XXVI JANVIER. P. ANDRÉ SEMERY
tion de sainteté dont il jouissait. Car pour satisfaire le peuple de la ville et des campagnes environnantes, il fallut exposer son saint corps quatre jours de suite aux hommag-es de la multitude, et recommencer autant de fois la cérémonie de ses obsèques, aux frais du trésor public.
BoEBo^ MenoL, 26 Genn., p. 490.
* Le vingt-sixième jour de janvier de l'an 1717, le P. André Semery mourut à Rome dans la quatre-vingt-huitième année de son âge et la soixante-septième depuis son entrée dans la Compagnie.
Il était né à Reims ; mais il avait embrassé l'Institut de saint Ignace en Italie, et avait été reçu dans la Province Romaine. Ses études terminées, il fit le cours habituel de régence, enseigna la philosophie, et occupa ensuite pendant vingt-neuf ans la chaire de théologie morale au Collège Romain, avec la réputation d'un professeur également clair et solide dans son enseignement. La dernière année de sa vie, il fut censeur et reviseur des livres pour l'Assistance de F'rance.
Le P. Semery était arrivé ainsi à l'âge de soixante-dix ans. Sa vie avait été celle d'un bon religieux, mais d'une vertu commune. D'humeur joviale, grand ami des nouvelles, aucune fête ne se donnait à Rome, qu'il ne trouvât moyen d'y assister. Il ne paraissait pas se mettre en peine d'une perfection plus haute, quand un événement inattendu vint tout à couple bouleverser au milieu de cette vie facile. Son plus proche voisin de chambre, dans la force de A. I. — T. I. — 17.
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l'âge, fut trouvé mort dans son lit. Le P. Semery crut entendre la voix de Dieu, qui par cette leçon terrible, le rappelait h des pensées plus sérieuses. 11 résolut aussitôt de réformer sa vie, et en témoignage de sa ferme détermination de rompre avec le passé, il fit dès le lendemain une confession générale, et avec l'agrément de son confesseur, il s'engagea à jeûner tous les samedis et à réciter tous les jours son chapelet en l'honneur de la sainte Vierge. Un autre sacrifice lui fut plus pénible : à partir de ce jour, rapporte l'auteur de son éloge, il dit adieu aux fêtes, laissa les gazettes, et ne parut plus curieux de nouvelles. Nul ne mena une vie plus retirée, plus humble, plus pauvre, plus mortifiée; et ce qui redouble l'admiration, remarque encore l'historien, c'est qu'il brisa tout d'un coup et sans transition, avec des habitudes enracinées par l'âge et devenues com" me une seconde nature. Ce vieillard septuagénaire, qui avait blanchi dans l'étude et l'enseignement de la morale, semblait avoir oublié toute sa science, et soumettait avec la simplicité d'un novice ses doutes à son Père Spirituel.
En réparation de sa tiédeur passée, le P. Semery se flagellait sans pitié et souvent jusqu'au sang. Rien ne lui était plus cher que de ressentir les effets de la pauvreté. Un grand seigneur de ses amis, désireux de lui procurer quelques adoucissements, lui avait offert sa bourse ; il la refusa : « Je suis enfant d'une bonne mère, répondit-il ; elle pourvoit à tous mes besoins avec libéralité ». Cette charité de la Compagnie le couvrait de confusion: « 0 bonté excessive, répétait-il souvent, d'avoir supporté tant d'années un homme de rien, un homme si imparfait, un hypocrite » ! Dieu seconda son désir d'expiation en lui envoyant dans les derniers jours de sa vie de cruelles douleurs ; il les supporta avec un courage qui fut re-