‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 276 sur 362 · V DECEMBRE · texte numérisé non relu

V DECEMBRE

Le cinquième jour de décembre de l'an 1653, mourut au Collège Romain le P. Octave Bonino, Supérieur, Maître des novices ou Père spirituel à Gênes, à Milan et à Rome pendant la plus grande partie de sa vie. Frappé de la puissance qu'avaient exercée sur les premiers compagnons de saint Ignace, et particulièrement sur Xavier, ces paroles de l'Évangile : Qiiicl prodest homini si universuni mundum lucretur ? il se les adressait à lui-même chaque soir , et en faisait une sérieuse application à tout ce qui avait été pour lui l'objet de quelque recherche naturelle durant la journée. Il avait aussi fréquemment sur les lèvres cette maxime de l'Imitation : Tantum proficies quantum tibi vint intuleris. Pour s'animer encore davantage, il priait très instamment ses supérieurs et ses Pères spirituels, de lui faire connaître sans ménagement tout ce qui leur paraîtrait en lui peu conforme à la perfection la plus absolue ; et par ces pieuses industries, il parvint à détacher rapidement son cœur des affections humaines les plus intimes, et à ne plus vivre qu'à Jésus-Christ. Mais son abnégation n'avait rien d'austère pour les autres. Au témoignage d'un de ceux qui vécurent avec lui, il était libéral à pourvoir les siens, quand il était supérieur, de toutes les choses nécessaires ; il pensait aussi à leur procurer

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les récréations et divertissements que la religion permet, et il aimait qu'on en profitât.

Il commençait à exercer le saint ministère, lorsqu'une Ame très favorisée de dons surnaturels lui annonça de la part de Notre- Seigneur qu'il était non seulement prédestiné en général, comme tous ses frères, à travailler au salut des âmes, mais à entretenir et à développer l'esprit de sainteté dans la Compagnie. Il en reçut bientôt une preuve plus manifeste dans sa double nomination, d'abord de Maître des novices, et ensuite d'Instructeur des Pères du troisième an. Au reste ses conseils n'exerçaient pas une influence moins efilcace pour la sanctification des villes qui le possédèrent tour à tour ; grâce à lui, tous les confesseurs d'un collège s'étant mis d'accord pour faire disparaître, sous peine d'un refus inexorable d'absolution, les nudités indécentes des femmes qui provoquaient un nombre infini d'Ames au péché ; en peu de mois ce triste scandale fut entièrement déraciné.

Nommé dans sa vieillesse Père spirituel du Collège Romain, où vivait alors le P. Nicolas Zucchi, Octave Bonino se mit lui-même sous la conduite de ce grand serviteur de Dieu, avec tant de ferveur et d'humilité, qu'il le jetait dans la plus profonde admiration. Chaque semaine, il lui rendait compte de sa conscience, comme un novice ; il le priait de lire et de corriger d'avance ses exhortations spirituelles aux scolastiques ; car il n'y voulait rien mettre qui ne fût propre, d'après le jugement de ce grand homme, à leur inspirer un ardent amour de leur perfection. Vers les derniers jours de sa vie, comme il semblait faire ses préparatifs pour un prochain départ, un de nos Frères imagina de lui demander s'il n'aurait pas quelque nouvelle de sa mort : « J'en sais quelque

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chose », lui répondit avec simplicité le P. Bonino» qui paraissait jouir encore d'une parfaite santé ; mais peu après, à l'heure précise qu'il avait désignée, il expira paisiblement. Il n'avait jamais perdu, assurent les hommes les mieux instruits des secrets de son âme, la grâce des enfants de Dieu,

Patrignani, Menologio, 5 dicemb., p. 59. — Nadasi, Annus dier. memor.^ 5» dec, p. 307. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 5» dec, p. kll . — Alcune memorie de' sentimenti e virtu religiose del fu P. Ottavio Bonino, osservate da Alessandro Sola, suo novizio [Archiv. Prov. Taurin.)

* Le cinquième jour de décembre de l'an 1772, mourut à Milan, au collège de Brera, le Frère Scolastique Jacques Grolli. La Province de Milan avait fondé de grandes espérances sur ce jeune religieux, en qui s'unissaient dans un degré peu commun les dons de la nature et de la grâce. A vingt-et-un ans, il avait terminé avec éclat son cours de philosophie ; il excellait dans la littérature et les mathématiques ; outre le latin et sa langue maternelle, il parlait couramment le français, l'espagnol et le grec. En même temps par sa fidélité à la règle, par sa délicatesse de conscience, sa dévotion au Sacré-Cœur et h la très sainte Vierge, par sa modestie, la grâce de ses manières et son joyeux entrain, il était le modèle et faisait le charme de la communauté.

Pendant son noviciat h Gênes, les Jésuites d'Espagne, chassés dans les États Pontificaux par les décrets de Charles III, abordèrent au port de cette ville. Beaucoup de ces généreux confesseurs,

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accablés par les années, les infirmités, les maladies, n'avaient plus la force de continuer leur douloureux voyage ; on leur permit de s'arrêter à Gênes, et d'y prendre quelque repos. Le F. Grolli fut envoyé avec d'autres novices pour les assister. Le spectacle de leurs souffrances et de leur invincible fidélité l'anima d'un amour extraordinaire pour une vocation qui mérite et inspire de tels sacrifices. Dieu lui épargna l'épreuve bien autrement redoutable qui devait peser quelques années plus tard sur tous les enfants de la Compagnie. Consumé par une maladie de langueur qui pendant longtemps ne put enchaîner son ardeur pour l'étude et communiqua même un élan nouveau à son zèle de la perfection, le F. Grolli salua la mort avec joie ; et après avoir recommandé à ses frères une tendre dévotion à saint Louis de Gonzague, à la Reine des anges et au Sacré-Cœur de Jésus, il s'endormit doucement dans le baiser du Seigneur. Il n'était âgé que de vingt-et-un ans et en avait passé six dans la Compagnie.

Vita del F. Giacomo Grolli délia Provincia di Milano. Ex ms. P. Gui- Di Ferrari ( Archiv. Rom. ).

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