XXI MAI
Le vingt-et-unième jour de mai de l'an 1670, mourut dans la maison professe de Rome, le P. Nicolas Zucchi, très spécialement choisi de Dieu pour la sanctification des âmes, surtout dans les communautés religieuses. A douze ans, il avait consacré la pureté de son corps et de son àme à la très sainte Vierge, par une donation signée de son sang . Puis , à seize ans, il s'arrachait aux embrassements de sa mère, et commençait parmi les novices de Padoue cette sainte vie dont l'éclat ne devait plus s'affaiblir un seul jour, durant soixante-huit ans. Le renoncement absolu h lui-même fut le grand moyen que se hâta de prendre le jeune Zucchi, pour arriver en peu de temps à une très haute perfection. Sa fidélité était inébranlable, quelles que fussent les consolations ou les désolations sensibles ; il voyait uniquement la très sainte volonté de Dieu, Un jour, durant ses études, le Père Provincial ayant appris que grâce à son excellente mémoire, il avait recueilli les plus beaux passages d'un des premiers orateurs de son temps, qui venait de prêcher à Parme, imagina de lui dire brusquement : « Frère Zucchi, donnez vos extraits à tel de vos frères, qui deviendra sans doute un grand prédicateur, tandis que vous, je pense, vous ne sauriez en tirer aucun fruit ».
Il obéit sur-le-champ sans le plus léger nuage de tristesse. Mais comme on eut lieu de le croire, dit Bartoli dans sa relation, ce fut précisément à ce généreux sacrifice que le P. Zucchi dut, à partir de ce moment jusqu'à sa mort, le don qu'il appelait l'aumône de Dieu. C'était de monter en chaire, toutes les fois que l'obéissance le lui demandait, sans avoir pu d'ordinaire prévoir un seul mot de ce qu'il allait dire, et de se trouver néanmoins, dès qu'il avait fait le signe de la croix, investi d'une si vive lumière qu'un ange descendu du ciel semblait parler par sa bouche. Les cardinaux et les souverains pontifes eux-mêmes furent cent fois témoins de cette merveille, et bien que des années entières il dût, tant ses œuvres étaient multipliées, parler au moins trente-quatre fois par semaine, jamais l'aumône de Dieu ne lui manqim. Au moment d'ouvrir la bouche, il éprouvait cette souveraine et subite impression de l'Esprit divin qui faisait dire jadis aux prophètes : « Spiritus Domini super me! l'Esprit de Dieu s'est emparé de moi » !
Dans le temps où il enseignait la philosophie à Parme, le P. Trigault, célèbre missionnaire de Chine, s'arrêta quelques jours au collège, en se rendant à Rome. Nicolas Zucchi s'offrit aussitôt pour l'accompagner en Orient. A cette nouvelle, le cardinal Orsini, dont il était le confesseur, protesta qu'il s'opposerait de toutes ses forces à son départ, et se déclara prêt à mettre en œuvre tous les moyens pour le retenir en Italie. Mais le saint religieux lui répondit avec une liberté dont ce prince de l'Eglise ne s'offensa point : « Je demande à votre Eminence de ne point s'occuper de cette affaire, ou je la prierai de se pourvoir d'un autre confesseur ». Dans ce perpétuel exercice de la parole, la grande mis-