‹ MénandreChapitre 95 sur 212 · DE LA VIE PRIVÉE · texte numérisé non relu

DE LA VIE PRIVÉE

reconnaître. Oublie- t-il que les hommes sont divers selon leur siècle, leur pays, leur place dans la société ou dans la famille ? Ses personnages n'auront ni rang, ni date, ni patrie, dont je me souvienne et qui les distinguent l'un de l'autre à mes yeux. Oublie-t-il que tous les hommes ont quelque chose d'éternellement commun entre eux? Ses personnages ne seront plus des hommes, mais de fantasques anomalies, et ils ne pourront pas m'intéresser, puisqu'ils ne me ressembleront pas.

Les poètes de la comédie nouvelle eurent le grand bonheur, ou plutôt l'admirable sagacité de comprendre que, nulle part aussi bien que dans la vie privée, l'homme ne se montre et ne se développe sous ces trois aspects. Dans la vie publique, les premiers — orateurs ou gouvernants— ont seuls le droit d'être eux-mêmes : le reste est le profanum vulgus qui fait nombre, et vote par masses. En même temps, dans la vie publique, qui est l'arène où se débattent les intérêts du moment, où se montrent les prétentions de chaque classe, où dominent les partialités de chaque peuple, le domaine de l'art dramatique se restreint; il se consacre presque tout entier aux vérités locales, et néglige presque forcément celles qui sont communes à l'humanité entière. Il a fallu tout le génie d'Aristophane pour que ses comédies pussent conserver un intérêt autre que celui d'un document précieux à l'historien, et survivre aux questions politiques nées et mortes avec la guerre du Péloponnèse, aux luttes de la démocratie et de l'aristocratie

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