I" JUILLET
Le premier jour de juillet de l'an 1590, mourut à Gratz le P. Michel Cardan, que l'Histoire de la Province d'Autriche appelle « un homme vraiment apostolique, donné de Dieu à la Compagnie pour le salut d'un grand nombre d'âmes ; il fut, dit-elle encore, du nombre de ces ouvriers uniquement chers à saint Ignace, qui édifiaient toujours sans ébranler ni détruire jamais ». Le P. Cardan est en effet l'un de ces missionnaires du premier siècle de la Compagnie, dont les noms ne furent souvent conservés que dans le livre de la vie éternelle, et qui reconquirent une à une sur l'hérésie tant de villes où la foi romaine avait entièrement disparu.
La Moravie, la Saxe, la Bavière et la Styrie furent tour à tour arrosées de ses sueurs.
A Nikolsburg, en Moravie, les hérétiques avaient aboli jusqu'au sacrement de baptême comme une invention monastique. En moins de quatre ans, le P. Cardan y ramena si pleinement toutes les pratiques de la vie chrétienne, que les nombreux adultes baptisés par lui en faisaient une image de l'Eglise naissante. Dieu, pour affermir leur foi, donnait bien souvent aux sacrements, entre les mains de son serviteur, la vertu de guérir les maladies les plus désespérées. Il gagna pareillement la ville de Fûrstenfeld, où il n'avait trouvé que trois âmes fidèles à Dieu. Il avait même formé le projet de pénétrer au cœur de la Saxe, qui était alors le boulevard du luthéranisme, et d'y travailler à la conversion de l'électeur, dont il était né le sujet. Nous avons encore des fragments de la lettre qu'il écrivit au P. Aquaviva pour en obtenir la permission, et la belle réponse de celui-ci : « Allez, mon Père, lui disait le Père Général, vous confiant à Dieu d'un grand cœur, et lui consacrant tellement tous vos efforts, votre langue, vos mouvements et vos pensées, que vous soyez à chaque moment digne d'être éclairé de ses lumières et soutenu de son secours. Ne vous asseyez pas à la table des courtisans et n'empruntez rien à leur manière de vivre... L'autel, l'office divin, la pureté de conscience, et tout ce que vous pourrez observer de vos règles, voilà pour vous le moyen véritable de mener à bonne fin une si haute entreprise ».
Les sectateurs de Luther parvinrent malheureusement à fermer au P. Cardan l'entrée de la Saxe. L'homme de Dieu reprit donc le cours de ses belles et laborieuses missions. Il venait de pénétrer à Pettau, en Styrie, et d'y gagner les seize premières âmes