XXI OCTOBRE
Le vingt-et-unième jour d'octobre de l'an 16b0, mourut au collège de Turin, à l'Age de cinquante-cinq ans et après quinze ans de vie religieuse, le F. Coadjuteur Jean-Baptiste Gentil, qu'on avait surnommé la main et le pied de tous ses frères, tant son bonheur était de les aider et de les soulager, dès qu'il avait achevé ses propres travaux. Bien peu de nos plus fervents Goadjuteurg, disent les témoins de sa sainte vie, unirent jamais dans un pareil degré le recueillement et la pénitence des anachorètes aux fatigues incessantes des hommes de peine ; car il n'eût pu souffrir qu'un ouvrier pour son modique salaire, ou un esclave par crainte de son maître, se fatiguassent jamais plus que lui pour l'amour de Dieu. Aussi travaillait-il toujours comme sous les yeux de Notre-Seigneur, et recourait-il à lui, pour ainsi dire de minute en minute, par de simples et vives oraisons jaculatoires, ou par le souvenir d'un verset de l'Imitation et des maximes de sainte Thérèse, dont la lecture faisait ses délices. Sans égard pour l'épuisement de son corps, il portait d'ordinaire, autour des reins, une chaîne de fer, et par dessus, une longue tunique de crin, souvent toute baignée de ses sueurs et de son sang. 11 n'aurait quitté ni jour ni nuit ces deux instruments de pénitence, si les supérieurs ne lui
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eussent ordonné d'en modérer l'usage. Il tachait de s'en dédommager par la pratique des humiliations ; il ne s'estimait jamais plus heureux que quand il semblait le rebut du monde, ou qu'il parvenait à obtenir pour lui ce qu'il y avait de plus pauvre et de plus universellement rejeté dans la maison.
Litterse ann. Societ., anno 1650, p. 318.
Le vingt-et-unième jour d'octobre de l'an 168(3, mourut dans la maison professe de Palerme le Vén. P. Louis la Nuza, l'apôtre de la Sicile, également célèbre par ses conquêtes sur l'enfer, et par l'éclat de ses vertus et de ses miracles. 11 avait paru dès son enfance formé par la grâce elle-même, tellement on voyait déjà briller en lui l'esprit d'oraison, le don des larmes et la délicatesse de conscience. Entré au noviciat de Messine à l'âge de dix-huit ans, il prit aussitôt à cœur d'ordonner toute sa vie d'après nos règles et de marquer de leur empreinte chacune de ses actions. Il se signala surtout dans l'obéissance, dont il atteignit, ce semble, la perfection par sa promptitude à se prêter au moindre signe de la volonté des supérieurs ; non moins admirables étaient sa mortification intérieure et sa vigilance à garder ses sens : on assure que pendant tout le cours de ses longues missions, il n'arrêta jamais ses yeux sur le visage d'une femme. Il paraissait n'avoir d'autre passion que celle de travailler au salut des Ames.
Toutefois il n'oubliait pas les besoins corporels du prochain, et il alla jusqu'à s'exposer à la mort pour l'assister dans ses plus dangereuses maladies. Il suça, pendant dix-neuf jours de suite, un
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ulcère qu'un pauvre avait au pied, et ce malheureux, grâce à une charité si insigne, fut entièrement guéri.
Aussi Dieu honora-t-il son serviteur des faveurs les plus extraordinaires. Son visage apparaissait environné de rayons lumineux, sa tête couronnée de flammes ; une colombe voltigeait autour de lui. Plusieurs fois, au moment où il élevait l'hostie sainte pendant le divin sacrifice, il était emporté lui-même par la violence de son amour , et demeurait suspendu en l'air , comme s'il avait voulu suivre son Sauveur. Des prédictions nombreuses, justifiées par l'événement, et la résurrection d'un mort que la voix publique lui attribuait, n'ajoutèrent pas peu à son crédit et multiplièrent le fruit de ses prédications. Il s'y préparait au reste par de longues prières, pendant les heures de la nuit, et par de sanglantes flagellations.
Tant de vertus et de dons célestes méritèrent universellement au P. La Nuza les noms d'ange, de saint et d'apôtre ; longtemps avant sa mort, il reçut de Notre-Seigneur des gages assurés de sa prédestination. Quelques moments avant d'expirer, il demanda qu'on plaçât devant lui une image de la glorieuse Vierge ; et fixant sur elle des regards pleins d'amour, il rendit le dernier soupir. 11 était dans la soixante-cinquième année de son âge et la quarante-septième depuis son entrée dans la Compagnie.
Différentes vies et Procès pour V introduction de la cause de béatification, Cf. Carayon, Bibliogr. histor. , n. 20G6-2072. — Nadasi, Ann. dier. niemor. , 21» octob. , p. 236. — Drews, Fasti Soc. Jesu^ 21* oclob. , p. 412. — Patrignani, Menai., 21 ottob., p. 163. — Gassa.m, Varones ilust., t. 3, p. 1. — Aguileiu, Histor. Provinc. Sicul., t. \, p. 428 ; t. 2,
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p. 633. — SoTUELLUs, Biblioth., p. 29. — de Backer, Biblioth., l^''^ êdit., t. 4, p. 326. — Menol. roman., Roma, 1840, 21 ottob., p. 131. — Guidée, Ménol., 11 oct., p. 321. — Mongitore, Biblioth. Sicul., t. 1, p. 20. — Tanner, Societ. Jes. Apostolor. imitât., Pragae 1694, p. 819.
* Le vingt-et-unième jour d'octobre de l'an 1623, mourut à Colela, en Ethiopie, le P. François-Antoine de Angelis, après dix-huit années de travaux apostoliques. Il était né à Sorrento, près de Naples, et dès l'âge de seize ans, s'était donné à Dieu dans la Compagnie. Une poésie du P. Constance Pulcharelli détermina sa vocation aux Indes. Ce Père se consolait de ne pouvoir aller lui-même, à cause de sa santé, travailler au salut des infidèles, en suscitant autour de lui de généreux ouvriers. Une ode sur les conquêtes de François Xavier avait déjà gagné le futur martyr du Japon, le Bienheureux Camille Costanzo; la même industrie enflamma l'ardeur d'Antoine de Angelis, et les deux jeunes gens partirent pour l'Orient à une année d'intervalle.
L'Ethiopie fut le champ de travail ouvert à l'activité du P. de Angelis. Il y apportait, disent les historiens, toutes les vertus d'un apôtre, mais surtout l'humilité, le zèle et une douceur de manières à laquelle il était comme impossible de résister. Son visage respirait une sérénité angélique, indice et reflet de celle de son âme. Les Abyssins l'avaient surnommé Vhomine toujours joyeux. Peu de missionnaires ont conquis une plus grande puissance par les seules armes de la bonté et ont été plus tendrement aimés de leurs chrétiens. Le P. de Angelis ne tarda pas à gagner les