XXV JANVIER
Le vingt-cinquième jour de janvier de l'an 1668, mourut en odeur de sainteté, à Garpi, dans le duché de Modène, le Frère Coadjuteur Jean-Baptiste Casella, du diocèse de Brescia. Fils de pauvres paysans, et demeuré orphelin dès sa plus tendre enfance, il fut recueilli par un de ses oncles qui l'envoya garder les bestiaux. Là, sans autre maître que l'Esprit-Saint, Jean-Baptiste conçut bientôt un très vif désir d'apprendre à faire oraison et à lire. Dès qu'il avait conduit ses bêtes dans les prairies à l'aube du jour, il se cachait dans quelque buisson, et s'agenouillant, il demeurait en prière une grande partie de la matinée. En même temps, il parvint à se procurer un abécédaire, et après bien des peines, il réussit à lire les vies des saints, et même h écrire couramment. 11 fut alors pris en qualité de jardinier, par la pieuse communauté des vierges de Jésus, que venaient de fonder à Châtillon les trois nièces du Bienheureux Louis de Gonzague.
A cette école de sainteté, l'âme si bien préparée du jeune Casella fit les plus merveilleux progrès, surtout dans l'amour de l'Enfant Jésus, de sa divine Mère et des saints anges. Il semblait ne faire que prier ; mais ses travaux n'en souffrirent jamais,
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grâce aux secours des esprits célestes, qui depuis cette époque jusqu'à sa mort, ne cessèrent de l'aider comme saint Isidore le laboureur, et de le suppléer même bien souvent dans son emploi.
Admis dans la Compagnie à l'âge de vingt-huit ans, et envoyé au petit collège de Carpi, à la fin de son noviciat, il y remplit à peu près tous les offices à la fois ; il y fut même absolument seul pendant des années entières, excepté quand on lui envoyait de temps en temps un postulant ou un novice, pour l'aider et surtout pour « apprendre ce qu'est un vrai Frère Goadjuteur de la Compagnie de Jésus » !
Après le travail et la prière du jour, il n'était pas rare que le F. Casella passât toute la nuit en oraison, surtout devant une image de l'Enfant Jésus qu'il portait partout avec lui, et dont il reçut des faveurs admirables. Toutefois les épreuves ne lui manquèrent pas. Quelques-uns de ses supérieurs, soit pour le conserver dans l'humilité et l'exercer aux vertus héroïques, soit aussi quelquefois par une prévention trop naturelle contre son extrême simplicité qui prenait toutes leurs paroles à la lettre, ne lui épargnèrent pas les reproches. Le F. Casella se mettait alors à genoux, écoutait humblement, demandait une pénitence, et réparait au besoin sur-le-champ par un miracle, la simplicité ou la maladresse dont on venait de le gronder.
11 avait coutume de bénir tous les malades qui se présentaient à lui, et la plupart s'en allaient guéris. Un supérieur du collège le lui interdit ; et le bon Frère n'hésita pas à obéir. Mais comme les malades ne laissaient pas de revenir : « Mes frères, leur répondit-il, je ne puis plus vous bénir. Le Seigneur et la sainte obéissance ne le veulent pas, et ont assurément bien raison. Mais voi-