REY LEE
EXAMEN BACTERIOLOGIQUE
1° Poumons. — L'examen bactériologique, dans le détail duquel il est inutile d'entrer ici, montre qu'il s’agit d’une broncho-pneumonie à pneumocoques.
2° Méninges. — Un peu de liquide céphalo-rachidien, recueilli dans une pipette stérile, est soumis à une triple vérification.
a) Examen sur lamelles ;
b) Ensemencement en bouillon, sur agar et sur gélatine ;
c) Inoculation à une souris blanche.
Sur les lamelles colorées par divers réactifs, on ne trouve pas de bactéries.
Les milieux de culture restent stériles. La souris ne meurt pas. Le liquide examiné est donc aseptique.
On voit tout l'intérêt de cette autopsie venant confirmer le diagnostic de pneumonie et démentir celui de méningite, et l'importance de l’examen bactériologique faisant une double révélation parallèle à la précédente, à savoir la présence de pneumocoques dans les foyers hépatisés et la stérilité absolue du liquide céphalo-rachidien, attestée par l’ensemencement et l’inoculation.
Le méningisme pneumonique étant mieux connu, les faits analogues observés dans la fièvre typhoïde ne passaient point inaperçus. Bien que beaucoup plus difficiles à noter, en raison de la confusion possible entre les symptômes de la méningite et de la fièvre typhoïde elle-même, et par conséquent plus rarement décrits, il est possible d'en relever quelquesuns dans les auteurs.
Il paraît que Freyhan (1) en rapporte certains dans une
(1) Deut. med. Wochen., année 1888.
qu
étude assez longue sur les complications méningées de la
fièvre typhoïde. Notre ignorance de la langue allemande ne nous à pas permis de les reproduire en ce travail.
Nous avons cru trouver un fait de méningisme typhique
dans un article du docteur J. Tictine (1) (d'Odessa). Le voici
brièvement résumé.
Malade souffrant depuis dix jours. Nous le trouvons dans un état d’affaiblissement extrême, sans connaissance, poussant des gémissements violents, les lèvres se contractant convulsivement et les yeux clignotant. Les pupilles sont fortement dilatées; la langue sèche, rouge brunâtre ; l'abdomen enfoncé. Le malade est constipé et urine sous lui. La rate est augmentée de volume. L’auscultation du poumon fait entendre les râles sous-crépitants de l’æœdème. Le pouls est filiforme et marque 150 pulsations à la minute.
Sur les deux régions fessières se trouvent des taches rouges. La température est de 40°6 le matin, de 4198 le soir. — Persistance de cet état grave jusqu’à la mort.
AUTOPSIE. — (Pratiquée par le docteur Chentzinsky).
Cerveau et méninges. — Le diploé des os cràniens, la dure-mère et la pie-mère sont hyperémiés. Dans la direction des vaisseaux de la pie-mère, on aperçoit des plaques opalines, la pie-mère est très œdématiée et s’enlève assez difficilement, Car ses vaisseaux sont très serrés entre les circonvolutions cérébrales. Les corpuscules de Paccioni sont très développés. La substance cérébrale très œdématiée présente une teinte rose pâle, surtout au niveau de la couche corticale des lobes frontaux. Sur la surface de la coupe du cerveau, on re-
(1) Contribution à l'étude des méningites et des abcès produits par le bacille de la fièvre typhoïde. — Archives de médecine expérimentale, 1er janvier 1894.
to marque une masse de petits points sanguins apparaissant lentement après le lavage. Dans les ventricules latéraux se trouve une petite quantité d’un liquide séreux. La substance des ganglions cérébraux, de la moelle allongée et du cervelet est pâle.
Diagnostic anatomo-pathologique : Fièvre typhoïde; hyperémie et œdème des méninges et du cerveau ; hyperémie des poumons.
Examen : 1° Anatomo-pathologique : Sur soixante-douze coupes de cerveau et de la pie-mère parmi quatre-vingts que nous avions pratiquées, nous avons constaté la présence de bacilles se rapprochant par leur aspect du bacille de la fièvre typhoïde: ces bacilles siégeaient dans la pie-mère tantôt isolément, tantôt par petits groupes de quatre à six microbes.
Les ensemencements du cerveau ont donné des cultures pures de bacilles, identiques, d’après leurs caractères, au bacille de la fièvre typhoïde.
