LES FERMENTATIONS SUCRÉES
La fermentation des sucres représente une des plus intéressantes parmi les manifestations si variées de la vie microbienne.
Certains microorganismes font fermenter tous les sucres, d'autres ne font fermenter spécifiquement que certains sucres. Ainsi le bacille d’'Eberth ne fait pas fermenter le lactose que fait fermenter le coli-bacille. De même, certains pseudoméningocoques font fermenter certains sucres que ne fait pas fermenter le méningocoque de Weichselbaum.
Mais, en attaquant les sucres, les microorganismes acidifient le milieu, acidité qu'il est possible de déceler par des colorations appropriées.
Duclaux avait déjà imaginé de colorer du lait avec de la teinture de tournesol, pour savoir si ce liquide devenait acide ou restait alcalin sous l'influence de la végétation microbienne. En 1887, Spina avait montré qu'en colorant de la gélatine avec quelques gouttes d’une solution concentrée de sulfo-indigotate de soude ou de bleu de méthylène, on avait un milieu qui changeait de teinte suivant le microbe cultivé. L'année suivante, Nœggerath fit la première application de 'ces faits pour le dia gnostic des microbes en général et du bacille typhique en particulier. Une méthode nouvelle était créée, les travaux ultérieurs ne firent que la perfectionner.
Au point de vue particulier du méningocoque, les travaux ont été assez nombreux :
Libmann et Celler ont décrit la fermentation du glucose par le méningocoque, Libmann fit ensuite la même constatation pour le lactose; Dunn et Gordon, pour le maltose; Andrews pour la dextrine et le lévulose. Mais c’est à Lingelsheim que l’on doit les plus importants travaux sur ce sujet, travaux qui furent confirmés ensuite par de nombreux auteurs et surtout par Arkwright en Angleterre, Ghon à Vienne, par les élèves de Lingelsheim en Allemagne, par Dopter en France.
Nous donnons ici les techniques les plus employées.
Milieu sucré de Lingelsheim. — « Faire une solution de chaque sucre à 10 p. 100 dans l’eau tournesolée, Faire stériliser 10 cent. cubes de cette solution en la portant deux minutes au bain-marie à 100 degrés (il ne faut pas chauffer à l'autoclave pour ne pas caraméliser le sucre). Après refroidissement, ajou-
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ter 0,5 cent. cube d’une solution normale de soude. Prélever de ce liquide tournesolé, alcaliniser et stériliser 4,5 cent. cube qu'on mélange à 13 cent. cubes d'une gélose ascite au Liers maintenue liquide. Quand le mélange est bien effectué et la teinte violette du tournesol alcalin également répartie, on coule eu boîtes de Petri. Le milieu étant bien solidifié, on sème par stries une üse de culture de méningocoques et on porte à l’étuve.
« Au bout de vingt-quatre heures, on constate que (s'il s’agit de méningocoque vrai), sur glucose et maltose, les stries sont rouges; le tournesol a viré, tandis que sur les autres milieux sucrés les stries de culture n’ont pas changé la couleur du fond. »
Bruns et Hohn emploient le milieu suivant :
« Mélanger à parties égales du bouillon ordinaire et du liquide d’ascite. A 100 cent. cubes du mélange, ajouter 15 cent. cubes de la solution sucrée à 40 p. 100 et 15 cent. cubes de tournesol. Répartir dans des tubes stériles. »
Technique de Bruckner. — Cet auteur préfère au milieu tournesolé les bouillons additionnés de rouge neutre.
Technique de Dopter et Koch. — « À 75 cent. cubes de gélose à 3 p. 100, très légèrement alcaline, on ajoute 1 gramme de levulose, dextrose, maltose, etc. Après stérilisation à l’autoclave, on additionne ce milieu de 25 cent. cubes de liquide d’ascite et de A cent. cube d’une solution stérile de neutralroth à 4 p. 100. Le milieu prend une teinte orangée. On le maintient au bain-marie à 60 degrés pendant une heure environ, jusqu'à la formation d’un fin précipité de neutralroth. (Il est indispensable d'obtenir ce précipité qui contribue à décolorer notablement le milieu ; si on le couleimmédiatement avant cette précipitation, la teinte est trop foncée et la réaction colorante, due à la fermentation des germes étudiés, n’est pas suffisamment nette.) On agite les récipients et on répartit en boîtes de Petri, où, sous une faible épaisseur, le liquide prend une teinte jaunâtre. (Si la teinte est trop foncée, il suffit d'ajouter quelques gouttes de soude normale à 10 p. 100 pour atteindre la coloration désirée. Le fait se pré-
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sente parfois avec les milieux lévulosés et galactosés.) Le milieu se fige après refroidissement. »
Si le résultat est positif, une strie rouge carminée apparaît contrastant avec la teinte jaune du milieu.
Voici, maintenant, quels ont été Les résultats des expériences faites par les deux auteurs qui se sont surtout occupés de ces questions, Lingelsheim, Dopter.
Résultats obtenus par Lingelsheim.
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Résultats obtenus par Dopter et Koch.
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Le simple examen de ces tableaux montre que :
j° Les résultats obtenus par ces deux auteurs — employant des techniques différentes — concordent étroitement;
9 Le méningocoque vrai se distingue des pseudo par ce fait que, d'une façon constante (Lingelsheim a employé 83 races de méningocoques, et Dopter, 9 races), il fait fermenter glucose et maltose, et seulement ces deux sucres.
3° Remarquons que le M. catarrhalis ne fait fermenter aucun sucre et que le D. crassus est celui qui en fait fermenter le plus grand nombre.
On voit donc quelle valeur peut avoir, au point de vue diagnostic différentiel du méningocoque et des germes voisins, l'épreuve de la fermentation des sucres.