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Le premier jour de février de l'an 1681, mourut à Rome Jean- EvERARD NiDHARD, Cardinal de la sainte Eglise Romaine , âgé de soixante-quatorze ans, dont il avait passé cinquante dans la Compagnie. A seize ans, le jeune Everard s'était vaillamment comporté, sous les yeux et sous le commandement de son père, contre les bandes luthériennes. Fait prisonnier malgré sa bravoure, il n'échappa qu'à grand' peine à la mort. A vingt ans, il ne savait pas un mot de latin ; mais songeant déjà à échanger la milice terrestre contre celle de l'apostolat, il alla s'asseoir sur le banc des petits enfants au collège de Passau. A vingt-quatre ans, il se dérobait aux espérances de sa famille, dont il était l'aîné, et allait revêtir au noviciat de Vienne l'habit des enfants de la Compagnie.
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La mort, qui ne l'avait pas effraye sur le champ de bataille, devait lui paraître plus belle encore au service des membres souffrants de Jésus-Christ. Aussi, dès avant la fia de ses études, il obtint d'aller la braver à Gratz, dans le lazaret des pestiférés. Mais Dieu le réservait à d'autres combats sur un théâtre à la fois plus éclatant et plus dangereux.
Appelé par la confiance de l'empereur Ferdiiiand 111 à la cour de Vienne, il se vit contraint d'accepter le redoutable honneur de diriger l'éducation et la conscience du jeune archiduc Léopold qui devait porter après son père la couronne du saint-empire, et de l'archiduchesse Marie-Anne d'Autriche, destinée au trône d'Espagne. Puis quand le roi catholique Philippe IV eut obtenu en mariage la jeune archiduchesse, le P. Nidhard dut la suivre à Madrid, où il demeura seize ans dans la maison du noviciat, donnant ;i tous de grands exemples de perfection religieuse, de zèle pour la sanctification de sa royale pénitente et d'amour pour sa vocation. Le roi, plein d'admiration pour sa vertu, avait tenté une première fois de lui faire accepter la pourpre romaine ; mais l'humble religieux le conjura si instamment de renoncer à un pareil dessein, que Philippe IV se laissa fléchir.
Après la mort de ce prince, il eut à subir d'autres assauts, et ne put se dérober à tous les honneurs. La reine régente obtint du Souverain Pontife Alexandre Vil un bref qui, en dépit de ses résistances, le contraignit d'accepter le titre et le rang de grand inquisiteur et le nomma membre du conseil royal de régence. Mais les plus jalouses passions, déchaînées autour du trône, conjurèrent bientôt l'exil et la ruine de celui qu'on traitait de moine étranger, issu, disait-on pour le rendre encore plus odieux, de parents héré-
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tiques. Don Juan d'Autriche, à la tête de plusieurs centaines d'hommes en armes, somma la régente de renvoyer d'Espagne son confesseur. Le P. Nidhard, joignant ses instances aux menaces de ses ennemis, obtint enfin de se retirer ; mais la reine mit à son départ la condition expresse qii'il se rendrait à Rome en qualité do son ambassadeur auprès du Saint-Siège.
De nouvelles épreuves l'attendaient dans cette ville. Il put, à la vérité, durant huit mois, vivre en paix au collège de Tivoli, et se flatter, grâce aux poursuites et à la puissance de don Juan, d'avoir recouvré pour toujours la liberté de vivre en simple religieux. Mais Clément X, jaloux à son tour de justifier et d'honorer, aux yeux de toute l'Eglise, un homme qui lui avait rendu tant de services, le créa successivement archevêque d'Edesse in partihiis et cardinal du titre de Saint-Barthélémy eu l'Ile. Huit ans j)lus tard, presque à la veille de sa mort, le religieux, devenu prince de l'Eglise, attestait de la manière la plus touchante dans son testament combien le premier amour de sa vocation était toujours resté vivant dans son cœur. Il demandait humblement que la Compagnie voulût bien lui donner un dernier asile dans l'église du Gesù, et l'ensevelir, ajoutait-il, « au pied de l'autel de mon bon et bien-aimé Père Ignace, que j'ai toujours chéri du cœur le plus filial, et près duquel je désire ardemment reposer ainsi après ma mort, comme j'ai la douce confiance de me trouver bientôt près de lui dans le ciel )>. Parmi les plus beaux titres d'honneur du P. Nidhard, nous ne pouvons pas oublier ses pieux et gavants ouvrages en faveur de la Conception immaculée de la Mère de Dieu, qu'il défendit avec autant de succès que de zèle contre des religieux d'un autre Ordre qui croyaient de leur devoir de ne point reconnaître, avant la dé- A. G. I. — T. I. — 14.
