V JANVIER
* Le cinquième jour de janvier de l'an 1633 mourut à Porrentruy, où les malheurs de la guerre l'avaient obligé de chercher un asile, le F. Thomas Devillers, jeune Scolastique de vingt-deux ans, vivante copie de Jean Berchmans son protecteur et son modèle. Il mourut comme lui sans avoir jamais violé délibérément une seule de nos règles. Dès qu'il commençait son oraison, il était absorbé en Dieu, et nulle pensée étrangère ne venait le troubler: privilège bien rare, dont lui seul n'était pas surpris; car il ne pouvait comprendre, disait-il, que des chrétiens et surtout des religieux eussent à se plaindre de la mobilité de leur imagination, quand ils avaient le bonheur de s'entretenir avec Dieu. Ardente et filiale autant que solide et profonde était sa dévotion à la très sainte Vierge. Dans les exhortations d'usage qu'il adressait à ses élèves, il parlait de cette bonne Mère, de ses privilèges, de ses amabilités, avec un tel accent, une telle effusion d'amour, que ses jeunes auditeurs en étaient dans le ravissement. Ils se disaient ensuite ou que Marie elle-même avait dû se montrer à leur saint professeur, ou du moins qu'il avait vu les anges dont est formée sa cour.
Les vertus du F. Devillers brillèrent encore d'un plus vif éclat dans ses derniers moments. Les yeux fixés sur son crucifix et sur
V JANVIER. F. THOMAS DEVILLEKS iTj
les imag-es de Notre-Dame et de saint Jean Berchmans, il attesta que jamais il ne s'était trouvé si bien et que son àme surabondait de consolation. II fit chanter le cantique de saint Bernard en l'honneur du nom de Jésus et celui de saint Pierre Damien sur la gloire du paradis ; il mêlait lui-même sa voix mourante à celle de ses frères. Au moment d'expirer, rassemblant par un acte de suprême énergie ce qui lui restait de forces, et se dressant sur sa couche: « Je déclare, dit-il, que je meure fils de la Bienheureuse Vierge Marie, de la sainte Eglise catholique et de la Compagnie de Jésus ». Puis il retomba épuisé, et remit doucement son àme entre les mains de Dieu.
P. Fr.vnc.-Xwer. Kropf, s. J. Historia Provinciœ S. J. Germaniœ Superior., part. 5» , n. 467, p. 2."Î3. — Summar. vitœ def'unctor. Provinc. Gcrmafi. Superior. (Archiv. Rom.}.