‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 61 sur 331 · XXXI JANVIER. — P. FRANÇOIS AMICO · texte numérisé non relu

XXXI JANVIER. — P. FRANÇOIS AMICO

* Le trente-et-unièine jour de janvier de l'an 16S1, mourut à Grutz, en St3Tie, le P. François Amico, « religieux, dit l'auteur des Fastes de la Compagnie, d'une simplicité et d'une candeur égales à sa science et à ses talents, et qui en dehors de Dieu et de ses livres, paraissait ne rien savoir au monde ». 11 était né à Gosenza, dans le royaume de Naples. Pendant vingt-quatre ans, il occupa la chaire de théologie à Aqnilée, à Naples et à Gratz, avec une solidité de doctrine dont ses œuvres rendent témoignage, et qui lui faisait donner le nom d'ange par le cardinal Pazmany. Mais ses vertus religieuses sont encore plus dignes d'éloges. Nul n'était plus attentif à toutes les observances ; on assure qu'il ne manqua jamais à aucune règle. Jusqu'à la dernière année de sa vie, il dit son bréviaire à genoux et fit également à genoux ses autres exercices de piété, avec une dévotion admirable. Pendant le saint sacrifice de la messe, son cœur était inondé de consolation, et de douces larmes coulaient de ses yeux. Animé d'une tendre dévotion envers la très sainte Vierge, il jeûnait invariablement tous les samedis en son honneur. C'était aussi une des pratiques du P. Amico, même quand il était chancelier do l'université de Gratz et Préfet général des études au collège de Vienne, de faire chaque semaine une pénitence au réfectoire, et d'aller également une fois chaque semaine servir à la cuisine ; et cet exemple d'humilité et de charité, venant d'un homme aussi considéré, répandait le plus suave et le plus salutaire parfum d'édification. Ainsi chargé des mérites d'une vie sanctifiée tout entière par une inviolable fidélité aux petites choses, et paré encore de l'innocence de son baptême, le P. François Amico alla recevoir dans le sein de Dieu la récompense promise au bon serviteur. Il était Agé de soixan-

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te-treize ans, et en avait passé cinquante-cinq dans la Compagnie.

Litter. ann, Societ. les. , ann, 1651, jw. 47. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 3la jan, , p, 41, — Sotuellus, Biblioth. Script. , p. 210, — Sommervo- GEL, Bibliothèque. . . t. 1, p. 280.

DE

ASSISTANCE D'ITALIE

je. FEVRIER

Le premier jour de février, mourut à Naples, dans la maison professe, l'an 16H, le P. Jacques Abbate, né dans la Basilicate, près de Potenza. Il avait demandé au P. Claude Aquaviva les missions des Indes ou du Japon ; mais les montagnes de la Galabre lui fui'ent assignées en échange. Durant quatre années, il les parcourut en appelant le peuple à la pénitence, jeûnant lui-même plusieurs fois par semaine, toujours armé d'un cilice, et donnant au moins deux heures chaque jour à l'oraison, pour attirer sur ses travaux les bénédictions du Saint-Esprit. Tandis qu'il évangélisait les campagnes voisines de Cosenza, l'archevêque fut averti par le nonce, qu'un certain moine apostat et fugitif parcourait le pays, et prenait tour à tour, pour mieux échapper aux recherches, l'habit de différents ordres. On envoya une troupe de soldats à sa

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poursuite ; mais ceux-ci, trompés par de faux indices, ayant rencontré sur leur chemin le P. Jacques Abbate, le prirent pour l'apostat déguisé, et se saisirent de lui. Le saint homme, ravi de joie, se laissa lier, sans dire un mot, et conduire comme un malfaiteur. Reconnu et délivré, presque au terme de cette course humiliante, quand il vit les soldats et leur chef lui demander humblement pardon : (f Non, car vous ne m'avez pas olfensé, réponditil ; mais vous faisiez votre devoir, et vous méritez l^ien d'en être loués ».

De la Calabre, le P. Abbate reçut l'ordre de partir pour Alger, avec le célèbre P. Mancinelli, et d'y travailler au salut et à la rédemption des captifs. Beaucoup de malheureux renégats, qui s'étaient laissé vaincre par la misère, les tourments ou la séduction, se convertirent à sa voix, et demeurèrent, au péril de leur vie, fidèles à Jésus-Christ. Il revint ensuite à Barletta, puis à Naples, et donna ses dernières années à l'apostolat des prisonniers, des galériens et des pauvres. Malgré sa prédilection pour les plus humbles ministères, la gloire de Dieu ne lui permit pas cependant de se refuser à la direction d'un grand nombre d'àmes d'élite, qui assuraient lui devoir, après Dieu, tout ce qu'elles pouvaient avoir de vertus. Le P. Abbate mourut dans la soixante-septième année de son âge et la cinquante-et-unième depuis son entrée dans la Compagnie.