finition du Saint-Siège, un privilège si cher à l'auguste Reine du ciel.
SoTUELLLS, Biblioth.^ p. 441. — Sommervogel, Biblioth., t. 5. /;. 1716.
— P.vTRiGNANi, Menai., 1 febbr., p. 14. Le P. Patrignani donne l'épitaphe inscrite sur la tombe du cardinal Nidhard. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 5^ octob., p. 388. — Stôger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 244. — Georg. Eggs, Purpura clocta., t. 3, p. 508. — Mario Guarnacci, Vitie. et gesta romanoruni Pontificum et cardinalium, t. 1, /;. 35. — Crétineau- JoLY, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. 4, ch. 2, p. 108 et suiv. — Feller, Dictionn. histor.., t. 4, p. 603. — Aug. Carayon, S. J., Bibliographie historique de la Compagnie de Jésus, nn. 370-372, 2334, 2838.
— P. Bern. Duhr s. j., Jesuiten-Fabeln, 2''« édit., p. 499.
* Le premier jour de février de Fan 4611, à Neubourg sur le Rhin, mourut victime de sa charité le F. Georges Renner, Coadjuteur temporel. Il avait accompagné dans cette ville un des Pères du collège de Constance qui allait y donner une mission, lorsqu'une maladie contagieuse se déclara avec violence et fit de grands ravages. Les deux religieux se livrèrent tout entiers au service des malades. Le F. Renner, vieillard de soixante-cinq ans, éprouvé déjà plus d'une fois dans cette même arène du sacrifice, fut emporté le dixième jour, après des prodiges de charité qui avaient ravi d'admiration toute la ville. On vit alors combien cette impression était profonde. Le Père voulait lui faire des funérailles très simples, conformes à l'humilité de sa profession. Les magistrats de Neubourg ne le souffrirent pas. La cérémonie funèbre eut lieu dans l'église principale, entièrement tendue de deuil ; six jeunes gens des plus nobles familles réclamèrent l'honneur de porter le corps de l'humble religieux, et une foule nombreuse l'accompagna jus-
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qu'à sa dernière demeure. A peine, dit l'historien de la Province de Germanie, auraient-ils pu se livrer à des démonstrations plus touchantes pour leurs propres frères, issus du même sang. Le F. Renner avait vécu trente-trois ans dans la Compagnie.
Litterse aiinuse Socict. anno 1611, p. 499. — Franc. -X\v. Kropf, S. J.,
Histor. Provinc. German. Super., t. 4, n. 428, p. 137. — Alegambe, He-
roes et victimie charitat., anno 1611, /;. 164. — Lcvens vnn Broeders Coadjut., p. 136.
