'ait jamais parlé de vous?

PONT-GAUDIN

Par modestie sans doute. Il ne doit pas aimer à se vanter?

JEANNE

Et peut-on savoir le service immense que vous a rendu M. Gatinard?

VICTOR

Pas de bêtises 1...

PONT-GAUDIN, à part.

Tiens, j'ai peut-être eu tort de dire ça, moil

JEANNE

C'est un mystère?

PONT-GAUDIN

Non, madame.

JEANNE

Alors?

PONT-GAUDTN.

J'aime autant qu'il vous le dise lui-même.

JEANNE

Il me sera plus agréable d'entendre faire son éloge par vous.

PONT-GAUDIN, à part.

Bon ! Je suis pris !

JEANNE

De quelle nature est ce service?

PONT-GAUDIN

De la nature des services exceptionnels.

JEANNE

Vous avez la discrétion du Journal Officiel. Service d'argent ?

Mieux que cela !

JEANNE

n vous a sauvé la vie ?

PONT-GAUDIN

Mon Dieu, oui ! il a sauvé ma vie, (a part.) tout en compromettant ma tête 1

JEANNE

Dans quelles circonstances ce sauvetage s'est-il accompli?

PONT-GAUDIN, cherchant à gagner du temps.

Vous me demandez dans quelles circonstances ?

JEANNE

Oui.

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