‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 252 sur 322 · XXIX NOVEMBRE · texte numérisé non relu

XXIX NOVEMBRE

Le vingt-neuvième jour de novembre de l'an 1688, mourut à Prague le P. Louis Bohuslas Balbinus, surnommé par ses contemporains le Tite-Live de la Bohême. Né à Kôniggriitz d'une noble et vaillante famille de chevaliers, il se regarda toujours comme redevable de la vie à la protection de la très sainte Vierge et aux prières de sa pieuse mère, qui l'avait déposé tout mourant sur l'autel de Notre- Dame d'Alt-Bunzlau. Ce premier bienfait, comme il le raconte luimême dans ses écrits, n'était que le prélude d'un grand nombre d'autres ; mais une des grâces les plus insignes, dont il remerciait dans la suite Notre-Seigneur, fut d'avoir pour confesseur dès l'âge de douze ou treize ans, le célèbre P. Nicolas Lancicius, pendant qu'il étudiait au collège d'Olmutz.

« Je ne pensais pas encore, écrivait-il plus tard dans la vie de son saint père spirituel, je ne pensais pas encore à entrer dans la Compagnie de Jésus ; mais le bon vieillard m'assurait que bientôt la voix de Dieu se ferait entendre ; et il ajoutait : En attendant, livrez-vous avec ardeur à l'étude des belles-lettres, jusqu'à vous y plonger tout entier: Litterarum studiis te totum trade et immerge. Puis quand il me vit décidé à suivre Jésus-Christ qui m'appelait : « Maintenant, me dit-il, vous me servirez d'hameçon » ; et il m'en-

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seignait l'art de gagner à Dieu mes condisciples , que je lui amenais ensuite et dont il faisait des saints. Il nous animait tellement à nous vaincre , nous soutenant même quelquefois de sa présence, que je me rappelle m'être un jour mêlé, sous ses yeux, aux ouvriers qui blanchissaient les murs du collège d'Olmutz, non sans une extrême honte des railleries de mes condisciples, mais encouragé jusqu'au bout par l'homme de Dieu, qui tenait mon manteau entre ses mains ».

A quinze ans, le jeune Balbinus, aguerri par de pareilles épreuves, se rendait au noviciat de Brûnn, célèbre alors par sa ferveur. Bientôt après il était à son tour chargé d'instruire et de sanctifier la jeunesse de nos collèges, et tandis que, par ses travaux littéraires, il méritait, selon l'expression de son biographe, le nom de prince des orateurs et des poètes de la Bohême, il remplaçait à son tour le P. Lancicius, dans les charges de Père spirituel des enfants et de directeur des congrégations. Le peu de détails qui nous ont été conservés sur les œuvres apostoliques du P. Balbinus nous le montrent néanmoins, dès la première année de son sacerdoce, ramenant en deux mois à l'Eglise, parmi les sauvages habitants des montagnes, plus de cinq cents victimes de l'hérésie, et quatorze cents environ pendant les missions de son troisième an.

Les hommes instruits savent l'immense réputation et la recon naissance que ses publications sur l'histoire sacrée et profane de la Bohême lui valurent de la part de ses compatriotes ; mais Dieu permit, pour mettre le couronnement à la vie sainte et laborieuse de son serviteur, que ses travaux mêmes les plus dignes d'éloges, fussent pour lui, durant de longues années, une source de cruelles persécutions et de calomnies, qui prévalurent auprès des

supérieurs de la Compagnie. Le P. Balbinus souffrit tout avec une grande patience, sans donner jamais à ses adversaires la joie de se montrer découragé. Enfin, après cinq années de paralysie, qui lui laissèrent néanmoins le libre usage de l'intelligence et de la langue pour travailler, jusqu'à son dernier jour, à la gloire de Dieu et de sa patrie, il expira saintement, laissant un tel souvenir au peuple de la Bohême, qu'aujourd'hui encore, en entrant dans le musée de Prague, les deux figures qui frappent d'abord les regards et occupent la place d'honneur, sont les images des deux Jésuites Bohuslas Balbinus et Joseph Dobrowski. Le P. Balbinus était mort à l'âge de soixante-sept ans, il en avait passé cinquante-deux dans la Compagnie.

Balbinus, Vùa V. P. Nicol. Lancicii, cf. Schmidl, Histor. Provinc. Bohem.y t. 4, /. 2, n. 61, p. 348. — Schmidl, Op. cit., t. 5, lib. 5, n. 195, p. 678. — SoMMERvoGEL, BihUoth., t. 1, p. 792. — Pelzel, Boemische Gelehrle, p. 50. — Biographies du P. Balbinus, apud Pelzel, Op. cit., p, 52. — SoTUELLus, Biblioth., p. 124. — Feller, Dictionn. histor. , t. 1, p. 3.35.

* Le vingt-nevivième jour de novembre de l'an 1779, au collège de Soleure, où il avait continué de vivre et de travailler après la suppression de la Compagnie, mourut le P. Joseph de Grollalanza, d'une noble famille tyrolienne. Ce saint religieux semble avoir accompli dans sa perfection le précepte de la charité. Les pauvres, les malades, les moribonds étaient l'objet de ses constantes et plus vives sollicitudes. Il leur prodiguait tous les soins de l'âme et du

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