VIII AOUT
Le huitième jour d'août de l'an 1647, mourut très saintement à Naples, après plus d'un demi-siècle de vie religieuse, le P. Jules- César Recupito, célèbre dans les annales de la Compagnie par les luttes terribles qu'il eut à soutenir contre sa mère, pour ne pas perdre, à l'âge de quatorze ans, la grâce de sa vocation. Le premier désir de se donner tout à Dieu lui était venu, en assistant aux exercices des congrégations de la sainte Vierge. Son assiduité depuis lors aux sacrements de pénitence et d'eucharistie l'avait inébranlablement affermi dans sa généreuse résolution. Malheureusement, dès que sa mère s'en fut aperçue, non seulement elle lui interdit tout accès de la congrégation et du collège, mais elle lui imposa même pour confesseur un religieux de ses amis et d'un autre Ordre, assez peu soucieux de ses devoirs, pour chercher à imposer une vocation nouvelle à son pénitent. Quelquesuns de ses parents poussèrent encore plus loin l'imprudence ; ils ne craignirent pas de l'exposer, sans qu'il eût pu le prévoir, à des spectacles où l'on espérait que son innocence ferait naufrage, et qui lui arrachèrent bien des larmes. Enfin grâce à Notre-Seigneur il trouva le moyen d'obtenir des supérieurs de la Compagnie la promesse de son admission, et put se soustraire à sa rigou-
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relise captivité. Un jour qu'il avait accompagné sa mère à l'église, il la quitta furtivement et s'enfuit au noviciat. Il n'y resta pas longtemps. Bientôt sur des ordres sévères surpris au Souverain Pontife, il fut arraché à sa retraite et enfermé dans le palais du nonce apostolique, Jacques Aldobrandini. Là, sans autres conseils que ceux de la grâce, il eut à soutenir, un mois durant, d'étranges assauts. Pierre degli Albizzi, noble florentin, camérier du prélat, fut chargé de l'épier en secret. Mais le spectacle de l'invincible constance du prisonnier, fît une telle impression sur lui, qu'il prit la résolution de quitter le monde pour Jésus-Christ, sur les traces de ce généreux enfant.
Sorti vainqueur d'un si rude combat et revenu parmi les novices, Jules-César ne fut pas néanmoins encore au terme de ses épreuves. Enlevé peu de jours après par deux esclaves, et traîné loin de Naples, auprès de sa mère, dans une vieille tour isolée du territoire d'Aversa, il y fut dépouillé de tous les insignes de la Compagnie, et flagellé si cruellement, que son corps en demeura longtemps livide. Le comte de la Miranda, vice-roi de Naples, justement indigné d'un enlèvement aussi sacrilège, parvint, non sans peine, à découvrir le lieu de sa prison, et ayant fait étroitement cerner la tour par une troupe en armes, il contraignit bientôt les assiégés à lâcher leur proie. Libre enfin du côté des hommes, Jules-César Recupito n'en fut que plus cruellement tourmenté par le démon. Les larmes et le désespoir de sa mère se présentaient à toute heure devant ses yeux. La force et les consolations si douces qu'il avait autrefois goûtées dans la prière s'étaient éloignées. Mais sa fidélité à rendre compte de tout ce qui se passait dans son âme, le sauva. Un jour, comme il découvrait en pleurant au P. Bel-
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larmin, son Provincial, l'excès de ses tentations : « Mon fils, lui répondit l'homme de Dieu, à partir de ce moment jusqu'à votre mort, vous ne souffrirez plus rien de semblable » ; et il le guérit en traçant un signe de croix sur son front. César Recupito eut le bonheur de ramener sa mère à des sentiments plus dignes de la foi chrétienne, et de la voir s'affectionner aux pratiques d'une piété solide dans lesquelles elle persévéra jusqu'à la fin.
La vie du P. Recupito fut digne tout entière d"un pareil début. Entre autres traits, il faut citer sa pieuse pratique, très répandue plus tard dans la Compagnie, d'offrir tous les jours à la Reine du ciel, au moins une fleur de quelque vertu particulière, et d'en tresser une couronne pour la lui présenter au sortir de cette vie périssable ; pratique dont il a tracé le plan et les détails dans son bel ouvrage sur les industries pour se préparer une bonne mort, et dont il cite d'admirables récompenses, libéralement accordées à plusieurs de ses frères par la toute-puissante Mère de Dieu.
JuvENCius, Histor. Societ. Jes.^ part. 5* , /. 25, n. 51, p. 904. — So- TUELLus, Biblioth.., p. 531. — de Backer, Bihlioth. 1" édit., t. 2, p. 511. — Patrignani, Menai., 8 ngosto, p. 85. — Nadasi, Ann. dier. memor.., 8» aug., p. 90. — Id., Pretios. Occupât., c. H, n. 2. — Schinosi, Istoria délia Provinc. di Napol., t. 2, p. 2^7 et suù>. — Cassani, Varones ilust., t. % p. 48 et suiv.