‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 33 sur 362 · XIX JUILLET · texte numérisé non relu

XIX JUILLET

Le dix-neuvième jour de juillet de l'an 1631, mourut dans la Pi'ovince des Philippines, le P. Laurent Masonio, né près de Bénévent d'une humble famille de bergers. Il avait vingt-six ans et était déjà prêtre lorsqu'il fut reçu au noviciat de la Province de Naples. Quatre ans après ses premiers vœux, il s'embarquait à Lisbonne, avec de nouvelles recrues d'apôtres destinés à toutes les églises de l'Inde, de la Malaisie et du Japon; et de 1592 à 1622, sa vie ne fut qu'un long enchaînement de travaux et de périls dans les rudes missions d'Amboine, de Ternate, de l'île du More, et de tous les rivages des Moluques. Bien des fois, pour le conserver vivant à ses néophytes, pour l'arracher aux écueils et aux tempêtes, ou pour le dérober aux coups des Hollandais et des mahométans victorieux, ou bien encore pour l'empêcher d 'expirer d'épuisement au fond des forêts, de véritables prodiges étaient nécessaires ; ils ne lui manquèrent pas. C'était par exemple la sainte Vierge qui lui apparaissait pendant son sommeil et le prenait sous sa protection, ou bien qui faisait jaillir une source d'eau limpide, et la laissait tarir dès qu'il s'y était désaltéré, et cent autres merveilles semblables.

Les neuf dernières années de cet homme admirable s'écoulè- A. I. — T. II. — 10. 73

rent par obéissance aux Philippines, en si grande vénération, que l'archevêque de Manille, entre autres témoignages de respect, ne le voyait jamais à ses genoux pour baiser son anneau, sans appliquer aussitôt ses lèvres sur la tonsure du bon vieillard. On le regardait comme le François Xavier de toute l'ancienne Malaisie portugaise, et tous, colons, indigènes et marchands ne l'appelaient que «notre bon Père saint Laurent». Malgré de cruelles infirmités, le P. Masonio, tant qu'il put se tenir debout, ne laissa jamais de suivre la vie commune dans tous ses détails. De ses douleurs, une seule, et peut-être celle qui le torturait le moins, semblait lui causer quelque peine. C'étaient de violents accès de goutte, qui ne lui permettaient ni de célébrer le saint sacrifice, ni de prendre tous les jours la discipline. Mais la pensée que Notre-Seigneur le voulait en cet état, lui rendait toute sa sérénité. «. Mon père, lui dit un jour son supérieur en allant célébrer, que voulezvous que je demande pour vous ? — La souffrance, répondit-il, et le regret de mes péchés ». Un peu avant sa bienheureuse mort, le même supérieur lui dit encore : « Mon Père, dès que vous serez devant Notre-Seigneur, ne manquez pas de nous obtenir h tous quelque faveur insigne de sa divine Majesté » ! Le P. Masonio plongé dans une profonde oraison parut ne pas entendre. Mais comme le supérieur lui réitérait la même demande, en le pressant de répondre : a Mon Révérend Père, dit-il alors avec la plus aimable simplicité, puisque c'est un désir de l'obéissance, comment pourrais-je y manquer » ?

SoTUELLUs, Bibliotheca, p. 542 scqq. — Gordara, Histor. Societ. Jes., part. 6a, l. 16, n. 360, p. 553. — Patrignani, Menol., 19 luglio^ p. 165.

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