Litt. Animée Soc. Jes. , ann. 16 M, p. 27. — S.vnt\g.vt\, Istoria délia Provincia di Napoli, t. \i, p. 436.

l"' FÉVRIER. — P. JULES PASQUALE. 167

Le premier jour de février de l'an 1632, mourut glorieusement au Mexique le P. Jules Pasquale, percé de flèches empoisonnées avec le P. Emmanuel Martinez, portugais. II était né dans le diocèse de Brescia, sur les bords du lac Garda, et h l'Age de vingt-huit ans, après sa première année de théologie, il avait obtenu les missions de la Nouvelle-Espagne. Pour y préluder à la manière des saints, il se fît pendant toute la traversée le serviteur des passagers et des matelots aussi bien que de ses Frères, méditant dès lors et se redisant plusieurs fois chaque jour ces paroles, qu'il avait transcrites, et portait continuellement sur lui : « Ad cjiiem respiciam, nisi ad pauperculum ? Sur qui arrêterai-je mes regards, dit le Seigneur, sinon sur celui qui se fait pauvre et petit » ? Durant le voyage de Vera-Gruz à Mexico, c'était lui qui soir et matin, se chargeait des fonctions de palefrenier, et se réservait, comme de droit, la plus misérable monture. Au moment du départ, il avait soin de prendre les devants, pour tenter seul, à son propre péril, les gués des rivières ou des torrents, et les pentes des précipices. Mais il n'allait pas tarder, au milieu des hordes sauvages, à goûter de bien autres souffrances. Plusieurs de ceux qui l'accompagnèrent dans une de ses expéditions, regardaient sa vie comme vm miracle ; et néanmoins, il joignait à ses fatigues l'étude de cinq langues barbares, et toutes les austérités des plus tranquilles habitants du désert. Une planche lui servait de lit; un ciliée couvrait ses épaules ; il se flagellait au moins deux fois chaque jour, et passait la moitié de la nuit, et quelquefois la nuit tout entière, au pied du saint Sacrement. Mais la charité de ses néophytes et la présence sensible de Dieu lui faisaient goûter, dès ce monde, les plus pures délices du paradis.

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Son zèle savait mettre merveilleusement à profit les vieilles coutumes des sauvages, pour élever leurs âmes vers le ciel. Ainsi, par exemple, au lieu des colliers de cocpiillages, dont les Ghinipas faisaient un de leurs plus beaux ornements, le P. Pasquale suspendit à leur cou le saint rosaire, que ces pauvres g-ens ne se lassaient pas de réciter en chœur. Il introduisit aussi le premier dans ses réductions, l'usage d'annoncer au son de la cloche l'agonie de chaque néophyte ; et tous ceux qui entendaient ce signal tombaient aussitôt à genoux, pour recommander à Notre-Seigneur l'âme du mourant. Depuis quatre années environ, il faisait ainsi fleurir la vie chrétienne dans ces contrées, naguère si sauvages, lorsque vers le milieu du mois de janvier, quinze jours avant sa mort, pendant qu'il célébrait le saint sacrifice, son corporal se couvrit tout à coup de taches de sang. C'était l'annonce de son martyre. Dans la nuit du premier février, une troupe de conjurés conduits par un apostat, mit le feu à sa pauvre cabane et à son église. « Ne restons pas ici, lui dit alors le P. Emmanuel Martinez ; montrons-nous à nos bourreaux, et qu'ils voient si nous craignons de mourir pour notre Dieu « ! Ils sortirent aussitôt l'un et l'autre, le visage calme et assuré ; mais dès qu'ils parurent, une nuée de traits les assaillit et ils tombèrent baignés dans leur sang. Le P. Pasquale avait passé vingt-deux ans dans la Compagnie.

Patrignani, Menai. , 1^ febbr. , p. h. — Nadasi, /l««as dier. memorah. , la fehr. , p. 59. — Duews, Fasti Soc. Jes. , 1» febr. , p. 43. — Cordara, Hist. Soc. Jes. , part. 6, lib. 14, n. 244, p. 340. — Id. Ibid., lib. 171, n. 329, p. 700 seqq. — Alegambe, Mortes illustres, p. 405 seqq. — Ale-

l*"" FÉVRIER F. JÉROMfi CIGNAROI. 169

GRE, Historia de la Coinpahia de Jésus en Nueva-Espaha . . . Mexico^ 1842, t. 2, p. 191. — NiERKMBERG, Varoues ilustres, t. 4, p. 73 et suiv. — Rho, Varias virtutum Hisiorias, Ub. 6, c. 5, p. 700. — Oviedo, Menologio . . J de Nueva-Espaha, 1 f'ebrero, p. 45.

* Le premier jour de février de l'an 1608, mourut à Crémone le F. Jérôme Cignardi, Scolastique, dont la dévotion à la très sainte Vierge, l'innocence et la mortification rappellent les Berclimans, les Louis de Gonzague et les Stanislas. Dès le premier éveil de sa raison, il s'était senti attiré vers Marie. Une do ses pratiques les plus chères était de la saluer toutes les fois qu'il passait devant une de ses images, et de réciter un Ave Maria en son honneur, tête découverte, qu'il fît du soleil ou de la pluie. Cet amour du F. Cignardi pour la Reine des Anges lui inspirait un grand désir de garder intacte la Heur de sa pureté ; pour mieux la défendre il l'entourait de modestie, de recueillement et de mortification. Peutêtre ses pieuses rigueurs allèrent-elles trop loin, Dieu le permettant ainsi, pour s'unir plus tôt cette âme privilégiée. En eifet, le F. Cignardi ne larda pas à tomber dans une maladie de langueur. La charité des supérieurs épuisa tous les moyens pour conserver à la Compagnie un jeune homme de si grande espérance ; mais il était mûr pour le ciel. Le jour même de sa mort, il apparut brillant de gloire à un Scolastique du collège de Brera, le P. Bonelli, plus tard missionnaire aux Indes, et le laissa rempli de la plus douce consolation.

Nadasi, Annus dier. mentor., 1» febr., p. 58. — lo. , Pretiosae; Occupât, marient, in Soc. Jesu, c. 6, n. G. — Patrignvni, Menol. , 1 febb., p. 2. — Rho, Varise virtutum Historiiv, p. 123, 192, 305.

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