XIV NOVEMBRE. — P. EDOUARD DESPERAMUS
gé de chercher un asile. Le Bref de suppression suivit bientôt ; mais cet acte d'autorité souveraine, en brisant les liens qu'il venait de former, n'arracha point de son cœur l'amour de sa vocation. Il en garda l'esprit de détachement du monde, d'abnégation, de zèle des âmes, et partout où la Providence dirigea sa course, il répandit autour de lui le parfum des plus belles vertus religieuses.
Cependant le souvenir de la Compagnie demeurait toujours vivant dans son cœur. Aussi grande fut sa joie quand il reçut à Vienne une lettre du P. Gabriel Gruber, qui l'invitait à venir se joindre aux Jésuites de Russie. Il partit aussitôt pour Saint-Pétersbourg, où il renouvela sa profession solennelle ; puis, lorsque la Congrégation générale se réunit à Polotsk pour donner un successeur au P. Gruber, il fut nommé second Assistant, et exerça cette importante fonction jusqu'à sa mort. Le P. Desperamus, dit la notice consacrée à sa mémoire, était un religieux d'un esprit à la fois vif et solide ; plein de déférence pour le Père Général, et d'un dévouement absolu à sa personne ; diligent et infatigable dans son emploi ; cœur magnanime, animé d'une invincible confiance en Dieu, que n'abattaient ni les malheurs de l'Eglise ni ceux de la Compagnie ; doux, affable, habitué à supporter ses infirmités en silence, d'une tendre piété dans la célébration du saint Sacrifice de la messe, et dans ses oraisons, qu'il faisait toujours à genoux.
Les derniers mois de sa vie ne furent, dit encore la même notice, qu'un lent purgatoire. Mais le courageux vieillard, sous les plus violents assauts de son mal, qui ne lui laissaient de trêve ni jour ni nuit, ne faisait pas entendre une plainte ; les yeux constamment attachés sur son crucifix, il unissait ses souffrances à celles de son Sauveur, et ne perdait rien de la joie et de la séré-
nité de son àme : a J'ai connu, disait plus tard à un Scolastique le P. Roothaan, j'ai connu en Russie un Père Assistant qui s'appelait Desperamus ; mais je vous assure qu'il était bien différent de ce que sig-nifie son nom ; car il était plein de confiance en Dieu, et par suite toujours joyeux «.
Elogio del P. Desperamus ( Arc/i. Rom.)