‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 213 sur 322 · V NOVEMBRE · texte numérisé non relu

V NOVEMBRE

Dans le courant du mois de novembre de l'an 1696, on ignore quel jour, fut glorieusement massacré par les sauvages le P, Henri RiCHTER, de la Province de Bohême, âgé de quarante-trois ans dont il avait passé près de douze dans les missions espagnoles du Maragnon. « Il serait difficile, écrivait le P. Samuel Fritz, un de ses plus illustres compagnons d'apostolat, de faire comprendre ce qu'il eut de fatigues à essuyer, soit pour apprendre les langues barbares de ces peuples, soit pour faire entrer dans leurs esprits et dans leurs cœurs les maximes de l'Evangile. Il fît pendant ces douze années, le long du fleuve Uca3^ale, dont les tribus lui étaient confiées, plus de quarante excursions, dont la moindre était de deux cents lieues ; et dans ces courses, il lui fallait pénétrer des forêts épaisses et traverser des rivières extrêmement rapides. On a peine à concevoir, ajoute le P. Fritz, qu'un seul missionnaire, chargé du soin de tant d'âmes, ait pu trouver le temps de parcourir des contrées si éloignées les unes des autres, par des chemins si peu praticables, que souvent c'est beaucoup avancer que de faire une demi-lieue par jour,

« Dans tous ses voyages, il comptait uniquement sur la Providence pour les besoins de la vie et ne voulut jamais porter avec lui

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aucune provision. Il marchait pieds nus par des sentiers semés de ronces et d'épines, exposé aux morsures d'une infinité de petits insectes venimeux dont les piqûres causent des ulcères qui mettent quelquefois la vie en danger... Souvent il se trouva si dénué des choses les plus nécessaires, que faute d'un morceau d'étoffe pour se couvrir, il était obligé d'aller à demi-nu ; ou bien il se voyait réduit à se faire lui-même une robe d'écorce et de branches de palmier : c'était plutôt un rude cilice qu'un vêtement ».

Déjà le P. Richter avait ouvert la porte du ciel à plus de douze mille infidèles, qui s'étaient convertis à sa voix, lorsqu'un jeune indien, comblé de ses bienfaits, parvint à séduire quelques-uns de ses compatriotes, et le frappa d'un coup mortel, au moment où ce grand serviteur de Dieu se dirigeait vers des peuplades encore plus sauvages pour les gagner à Jésus-Christ. Il avait passé vingthuit ans dans la Compagnie.

S\MUEL Fritz, Cf. Lettres édifiâmes et curieuses, cdil. Aimé-Martin, Paris, 18il ; t. 2, p. 121. — STôctLEix, Der neue Welt-Bott, 2e part., n. 51, Lettre du P. Wencesl. Breyer, p. 69 : ô" part., n. 111, Lettre du P. Samuel Fiutz, p. 59. — Patrigx.vni, Menol., 3 maggio, p. 14. — Platzweg, Lebensbilder deutscher Jesniten..., p. 129. — Sommervogel, Biblioth., t. G, p. 1834. — de Boye, Vita et obitus Ven. P. Henrici Wenceslai Richter... Pragx 1702. — Pelzel, Boemische Gelehrte, p. 120.

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