‹ Méningites: a pseudoméningocoques et a paraméningocoquesChapitre 35 sur 52 · L'ÉPREUVE DE LA VEINE · texte numérisé non relu

L'ÉPREUVE DE LA VEINE

L'étude de l’action bactériolytique comparée du sérum antiméningococcique sur les méningocoques et les germes similaires, injectés par voie veineuse, a conduit M. Dopter à une nouvelle méthode de différenciation des méningocoques et des pseudoméningocoques.

En voici la technique :

LR TO

€ Quand on injecte dans la veine jugulaire d’un cobaye de 250 à 300 grammes, un mélange de sérum antiméningococcique non chauffé (1 cent. cube) et d’une émulsion méningococcique (1,5 cent. cube d’une culture sur gélose en boîte de Roux, âgée de vingt-quatre heures, raclée dans 20 cent. cubes d’eau physiologique), on détermine chez l'animal des troubles immédiats qui peuvent aboutir à la mort quelques minutes après l'injection. Quand les doses employées sont moindres, ils se manifestent d’une façon moins intense, et l'animal se remet, mais pour succomber quelques heures plus tard.

« Pour expliquer ces accidents, nous avons supposé, Briot et moi, que le sérum contenait une lysine qui, en détruisant les corps bactériens, mettait en liberté un poison responsable des troubles décrits.

CI y avait lieu de se demander si ces phénomènes présentaient une spécificité nettement définie. Dans ce but, j'ai répété les expériences précédentes, d’une part, avec le méningocoque, de l’autre, avec des germes similaires : les pseudoméningocoques, les paraméningocoques, le g0nocoque, appartenant tous à la même famille :

€ Voici, en résumé, quelques-unes d’entre elles :

« Cobaye n 180, 270 grammes, reçoit dans la veine Jugulaire un mélange de { cent. cube de Sérum antiméningococcique non chauffé, et de 1,5 cent. cube d’émulsion microbienne préparée comme il a été dit plus haut. Deux minutes après s'être détaché de l'appareil à contention, l'animal litube, se couche sur le côté, présente des secousses généralisées intenses, se contracture, la respiration s'arrête; il meurt cinq minutes après l'inoculation.

€ Cobaye n° 181, 250 grammes, reçoit dans les veines 1 cent. cube de sérum et 1,5 cent. cube d’une émulsion égale de Dipl. flavus LIL. Deux à trois minutes après l'injection, il présente quelques secousses, se couche sur le côté, a quelques convulsions et se relève presque immédialement; dix minutes après l'injection, il paraît être entièrement Sain. Il succombe néanmoins six heures après l'injection.

« Cobaye n° 182, 270 s'ammes, reçoit dans les veines, 1 cent, cube de sérum et 1,5 cent. cube d'une émulsion égale de M. catarrhalis.

jJection.

Etc PEER

« Cobaye n°183, 275 grammes, recoit dans les mêmes conditions un mélange de sérum (1 cent. cube) et d'une émulsion de Dipl. flavus 1

(1,5 cent. cube). Aucun trouble immédiat. Meurt cinq heures et demie

après l'injection.

Cobaye n° 184, 260 grammes, recoit dans la veine un mélange de 2 cent. cubes de sérum et de 2,5 cent. cubes de la même émulsion. Trois minutes après l'injection, secousses, titubation, se couche, convulsions, se relève presque immédiatement, en gardant quelques secondes de la faiblesse du train postérieur; ensuite, paraît normal, mais succombe quatre heures après.

« Ces expériences répétées un grand nombre de fois permettent de faire les remarques suivantes :

« 1° Quand ils sont introduits dans les veines en mélange, avec du sérum antiméningococcique, le méningocoque el les germes similaires se comportent d'une facon un peu différente : la dose de sérum-virus capable de provoquer la mort foudroyante avec le méningocoque vrai, ne détermine chez le cobaye qu'une crise légère, dont il se remet, quand le germe utilisé est un pseudo, un paraméningocoque ou le gonocoque; il est vrai qu'il suffit d'élever la dose, soit de microbes, soit de sérum, pour que la crise soit plus grave, mais elle aboutit rarement à la mort rapide. Parfois même l'animal ne présente aucun accident immédiat; l'action du sérum se fait néanmoins sentir, car l'animal succombe quelques heures après l'injection, avant les témoins, qui n'ont reçu que l'émulsion microbienne sans sérum;

2 Les différences observées entre ces divers germes dans l'étude de ce phénomène sont intéressantes à retenir, car elles soulèvent la question de spécificité de l'action lytique du sérum.

Tout d’abord, elles ne semblent pas dues à une différence de toxicilé du corps microbien, suivant la nature du microbe envisagé. En effet, on prépare des macérations aqueuses de ces divers germes (macération du produit de raclage d'une culture sur gélose en boîte de Roux, âgée de vingt-quatre heures, dans 20 cent. cubes d’eau distillée, pendant cinq à six Jours; 5 cent. cubes d'une macération de méningocoques, introduits dans la veine d’un cobaye, provoquent des troubles immédiats comparables à ceux qui suivent l'injection du mélange sérum-virus, et

amènent la mort en quelques minutes (Briot et Dopter). La même dose de macération effectuée avec des cultures de pseudo et paraméningocoques donne lieu à des accidents identiques et de même gravité.

«Le degré d'intensité des accidentsnotés dépend donc de l’action lytique du sérum, plus complète, plus rapide, plus spécifique vis-à-vis du méningocoque que des germes. » |

Besredka, Strôbel et Jupille sont tentés d'attribuer les accidents décrits, non pas à une lyse microbienne, mais à une « peplotoxine » développée à la faveur de la peptone, venant du milieu de culture et absorbée par les microbes.

En effet :

1° Des cobayes de 230 à 250 grammes auxquels on injecte dans les veines un mélange de 1/20 de boîte d’une culture de méningocoques ayant poussé sur gélose peptonée et de 1,5 de sérum antiméningococcique, sont foudroyés en une à deux minutes ;

2° Des cobayes de même poids, auxquels on injecte dans les mêmes conditions la même quantité de sérum et de méningocoques ayant poussé sur gélose non peptonée, ne manifestent aucun trouble;

3° Enfin, les cobayes qui ont reçu dix minutes avant l'injection du sérum et de méningocoques peptonés, une injection intraveineuse préventive de 0,5 de solution de peptone de Witte à 10 p. 100 ne présentent aucun phénomène morbide,

Ces faits tendent à prouver que les accidents observés chez les chevaux et les cobayes reconnaissent pour cause un poison, étranger à la substance fondamentale du microbe, mais lié à la peptone incorporée dans le milieu: ce serait une « peptotoxine » se développant rapidement aux dépens de cette dernière sous l'influence de l’alexine fixée par les germes sensibilisés par le sérum spécifique.

Quelle que soit, en réalité, l'hypothèse admise pour expliquer les accidents, on est obligé d'admettre la spécificité du microbe à l'étude vis-à-vis du sérum correspondant, Au point de vue spécificité, par conséquent, l'épreuve garde toute sa valeur, l'explication seule diffère,

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