‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 266 sur 362 · XXX NOVEMBRE · texte numérisé non relu

XXX NOVEMBRE

Le trentième jour de novembre s'éteignirent de la mort des saints deux jeunes scolastiques des Provinces de Sicile et de Rome, le F. Jean-Baptiste Martini, professeur de grammaire à Palerme, en 1598, et le F. François Bianchetti à Plaisance en 1631.

Le F. Jean-Baptiste Martini, durant cinq années de vie religieuse avait dû lutter généreusement contre un penchant trop visible à la tristesse ; mais aux approches de la mort, et sans doute en récompense de ses victoires, il ne respirait plus que la joie. Lui demandait-on ce qu'il désirait : « Le ciel, le ciel » ! répondait-il avec un aimable sourire. Un peu avant d'expirer, il parut consolé par la présence sensible de Notre-Dame ; et il lui remit doucement son âme, en prononçant les derniers mots de cette prière : Maria Mater gratise, Mater misericordias , tu nos ah hoste protège^ et hora mortis suscipe! 0 Marie, Mère de grâce, Mère de miséricorde, protégez-nous contre notre ennemi et à l'heure de notre mort, recevez-nous ».

Le F. François Bianchetti, lentement consumé par une maladie

de poitrine, suivit néanmoins presque jusqu'au dernier jour les

exercices de la vie commune ; il ne craignait rien tant, disait-il,

que de perdre un seul des moments qui lui restaient encore pour

XXX NOVEMBRE. — P. DOMINIQUE LUDOVICI. b6b

plaire à Notre-Seigneur et gagner le ciel. Tous les jours, il recommandait à Dieu, avec une extrême ferveur chacun de ceux qui lui rendaient service, et il promettait de le faire bien mieux encore dès qu'il serait dans le paradis. Ne pouvant plus à la fin quitter sa chambre ni même son lit, le F. Bianchetti se regardait comme environné des saints protecteurs qu'il s'était choisis pour ses dernières heures ; il expira plein de joie, en pressant sur son cœur l'image de saint Ignace et son crucifix. Il n'avait que dixneuf ans, et en avait passé trois dans la Compagnie.

F. Martini. — Aguilera, Histor. Provinc. Sicul., t. \, p. 376. — Litter. ann. Societ., anno 1598, p. 59.

F. Bianchetti. — Nadasi, Annus dier. memorab., 30* nov., p. 297.

Le trentième jour de novembre de l'an 1745, mourut en odeur de bénédiction le P. Dominique Ludovici, alors Recteur du grand collège de Naples. Il avait été Maître des novices pendant dix-huit ans, et avait ensuite gouverné toute la Province ; il était universellement regardé comme un des plus parfaits enfants de saint Ignace et des plus favorisés du ciel. Notre-Seigneur lui avait communiqué d'une manière éclatante l'esprit de prophétie et la connaissance du secret des cœurs ; il annonça en particulier près de trente ans d'avance, que la Compagnie serait un jour supprimée ; mais il annonça en même temps qu'elle ne périrait pas sans retour, et que Dieu avait résolu de la faire renaître de son tombeau.

Annue Lettere {Archiv. Rom.). — Sommervogel, Biblioth., t. 5, />. 171. — DE Matteis, Dominici Ludovici... Carmina et Inscripdones.. Neapoli., 1746, p. 1-xxx.

DE

ASSISTANCE D'ITALIE

I^r DECEMBRE

* L'an 1630, on ignore quel mois et quel jour, mourut au royaume de Siam, le P. Jules-César Margico, d'Aquila, empoisonné en haine de la foi par un chrétien renégat. Dès ses premières années, Jules Margico avait puisé dans les leçons de ses professeurs au collège d'Aquila, et surtout dans celles de l'apostolique P. Sertorius Caputo, une soif ardente du martyre. Dès lors aussi il avait pris la ferme résolution d'entrer dans la Compagnie et de solliciter les missions du Japon. Vainement sa famille s'efforça de le retenir par l'appât des joies ou des honneurs du monde ; il triompha de tous les obstacles, et à l'âge de vingt ans, il s'enrôla dans la milice d'Ignace. Presque aussitôt, il tourna ses regards du côté de l'Orient ; mais l'obéissance mit pour quelque

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temps un frein h l'impatience de ses désirs. Enfin il put aller se joindre à la vaillante troupe qui combattait alors au Japon, où la grande persécution de Daifusania multipliait les victimes. Il y fit sa profession solennelle l'année même où le B. Charles Spinola et ses compagnons versèrent leur sang pour le nom de Jésus- Christ sur la sainte colline de Nangazaqui. Ce spectacle exaltait ses espérances ; mais il devait tomber sur un théâtre moins éclatant.

Le roi de Siam ayant remis en liberté quelques Espagnols qu'il avait faits prisonniers, le gouverneur des Philippines chargea le P. Margico, retiré alors dans ces îles, d'aller porter au monarque indien les témoignages de sa reconnaissance. Son ambassade terminée, le P. Margico demeura dans le pays avec quelques autres Pères qui l'avaient précédé, pour travailler au salut des infidèles. Mais bientôt à la suite d'un acte de violence commis par un marchand espagnol, les missionnaires furent exilés. Le P. Margico obtint seul la permission de rester. La vengeance d'un chrétien auquel il reprochait sa vie licencieuse, lui procura la mort. Ce misérable fabriqua des lettres dans lesquelles le Père invitait le capitaine d'un navire espagnol à jeter l'ancre dans un port dont l'accès était absolument interdit aux Européens . Les lettres ayant été interceptées, le missionnaire fut mis en prison et chargé de fers. Mais comme l'instruction de la cause pouvait faire découvrir la calomnie, le faussaire s'introduisit auprès du captif, et lui fit prendre des mets empoisonnés. Le mal ne tarda pas à se déclarer avec violence. Les gardes touchés de compassion voulaient lui enlever ses fers; le P. Margico s'y opposa de toutes ses forces , les regardant comme son plus précieux trésor ; il

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