XXIII MAI. — P. BERNARDIN REGIO
des environs de Noie, priant, jeûnant, prêchant avec toute la ferveur et l'austérité d'un saint. Bientôt ses rares succès le firent appeler à Naples, pour y prendre soin du plus bas peuple, avec le P. François Brancaccio ; et comme on peut en voir les détails dans la vie de ce grand serviteur de Dieu, il n'était pas alors de missions infidèles d'une plus difficile et plus laborieuse culture. Ce rude travail acheva de le consumer. Sur son lit de mort, il ne se possédait pas de joie, en pensant qu'après avoir imité si ardemment la vie du Sauveur, il allait aussi rendre le dernier soupir au même âge. Après vingt jours de maladie signalés par les plus beaux exemples de résignation, d'amour et de patience, le P. Spinelli remit doucement et très saintement son àme entre les mains de Dieu. Il était âgé de trente-trois ans. Il en avait passé dix-neuf dans la Compagnie.
Santagata. Istoria délia Provinc. di Napoli^ t. 4, p. 169. — Nadasi, Pretios. Occupation, morient.., c. 2, n. 4.
* Dans la nuit du vingt-troisième au vingt-quatrième jour de mai, l'an 1634, mourut à Ké-tcho, capitale du Tonkin, le P. Bernardin Regio, d'Alexandrie en Piémont, l'un des premiers ouvriers de cette belle mission, qui en peu d'années compta jusqu'à trois cent mille chrétiens et deux cents églises publiques. Il avait d'abord tenté de pénétrer au Japon sous le travestissement d'un soldat, dans l'espérance d'y verser son sang pour le nom de Jésus- Christ ; mais il dut renoncer à son projet, car des ordres impi-
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toyables interdisaient l'entrée de ce royaume aux ministres de l'Evangile, et peine de mort était portée contre tout matelot qui se hasarderait à en déposer un seul sur le rivage.
Le Tonkin venait de s'ouvrir depuis quelques années à la bonne nouvelle. Le P. Regio y fut envoyé. Par sa grande vertu, sa vie pauvre et mortifiée ; par sa science, l'affabilité et la grâce de ses manières, il conquit l'estime du souverain et s'insinua si avant dans son amitié , qu'il pouvait lui parler ouvertement de Dieu, de l'âme et de tous les mystères de notre foi. Grâce à cette faveur, le nombre des chrétiens se multipliait chaque jour. Furieux de voir leur crédit s'affaiblir, et comptant sur le caractère versatile du prince, prompt à passer de la bienveillance à la colère, les prêtres des idoles s'efforcèrent d'exciter ses défiances contre les étrangers ; ils furent sur le point de réussir. Un jour même, par l'ordre d'un mandarin, des soldats en armes envahirent l'habitation des missionnaires ; ils n'y trouvèrent que le P. Regio. Au comble de ses vœux, celui-ci protesta cependant, pour rendre hommage à la vérité, qu'il n'avait commis aucun crime ; mais si on l'arrêtait à cause de sa foi, il ne refusait point de mourir. Il tendit alors ses mains pour être liées ; et comme les soldats n'avaient ni cordes ni chaînes, il leur procura lui-même tout ce qui était nécessaire ; puis, au milieu des huées des idolâtres et des larmes de ses chrétiens , il fut traîné au palais du roi. Mais celui-ci, par un de ces brusques revirements d'humeur qui lui étaient familiers , le fit remettre en liberté et châtia sévèrement ses calomniateurs.
Le martyre du sang lui était refusé : Dieu lui demanda en échange celui de la souffrance. Pendant un mois entier, le P. Regio