VI FÉVRIER. — P. MICHEL-ANGE LENTINI
milieu de la nuit, frapper i\ la porte du noviciat, où il fut reçu à bras ouverts.
JuvENCius, Histor. Soc. Jes. , part. 5, /. 25, /?. 54, p. 908. — Na.d\si, Annus dier. memorah. , 6» febr. , p. 72. — Aguilera., Histor. Provinc. Sicul. , t. 1, p. 36, 158, 302.
N. B. — Le P. Aguileru, Op. cit., p. ;î02, n'admet pas le fait de la fuite du novice, tel qu'il est raconté par les PP. Jouvancy et Nadasi ; la raison qu'il en donne, c'est que le P. Annibal Codrel, vivant alors à Messine, n'aurait pas manqué de le mentionner s'il était authentique. Cet argument est purement négatif et ne suffit pas, croyons-nous, à détruire l'assertion si positive des PP. Jouvancy et Nadasi qui écrivaient à Rome et avaient à leur disposition les archives de la Compagnie.
Le sixième jour de février de l'an 1795, mourut en exil à Viterbe, l'un des plus glorieux et des plus saints apôtres de la Sicile au dix-huitième siècle, le P. Michel-Ange Lentini, portant au tombeau l'innocence de son baptême, dans la quatre-vingt-douzième année de sa vie, et la soixante-douzième depuis son entrée au noviciat. Pendant qu'il faisait ses études au collège Mazarino, un vénérable missionnaire de la Compagnie, très favorisé de Dieu, lui dit un jour : « Mon fils, je sais de science certaine que si vous vous faites religieux, vous serez sauvé. Le serez-vous également si vous restez dans le monde ? Je n'en sais rien. Que le Seigneur vous donne sa bénédiction » ! Mais Dieu n'appelait pas Michel-Ange Len- A. I. — T. H. — 25.
tini à se sauver seul. Durant les trente dernières années qui précédèrent la destruction de la Compagnie en Sicile, il renouvela les merveilles de saint François de Geroninio et du P. Louis La Nuza. Mais bientôt les fruits de conversion et de sainteté dont le P. Vincent Huby et ses successeurs enrichissaient l'Eglise depuis un demi-siècle et plus, par la belle œuvre des retraites publiques, inspirèrent au P. Lentini une méthode toute nouvelle pour ses missions. Dès qu'il arrivait dans une ville, après quelques jours d'émouvantes exhortations préparatoires pour tout le peuple, il consacrait deux ou trois mois à donner successivement les exercices de saint Ignace à toutes les classes de la société. Les prêtres, les magistrats, la noblesse, les jeunes gens, les artisans, les pauvres ; puis les grandes dames et les plus humbles femmes du peuple, se renfermaient tour à tour, au nombre de deux ou trois cents, dans une maison religieuse choisie à cet effet, et faisaient sous sa conduite une sérieuse retraite de huit ou dix jours. Aussi laissait-il à son départ les populations entières, non seulement converties, mais transformées et ne voulant plus vivre que de la vie de Jésus-Christ. A la suite de cet immense ébranlement, les villes d'Alcamo, de Mazzara, de Salemi, de San-Giuliano, de Catane, de Messine et de Termini, voulurent posséder des maisons de retraites fixes pour y entretenir le fruit des exercices.
Il ne faut pas croire que le P. Lentini ne rencontrât pas d'obstacles. La multitude ne se rendait pas toujours aussi facilement. Il redoublait alors ses pénitences, ses prières et toutes ses saintes industries. Dans une mission où tout le monde était comme de glace, il eut recours aux petits enfants, et les conduisant en procession par la ville, au milieu d'une foule de curieux, il s'arrêtait de