On s’étonnera peut-être de nous voir citer cette observation comme un cas de méningisme typhique. Les lésions cérébroméningées, trouvées à l'autopsie, pourraient être interprétées, en effet, comme le premier degré de la méningite proprement dite, et la présence des bacilles d'Eberth dans le cerveau serait pour confirmer cette interprétation. Il pourrait s’agir alors de ce que Ziegler appelle «lepto-méningite aiguë séreuse » (lepto-meningitis acuta serosa), qui serait alors où bien une variété pathologique indépendante ou un des stades de développement de la méningite purulente qui aurait pu survenir dans la suite. Nous sommes obligés de reconnaître la valeur de cette objection; nous maintenons cependant notre citation comme un exemple de syndrome méningitique très accusé accompagné de lésions méningées minimes, qui constitue une sorte de moyen terme entre la méningite 5ien caractérisé anatomiquement et le méningisme pur.
On trouve des faits mieux caractérisés auxquels Adenot fait allusion dans une revue générale de la Gazette des hôpitaux (1). Nous aurions peut-être pu en réunir un certain nombre en feuilletant les divers périodiques médicaux. Nous avons pensé que le seul cas observé dans le service de M. le professeur Grasset — que nous rapportons plus loin —suffsait pour établir ce travail, dont l'ambition bien modeste est d’attirer l'attention sur des cas d’un diagnostic difficile, dont la connaissance importe essentiellement au praticien. — C'est presque, en effet, d'après ce seul cas que nous faisons l’histoire du méningisme typhique, mais il nous a paru qu'on en pouvait tirer toutes les considérations nécessaires.
Voilà donc un rapide aperçu historique de ces faits paradoxaux de méningite clinique sans méningite anatomique, observés au cours de certaines maladies la plupart infectieuses, et en particulier de la fièvre typhoïde.
Nous avons dit que le mot méningisme avait aussi son histoire. Longtemps, en effet, ces méningites sans lésions furent qualifiées de fausses méningites ou appelées pseudo-méningites, pour rappeler, comme par les termes de pseudo-péritonites, de pseudo-tabes, etc., la dissociation paradoxale du syndrome et de la lésion.
Mais, depuis quelque temps, le mot de pseudo-péritonite avait disparu de la terminologie médicale, et Gübler l'avait remplacé par le terme de péritonisme. Dupré, à limitation de Gübler, propose, pour remplacer pseudo-méningite, l’appellation de méningisme. C'est dans le Manuel de médecine (2) qu’il lance le mot; il le répète au Congrès de médecine interne
(1) Méningiles microbiennes, 1890, n° 74.
(2) Manuel de médecine de Debove et Achard, tome III, pages 116 et
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ot de Lyon (octobre 1894), en l’appuyant sur les divers arguments que Gübler avait déjà fait valoir pour le péritonisme, « Le terme de méningisme, dit-il, a l'avantage d'isoler la lésion du symp-
tôme et de réserver une formule spéciale pour une catégorie
spéciale de faits : ceux où des influences nerveuses, d'ordre infectieux, toxique ou réflexe, mettent en jeu la série des symptômes ordinairement provoqués par une lésion inflammatoire directe.» Je propose donc de désigner du nom de méningisme l'ensemble des symptômes éveillés par la souffrance des zones méningo-corticales et indépendants de toute altération anatomo-pathologique durable.
Le mot nouveau reçut du Congrès une approbation unanime dont M. Potain se fit l'interprète en disant «qu'il n’y a pas en pathologie de fausses maladies, mais seulement de fausses dénominations, et que le terme de méningisme doit se substituer désormais dans la terminologie médicale à celui de pseudo-méningite. »
M. Grasset (1), approuvant la déclaration de M. Potain, ajoute : « Cela est vrai; je me suis déjà élevé contre ces désignations à propos des pseudo-tabes, quand je concluais de mon étude à la suppression du groupe des pseudo-tabes, qu’il faudra démembrer en tabes vrais et fugaces d'un côté, en névroses simulatrices et en névrites de l’autre. »
Le terme de méningisme lancé par Dupré, publiquement consacré au Congrès de Lyon, approuvé par l’unanimité des cliniciens, sera seul usité désormais dans le langage médical. Pour nous, nous n’en emploierons pas d’autres, et nous désionerons de méningisme typhique le syndrome méningitique évoluant au cours de la fièvre typhoïde sans lésion anatomique à l’autopsie.
(1) Loc. cit., p.176.