II JANVIER. — P. JEAN DESPOTOVICH
étranger. Dès le lendemain, vendu aux hérétiques par un apostat, il fut chargé de chaînes, jeté presque nu dans un cachot infect et glacé, mis à la torture et banni de la Suède, après avoir vu condamner à la mort les deux généreux chrétiens dont Notre- Seigneur lui avait révélé le triomphe. Rentré en Allemagne, le P. Schacht consacra sans réserve au bien des âmes la vie qu'il aurait voulu donner à Dieu sur l'échafaud. Pendant vingt-quatre années, il soutint les plus rudes travaux apostoliques, au milieu des camps et des provinces infestées par l'hérésie; et enfin, épuisé de fatigue, il expira glorieusement dans la mission de Hambourg, à l'âge de soixante-et-onze ans.
Summar. vitse defunclor. Provinc. Rheni Infer. (Arch. Rom.). — P. Fre- DER. Reiffenberg S. J. , Hïstoria Societ . Jesu ad Rhenum Inferiorem, Colonias Agrippinœ, 1764, p. 578 et 581. — Nadasi, Ann. dier. memorab. Soc. Jesu, 2» januar., p. 6. — Pathignani, Menol., 2 genn., p. 25. — Dreavs, Fasli Societ. Jesu, 2» j'anuar., p. 3.
* Le deuxième jour de janvier de l'an 1711 mourut au collège de Klagenfurt, pendant qu'il y faisait la visite provinciale, le P. Jean Despotovich, d'une illustre famille de Hongrie. Encore enfant, il s'était signalé par un trait semblable à ceux qu'on admire dans la vie des saints. Pour sauver son innocence, il n'avait pas hésité, après avoir invoqué le secours de la Reine des vierges, à s'élancer en pleine nuit d'hiver par la fenêtre de sa chambre; et il était resté de longues heures exposé à un froid glacial. Le P. Despotovich enseigna d'abord les hautes sciences dans les collèges
de Vienne, de Gratz, de Munich, d'Agram et de Tyrnau ; puis, malgré les protestations de son humilité, il se vit élevé aux premières charges de sa Province. Il fut tour à tour Recteur, Instructeur des Pères de troisième probation et Provincial. C'est par la douceur qu'il s'attacha surtout à gouverner. Après avoir gagné les cœurs, il obtenait sans peine les plus grands sacrifices. Il avait une sollicitude particulière pour ceux qu'il savait tentés contre leur vocation, et plusieurs lui durent leur persévérance. Les malades n'étaient pas l'objet de moindres attentions. Quelles que fussent ses occupations, il se faisait comme leur infirmier. Pendant qu'il était à Gratz, une épidémie désola le collège, et en peu de jours réduisit à l'extrémité un certain nombre de Pères et de Frères. Vainement le charitable Recteur fit appel à toutes les ressources de l'art et à toutes les industries du dévouement : le mal ne cédait point. Alors, avec cette confiance toute-puissante des saints, il se tourna du côté du ciel; il fit un vœu à nos bienheureux Pères Ignace et François Xavier, et bientôt il eut la joie de voir revenir à la vie ceux qui paraissaient déjà condamnés à la mort.
Cette tendresse de cœur s'alimentait au cœur même de Dieu. Le P. Despotovich était avant tout un homme d'oraison et de foi. Jusqu'à sa dernière maladie, il ne cessa de réciter son office à genoux avec un respect et une piété extraordinaires. Il ne pouvait assez déplorer, disait-il, la négligence de ces prêtres qui s'acquittent de ce devoir avec une précipitation indécente, ne se font nul scrupule de s'interrompre à tout propos, et confondent ensemble les vains discours des hommes et les louanges de Dieu. Rempli d'une dévotion très vive pour l'adorable Sacrement de l'autel, il
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allait plusieurs fois par jour se prosterner au pied du tabernacle. Tant que les Nôtres, disait-il, seront fidèles à payer au Sauveur résidant parmi nous ce tribut d'amour et d'adoration, ils verront les dons célestes se répandre avec profusion sur nos collèges. Grâce à cette habitude de vivre avec Dieu, le P. Despotovich avait comme fixé sa demeure dans une rég-ion de paix et de sérénité, où nulle contradiction, nulle adversité ne venait le troubler. Un jour, pendant qu'il était en voyage, un violent incendie réduisit en flammes- une partie du collège d'Agram, dont il était Recteur. A son retour, il trouva toute la communauté dans le trouble et la tristesse. Pour lui, il contempla ces ruines sans s'émouvoir ; il adora et baisa la main divine ; et aussitôt, avec une résolution et une énergie admirables, il mit la main à l'œuvre et releva les murs écroulés. Le P. Despotovich, au moment de sa mort, était âgé de soixante-treize ans ; il en avait passé cinquante-cinq dans la Compagnie.
. P. P'ranc. Kazy, s. J., Historia Universitalis Tyrnaviensis, \l'il ; part. 3", lib. 2, p. 305. — P. Stoegeh, S. J., Scriptores Provincias Austriacse, Viennœ 1856, p. 59. — P. C. Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Je'sus, nouvelle édition, t. 3, p. 14.
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