VI AVRIL
Le sixième jour d'avril de l'an 1715, mourut à Rome en odeur de sainteté, le P. Pompée de Benedictis, professeur d'une des dernières classes de grammaire au Collège Romain, et fondateur de la belle congrégation des apôtres, qu'il y gouverna durant les douze dernières années de sa vie. Né dans les Abruzzes , d'une noble famille d'Aquila, il était venu de bonne heure à Rome, et y fit ses premières études ; ses talents poétiques lui acquirent dès l'âge de dix-huit ans la plus brillante réputation. Mais grâce aux saintes leçons qu'il allait chercher dans les congrégations de la sainte Vierge, jamais il ne voulut consacrer ses vers qu'à des sujets dignes d'une âme chaste, et capables d'élever son imagination et son cœur en les purifiant. Il avait même une telle horreur de tous les plaisirs du monde, que plusieurs fois chaque semaine, il se flagellait jusqu'au sang, et ce furent comme les prémices de la vie crucifiée qu'il devait commencer bientôt avec tant de ferveur, à son entrée au noviciat. Il fallut en effet une extrême vigilance à ses supérieurs pour qu'il n'abrégeât pas sa vie par la rigueur de ses austérités ; la vieillesse même ne put apaiser cette soif des souffrances. Ainsi, durant au moins quarante années, il ne dormit qu'assis sur une
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chaise ou couché sur hi terre nue. Il ne passait pas un jour sans tourmenter son corps par l'usage des fouets, des chaînes de fer et des ciliées, ni une semaine sans jeûner plusieurs fois au pain et à l'eau. 11 priait toujours à genoux, sans appui, non seulement deux ou trois heures de suite, jnais parfois même toute la nuit. Et cependant sa santé n'était rien moins ([ue robuste. Un asthme et de violentes douleurs de tète ne lui laissaient pas de repos ; ses jambes étaient couvertes de plaies ; et Dieu voulut encore, pour comble de maux, qu'il fût en proie sans relâche au cruel martyre des peines intérieures et des scrupules. Seulement, par une grâce particulière qui tenait du miracle, toutes ses inquiétudes le laissaient parfaitement libre au saint tribunal de la pénitence, et partout où il s'agissait de consoler les âmes, ou de les sanctifier.
Après ses derniers vœux, pour mieux accomplir l'une des promesses de sa profession solennelle, le P. de Benedictis avait demandé une classe de petits enfants et il l'obtint. 11 exerça parmi eux le plus actif apostolat. Tour à tour, avant ou après chaque classe, il en prenait à part quelques-uns ; il leur apprenait à prier, à méditer, à examiner leur conscience, à pratiquer divers actes de vertu ou de mortification en l'honneur de l'Enfant Jésus et de sa sainte Mère. Bientôt les élèves des autres classes vinrent aussi en grand nombre lui demander des conseils, et formèrent sous sa conduite de très ferventes réunions. La plus célèbre fut celle des apôtres, dont plusieurs membres méritèrent que le récit de leurs vertus fût donné au public. C'étaient véritablement les apôtres de toute la jeunesse romaine. Chaque jour, un d'entre eux s'approchait de la sainte table et offrait à Notre-Seigneur quelque péni- A. I. T. I. — o2.
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tence extraordinaire pour attirer sa bénédiction sur leur apostolat. La visite des hôpitaux et des pauvres était la plus douce récréalion de leurs jours de congés ou de fêtes. Bientôt beaucoup de jeunes écoliers les imitèrent, et telle fut la sainte influence du P. de Benedictis, c[ue parmi ses seuls pénitents, plus de quatre cents embrassèrent la vie relig-ieuse, attribuant à ses leçons et à ses exemples leur désir de la plus haute [)erfection.
Patrignam, Menai., 6 npn'l., p. ;Vi.
* Le sixième jour d'avril de l'an 151)9 mourut au Collège Romain le P. Horace Torsellim, « un de ces hommes, dit le P. Jouvancy, qui ont bien mérité des lettres et de la Compagnie, et que ses vertus religieuses et ses éminentes qualités d'humaniste rendent également digne d'éloges ». Le P. Torsellini avait une innocence et une simplicité d'enfant, une charité aimable et gracieuse ((ui ne savait ni penser ni dire mal de personne, et se mettait au service de tous. Il gouverna successivement le Séminaire Romain et les deux collèges de Florence et de Lorette. Mais son œuvre par excellence fut celle de l'enseignement. « Il estimait, remarque le P. Jouvancy, qu'il importe à l'honneur de la Compagnie d'avoir un grand nombre d'excellents littérateurs ».
Non content de consacrer sa plume à la publication d'ouvrages où l'on admire partout la plus pure latinité, il s'olîrit lui-même au Père Général, saint François de Borgia, pour occuper une chaire de littérature, ajoutant qu'il était prêt à y demeurer jusqu'à la