* Le premier jour de février de l'an 1064, mourut à Vienne dans la maison professe le P. Christophe Pottenhoffer, ouvrier infatigable, dévoré du zèle des âmes, digne de vivre un siècle, écrit l'auteur de sa notice. Il faisait habituellement deux parts de sa journée. Dès le matin, il s'enfermait au confessionnal ; telle était l'affluence des pénitents, que souvent il ne pouvait célébrer le saint Sacrifice avant midi. Le soir, l'instruction des hérétiques, la visite des malades, l'assistance des moribonds et d'autres œuvres de zèle prenaient toutes ses heures. Il ne s'accordait aucun repos et aurait voulu se multiplier pour faire plus de bien et procurer plus de gloire à Dieu. La ville de Vienne et les campagnes environnantes, dit encore son biographe, racontent les merveilles de la charité du P. Pottenhoffer : « Point de maladie si rebutante, de genre de mort si terrible, de contagion si dangereuse qu'il n'affrontât avec un magnanime courage ». On assure qu'à Vienne seulement, il accompagna plus de cent trente criminels à l'échafaud ; et l'on ajoute que dans les camps, un plus grand nombre encore de mi-
sérables, malfaiteurs de toute espèce, condamnés par la justice civile ou militaire à tous les supplices alors en usage, le fer, le feu,, la roue, le gibet, lui durent de subir leur peine avec résignation et de faire une mort chrétienne et pleine d'espérance. Les mains chargées de tant et de si belles œuvres de miséricorde, le P. Pottenhoffer s'endormit joyeusement dans la paix du Seigneur, à l'àge de cinquante-cinq ans, dont il avait passé trente-sept dans la Compagnie.
Saniinar. vit;v defuiiclor. Provinc. Austr. (Archiv. Rom.].
* Le premier jour de février de l'an 1718, mourut à Ingolstadt le P. François Bryat, de Porrentruy, modèle achevé de toutes les vertus religieuses, et surtout d'obéissance. Perpétuellement ballotté d'une maison à l'autre et d'un office à l'autre, il était toujours content : a Je ne regarde, disait-il, ni le terme a quo ni le terme ad queni., ni les fatigues du voyage, ni celles de l'emploi ; je ne vois que le bon plaisir de mes supérieurs ; m'écarter si peu que ce soit de ce bon plaisir m'a toujours paru un crime. La véritable obéissance est aveugle ».
Les plus abondantes bénédictions, suivant la promesse des Saints Livres, furent le fruit de cette entière abnégation de sa volonté. Au témoignage de ceux qui le connurent, le P. Bryat possédait à un degré éminent l'art merveilleux et divin de toucher et de convertir les âmes ; il en arracha un grand nombre à l'hérésie et au péché. Il avait ardemment désiré les missions des Indes. Pour se dédommager en quelque manière de n'avoir pu les obtenir, il en-
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courageait de toutes ses forces les jeunes religieux de nos collèg-es qui aspiraient à ce glorieux apostolat ; il allait lui-même porter la bonne nouvelle au peuple des campagnes, et soutenait par de larges aumônes, principalement dans le canton de Fribourg, les apôtres qui se consacraient à un ministère si fécond en fruits de salut. Ce saint homme n'avait véritablement en vue que la plus grande gloire de Dieu. Dans les affaires plus importantes, c'est au pied du Saint Sacrement qu'il allait prendre conseil et arrêter ses déterminations ; les lumières dont il était éclairé étaient si vives, qu'il put avouer au moment de sa mort n'avoir jamais rien décidé ni rien fait dont il eût eu ensuite à se repentir. Chaque jour, il consacrait au moins deux heures à l'oraison.
Vers la fin de la vie, de très cruelles souffrances achevèrent d'épurer sa vertu. Son unique remède, au milieu des crises les plus déchirantes, était de se faire lire la passion de Notre-Seigneur. Quand on lui annonça que la dernière heure n'était plus éloignée, son visage s'éclaira d'une joie céleste : « Bonne nouvelle, dit-il à deux reprises ; in doniinn Domini ibiniiis, nous irons dans la maison du Seigneur ». Le peuple d'Ingolstadt accourut à ses funérailles ; chacun vouhiit baiser les mains du serviteur de Dieu, et faire toucher à ses restes vénérés des chapelets et d'autres objets de piété. Le P. Br^at était âgé de soixante-dix ans ; il en avait passé cinquante-deux dans la Compagnie.
Patrign.^m, MenoL, 1 febbr.^ p. 20.