VI MAI
Le sixième jour de mai de l'an 1594, mourut saintement au Collège Romain, le P. François Bencio, l'un des humanistes les plus distingués du XVI" siècle, et qui reçut de Baronius le bel éloge d'avoir enfin rendu les muses chrétiennes. Il avait été l'élève de prédilection et presque l'égal du célèbre Antoine Muret, qui plus tard lui dut l'amour des plus belles vertus et sa vocation au sacerdoce. Jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, fasciné par le vain éclat du monde et surtout par la gloire des lettres humaines, François Bencio n'avait pu se résoudre à suivre les inspirations de la grâce. Plusieurs songes mystérieux, qui semblaient tenir du miracle, étaient demeurés sans effet. La beauté des anges lui offrant les palmes du ciel en échange de celles qu'il recueillait si avidement sur la terre, l'horreur des démons sortant du puits de l'abîme, la vue même de Jésus en croix s'entretenant avec lui pour triompher de ses résistances, l'avaient ému profondément ; et il était bien résolu à mener une vie édifiante, mais sans vouloir renoncer à cette douce liberté, si pleine de bien-être et d'éclat, dont il jouissait avec ses amis ; lorsqu'enfin renversé de cheval deux fois en un jour, et gravement blessé à la seconde chute, après n'avoir tenu aucun compte de la première, il s'écria enfin comme saint Paul : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse » ?
Dès son retour à Rome il alla s'enfermer au noviciat de Saint- André ; et ce sacrifice une fois consommé, il changea pour ainsi dire de nature. Toute sa joie fut désormais de se fatiguer, sans en recevoir aucune récompense humaine. Rien ne lui était plus à charge que les fréquentes visites dont l'honoraient les plus illustres et savants personnages de Rome. Sa seule ambition était de former obscurément dans les limites de sa classe, beaucoup d'habiles et pieux écoliers, dignes de la Compagnie et de l'Eglise. Parmi ceux qui furent alors la gloire du Collège Romain, on ne saurait passer sous silence le jeune Marc-Antoine iMuret, digne héritier du nom et des brillantes qualités de son oncle, mais moissonné par la mort à dix-sept ans, et consacrant avant de mourir une grande partie de ses richesses, soit à mettre en sûreté la vertu de pauvres jeunes filles ses compatriotes, soit à en doter deux cents autres que leur seule indigence aurait pu empêcher d'être reçues dans quelque monastère, pour s'y donner tout à Jésus-Christ.
JuvENCius, Histor. Soc. Jes., part. 5» , /. 24, n. 17, p. 784. — Litter. Ann. Societ., ann. 1594, p. 12 seqq. — Patrignani, Menol., 6 maggio, p 30. — Nadasi, Ann. dier. memor., 6» maii, p. 248. — Sotuellus, Biblioth., p. 215. — Sommervogel, Biblioth., t. \, p. 1285. — Baronius, cf. JuvENC. l. c. — Feller, Dïctionn. histor.., t. 1, p. 4.34.
* Le sixième jour de mai de l'an 1600, mourut au collège de Naples, à l'âge de cinquante-et-un ans le P. Rutilio Ciamberlini, Romain, l'un de ces hommes, dit son biographe, en qui se vérifia pleinement la parole des Saints Livres : Vir obediens loquetur
VI MAI. P. RUTILIO CIAMBERLINI. 531
victoriam ( Prov. 21, 28). Le P. Giamberlini était d'une santé très délicate ; il passa néanmoins la plus grande partie de sa vie dans l'enseignement des belles-lettres et des hautes sciences. A certains jours, il se sentait si épuisé qu'il lui paraissait impossible de faire sa classe ; mais à peine son supérieur lui avait-il dit de compter sur Dieu, il retrouvait une vigueur extraordinaire. Cette vertu de l'obéissance était si manifeste que le P. Giamberlini n'hésitait pas à lui attribuer tout ce qu'il avait de forces et même la prolongation de sa vie, au milieu des infirmités sans nombre dont il était perpétuellement assiégé.
Le confessionnal était pour le serviteur de Dieu une autre source de tourment. D'une conscience timorée et portée au scrupule, il tremblait sans cesse d'errer, et de se perdre lui-même en perdant les autres ; la tentation lui vint plus d'une fois de se retirer d'un ministère si difficile et si dangereux. Mais docile à la voix de l'obéissance, il reconnut bien vite le piège de l'ennemi, et loin de se dérober aux pécheurs, il les accueillit avec plus d'empressement encore. Une admirable sérénité d'âme récompensa cette générosité. Toutes ses inquiétudes et ses craintes se dissipèrent et firent place à une paix et à une confiance que rien ne troubla plus jusqu'à son dernier soupir.
Liller. ann. Societ., nnno 1600, p. 69. — S.vntagata, Istor . délia Provinc. di Napoli, t. !>, p. 6.