XIV JUIN
* Le quatorzième jour de juin de l'an 1664, mourut à Vienne le P. Jeax Schega, né à Laibach dans la Carniole. Son admirable modestie, jointe à une pureté de conscience qu'il ne ternit jamais par aucune faute grave, lui avait mérité le nom d'ange. Après avoir rempli les charges de Maître des novices, de Recteur et de compagnon du Père Provincial, il fut nommé confesseur de l'Archiduc d'Autriche, Léopold Guillaume, fils de l'empereur Ferdinand II, et suivit ce prince dans son gouvernement général des Pays-Bas. Il demeura dix-sept ans dans son intimité et, par la sagesse de sa direction, ne contribua pas peu à lui concilier cette haute réputation de vertu qui lui est restée dans l'histoire.
Le jansénisme venait de surgir depuis quelques années. Le P. Schega se déclara résolument l'adversaire de cette hérésie néfaste autant que hypocrite. Il mit tout en œuvre auprès de son illustre pénitent pour obtenir que les chaires d'enseignement fussent pourvues de professeurs d'une saine doctrine, les diocèses de bons évoques, les villes elles-mêmes et les provinces de gouverneurs d'une orthodoxie parfaite.. Furieux de son opposition, les jansénistes remuèrent ciel et terre pour l'éloigner de la cour, et firent si bien que l'archiduc, pour leur donner quelque satisfaction, crut devoir con-
seiller à son confesseur de s'efîacer au moins pour quelque temps. L'homme de Dieu répondit noblement qu'il était prêt à retourner à Vienne, mais que tant qr'il resterait chargé de la conscience du prince, rien ne l'empêcherait de remplir tout son devoir et de soutenir les droits de la sainte Eglise et de la vérité. Léopold Guillaume comprit ce ferme et beau langage et garda son confesseur. Le P. Schega vivait à la cour comme il avait vécu parmi ses frères, étranger à tout ce qui n'était pas de ses fonctions. 11 priait longuement, jeûnait tous les samedis en l'honneur de l'immaculée Mère de Dieu, dont il propagea le culte dans les Pays-Bas, et crucifiait sa chair par l'usage fréquent du cilice et des flagellations. Dieu l'éprouva dans ses dernières années par des infirmités douloureuses sans lasser sa patience et sa résignation. Le P. Schega mourut très saintement dans la soixante-dixième année de son Age et la cinquante-troisième depuis son entrée dans la Compagnie.
P.vTRiGNANi, MenoL, 14 giugn., p. 87. — Stôgeu, Scriptores Provitic. Auslr., p. 312. — SoMMERvoGEL, Dihlioth.^ t. 1, p. 733. — Cassani, Varones ilustres^ t. 3, p. 510.