XXV MARS
* Le vingt-cinquième jour de mars de l'an 1673, mourut au collège de Gratz en Styrie le F. Urbaix Wilfing, Coadjuteur temporel. Dans sa première enfance il avait été berger ; déjà la voix de Dieu se faisait entendre à son cœur et l'appelait à la vie parfaite. Mais comment répondre à cette invitation et surmonter tant d'obstacles qui se dressaient devant lui? Un jour qu'il était tout absorbé par ces pensées et se demandait avec larmes ce qu'il pourrait faire pour suivre l'attrait divin, — il avait alors treize ans, — un beau jeune homme, ainsi qu'il le raconta lui-même plus tard, se présenta devant lui et lui dit ces paroles : « Vous deviendrez religieux ». L'enfant objecta sa pauvreté, son ignorance, le besoin qu'on avait de ses services ; l'inconnu répéta pour la seconde fois : a Vous serez religieux », et il disparut.
Dix-huit années s'écoulèrent avant la réalisation de ces promesses. De pâtre Urbain Wilfing se fit soldat. Dans les camps comme dans les solitudes, où il conduisait ses troupeaux, il tint les yeux constamment fixés sur le but qui lui était marqué et ne se relâcha pas un seul jour de sa ferveur. Au milieu de compagnons hérétiques ou libertins, il sut garder, même au péril de sa vie, la pureté de ses mœurs et de sa foi. Enfin les portes du noviciat
s'ouvrirent à sa persévérance ; il était âgé de trente-et-un ans. Toutes les vertus qu'il avait pratiquées brillèrent alors d'un plus vif éclat. Le F. Wilfîng se distingua surtout par sa charité envers les pauvres, son dévouement au service des pestiférés, et une tendre dévotion à la très sainte Vierge. Pour s'assurer plus efficacement la protection de cette bonne Mère au redoutable moment qui décide de l'éternité, il avait souvent désiré de mourir un jour qui lui fût consacré, comme le samedi ou une de ses fêtes. Il fut libéralement exaucé, car il expira le jour de l'Annonciation, qui cette année-là était un samedi. Il était âgé de soixante-treize ans.
Summar. vitse defunctor. Provinc. Austr, (Archiv. Rom.}.
* Le vingt-cinquième jour de mars de l'an 1696, mourut au collège de Warasdin en Hongrie le P. Frédéric Ininger, né à Landshut en Bavière. Tour à tour Recteur des collèges de Constance et de Dillingen, Provincial de la Haute-Allemagne et Visiteur de la Province d'Autriche, il se montra le vrai père de ses inférieurs par sa charité et son zèle à leur inspirer l'esprit de saint Ignace. Jeune encore, il avait donné une preuve héroïque de son amour pour la vertu. Conduit sans le savoir par quelques-uns de ses compagnons dans une maison où son innocence était en péril, et trouvant toutes les issues fermées, il n'hésita pas à se précipiter par une fenêtre, après avoir fait le signe de la croix, comptant pour rien, au prix de sa chasteté, le péril de sa vie.
Le P. Ininger avait une tendre dévotion à la très sainte Vierge.