VIII JUILLET. P. GRÉGOIRE SZABLINSKI
passé quarante-six dans la Compagnie, le F. Jean Cstoskowski, Coadjuteur temporel, qu'on peut hardiment proposer comme un modèle de charité, de travail et de mortification. Sa devise était : « Pati, non mori ; souffrir et non mourir ». Dieu seconda largement ses bons désirs ; il lui envoya de douloureuses infirmités. Le F. Cstoskowski les accueillit avec amour et y joignit encore de très rigoureuses pénitences. Il aurait souhaité, dit son biographe, que son corps, des pieds à la tête, ne fût que plaies et douleur. Le sacrifice de sa vie couronna dignement cette longue immolation de lui-même. Le Père Préposé de la maison professe avait été frappé de la peste, qui sévissait alors en Pologne ; en lui prodiguant ses soins, le saint Frère fut atteint du même mal et expira joyeusement peu de jours après son supérieur, victime de sa charité.
Sumniar. vitse defunct. Provinc. Polon. (Archiv. Rom.].
* Le huitième jour de juillet de l'an 1744, mourut dans la mission de Dagda le P. Grégoire Szablinski, appelé l'apôtre et le Xavier de la Livonie. Il avait conquis ce glorieux surnom par son zèle, son mépris de lui-même et son incomparable charité. A l'exemple des premiers missionnaires de la Nouvelle-France, il vivait de la vie des pauvres gens qu'il était chargé d'évangéliser ; il s'enfermait avec eux dans leurs huttes et leurs cabanes ; il s'exerçait à parler leur langue ; mais surtout il étudiait leurs mœurs, leurs usages et leurs superstitions. 11 n'était pas rare en effet d'en ren-
contrer qui rendaient un culte aux chênes et aux tilleuls, aux serpents et à certains esprits familiers du foyer. Comme c'était ignorance et grossièreté chez eux plutôt que malice et entêtement, ils écoutaient volontiers le missionnaire, qui leur démontrait l'indignité et le ridicule de leurs pratiques, et d'ailleurs les ravissait par là perfection avec laquelle il parlait leur langue.
Le P. Szablinski allait ainsi de village en village, déracinant les ^bus et rétablissant la pureté des mœurs et de la foi. Grâce à cette méthode, la Livonie fut en grande partie changée ; et lorsque l'homme de Dieu succomba sous le poids de ses fatigues à l'âge de quarante-trois ans, le prévôt de Dûnabourg, venu à Dagda pour lui rendre les derniers devoirs, ne put retenir son admiration en entendant les fidèles prier et chanter des cantiques : « Qui donc, disait-il avec étonnement au souvenir du triste état dans lequel ce peuple avait si longtemps langui ; qui donc vous a appris ces choses » ? Et tous de répondre : « C'est le P. Szablinski, notre apôtre et notre père ».
Sunimar. i>itœ defunct. Provinc. Lith. [Archiv. Rom.). — Poszakowski, Soc. Jesu liihuan.., p. 802.