XXX NOVEMBRE. — P. ANTOINE WELSER
une violence extrême ; c'était l'époque de l'invasion suédoise : les troupes de Gustave-Adolphe promenaient le ravage dans toute l'Allemagne ; les Jésuites étaient l'objet d'une haine acharnée de la part de ces hérétiques. A chaque jour et à chaque heure, pour ainsi dire, raconte l'historien de la Province de Haute-Allemagne, arrivaient au Père Provincial, sur ceux dont il avait la charge, les plus désolantes nouvelles. Les uns avaient été chassés de leurs maisons et forcés de s'exiler; les autres traînés en captivité, traités d'une façon barbare ou condamnés à des rançons exorbitantes; ceux-ci étaient retenus comme otages et réservés à des indignités pires que la mort ; ceux-là étaient accusés de trahison et, sous ce faux prétexte, voués au supplice; les collèges et les maisons de la Province étaient livrés au pillage ou consumés par les flammes. Tous ces coups répétés n'abattaient ni n'ébranlaient le courage du P. Welser. Comme le saint patriarche Job, il adorait la main de Dieu toujours bonne et miséricordieuse, même dans ses plus grandes rigueurs et, confiant dans l'appui d'en haut, il se multipliait avec une activité extraordinaire et un dévouement sans bornes afin de porter remède à tant de maux.
Il ne voulait pour lui-môme aucun ménagement. « Souviens-toi, se disait-il souvent, que tu ne t'appartiens pas ; tu es l'esclave de la Compagnie ». Pour arriver plus efficacement à un complet oubli de lui-même, il s'était fait une pratique de demander trois fois par jour à Notre-Seigneur, au pied du tabernacle, d'arracher de son cœur jusqu'aux dernières fibres de l'aniour-propre. Il se flagellait sans pitié matin et soir, et ne prenait qu'un court sommeil. A l'exemple de notre Bienheureux Père, il ne laissait passer aucune heure sans jeter un regard sur sa conscience. Sa dévotion aux A. G. I. — ï. H. — 55.
âmes du purgatoire rappelle celle du célèbre P. Jacques Rhem, On assure que ces âmes souffrantes venaient souvent se recommander d'une manière sensible à ses prières. Enfin ce grand serviteur de Dieu mourut très saintement et fut honoré par la vénération et les regrets de toute la ville de Neuburg. 11 était âgé de soixante-quinze ans et en avait passé plus de cinquante dans la Compagnie.
Histor. Provinc. German. Super. ^ t. 5, decad. 10, n. 781 seqq., p. 472 seqq. — Patrignani, Menol., 30 nov.^ p. 214.
* Le trentième jour de novembre de l'an 1734, mourut au collège Pazmani de Vienne, dont il était Recteur, le P. André Sigrai, d'une noble famille de Presbourg en Hongrie. Dès son enfance, il avait été prévenu des bénédictions du ciel, et lorsqu'il se présenta, à l'âge de seize ans, pour entrer dans la Compagnie, il apportait une vertu déjà éprouvée. 11 fut récompensé de ses victoires par le don d'une chasteté parfaite. 11 ne laissait pas de s'entourer des précautions les plus jalouses et de crucifier sa chair par les cilices, les flagellations sanglantes et d'autres pénitences très rigoureuses.
A cette pureté de cœur, le P. Sigrai joignait une dévotion très tendre à la Reine des Vierges, une obéissance entière et un profond mépris de lui-même. Chargé un jour par des envieux d'une grave accusation auprès des supérieurs, et en punition de sa faute prétendue, retiré de ses fonctions, et envoyé au loin dans une petite ville, il ne dit pas un mot pour se justifier, et en attendant que