V JUIN
Le cinquième jour de juin moururent dans la Province d'Autriche le P. Jean Rumer à Tyrnau en 1643, et le P. Jean Raditschnigg à Vienne en 1748, laissant l'un et l'autre une très haute réputation de vertu, et particulièrement d'amour de la croix.
Le P. Jean Rumer, deux fois Provincial d'Autriche, était depuis longtemps torturé par une pierre énorme hérissée de pointes ; le médecin qui décrivit les ravages qu'avait faits le mal dans tout l'organisme du malade, ne pouvait comprendre comment celui-ci n'avait jamais perdu sa sérénité ni donné un signe de douleur. Le P. Rumer en effet avait continué de travailler et de supporter les fatigues de ses longs voyages à travers la Province, comme s'il n'avait rien souffert. Il s'estimait heureux d'avoir quelque trait de ressemblance avec le Sauveur crucifié. Son dernier mot, en expirant, fut celui-ci : « 0 Dieu ! que je me trouve bien » !
Le P. Jean Raditschnigg, né à Eberndorff en Carinthie, était un littérateur fort distingué. Néanmoins sa réputation et ses succès n'affaiblirent jamais en lui le désir d'aller cacher ses talents et se consumer au service des nations infidèles. Mais l'obéissance lui ayant assigné la Styrie pour champ d'apostolat, il y mena durant huit années la rude vie des apôtres, veillant, jeûnant, tourmentant a. g. I. — T. I. — 63.
chaque jour sa chair par le cilice et les fouets, et si attentif à la pureté de son âme, qu'il s'était engagé par vœu à une longue et rude flagellation toutes les fois qu'il retomberait dans une certaine imperfection dont il avait résolu de se corriger. Ses succès dans la carrière apostolique ne répondirent pas d'abord à son attente. Il s'en consolait par la pensée que Dieu demande à ses ouvriers non de faire mûrir la moisson, mais seulement de jeter la semence et de l'arroser de leurs sueurs ; et si parfois quelque sentiment d'ennui ou de dégoût l'envahissait malgré lui, il relevait son courage et s'animait à n'épargner aucune fatigue par ces considérations, d'une toute-puissante efficacité sur son âme, consignées en quelques mots dans ses notes intimes : Motiva contra laboris tiedia : missiones transmarinee, socioruni labores, gloria et heneplacitum Dei. Le P. Raditschnigg mourut à l'âge de soixante-sept ans, dont il avait passé cinquante-et-un dans la Compagnie.
P, Jean Rumer. — Nadasi, Predosx occupât, marient., c. 1k, n. 9, p. 212.
P. Jean Raditschnigg. — Litterx ann. Provinc. Austr. ann. 1748. (Archiv. Rom.}. — Stôger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 289. — Sommervo- GEL, Biblioth.., t. Q>, p. 1382.
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