‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 149 sur 356 · XVI SEPTEMBRE. P. JEAN CARLIER · texte numérisé non relu

XVI SEPTEMBRE. P. JEAN CARLIER

Dans l'intervalle de ses courses apostoliques, le P. Carlier aimait à se placer sous les ordres du cuisinier qu'il appelait son missionnaire ; ou bien il allait se prosterner au pied du saint tabernacle et passait de longues heures en oraison. Quand il ne pouvait venir à bout d'un pécheur par ses exhortations, il se déchirait impitoyablement en sa présence, jusqu'à ce qu'il l'eût décidé à rentrer en grâce avec Dieu. Parmi ses conquêtes sur les démons, on compta plus de deux cents malheureuses femmes adonnées à la magie, qui se laissèrent gagner par sa charité et souffrirent généreusement la mort en expiation de leurs crimes. Le nom du P. Jean Carlier était comme passé en proverbe, dans toute la Province gallo-belge ; et durant de longues années, quand les habitants des campagnes voulaient désigner un missionnaire vraiment apostolique, ils avaient coutume de dire : « Voilà un nouveau P, Jean Carlier ». Ce grand serviteur de Dieu mourut à l'âge de cinquante-trois ans ; il en avait passé trente dans la Compagnie.

Le P. Henri Carlier marchait fidèlement snr les traces de son saint oncle. Dès sa plus tendre enfance, il sembla n'avoir rien tant en horreur que de se traiter délicatement. Tandis que ses compagnons se livraient aux jeux de leur âge, il se retirait dans quelque réduit secret de la maison paternelle pour se flageller et prier. Sa ferveur ne fit que s'accroître dans la Compagnie ; il se distinguait par son amour des humiliations et la perfection de son obéissance. Souvent il obtenait de passer une grande partie de la nuit à s'entretenir avec Dieu ; du reste, au témoignage de ceux qui vécurent avec lui, il paraissait toujours en oraison. La peste s'étant déclarée à Namur, on le vit avec admiration, au plus fort de l'hiver, pendant une inondation de la Meuse, se jeter, à défaut de barque,

dans les eaux à demi glacées et les traverser ainsi, plutôt que de laisser sans secours de pauvres mourants. Peu de jours avant qu'il ne fût atteint par le fléau, au collège de Hui, le P. Guillaume Bartier, mort deux mois auparavant dans le môme exercice de charité, lui apparut en plein jour et l'avertit de se préparer à venir bientôt le rejoindre auprès du trône de Dieu. Cette annonce le remplit de joie ; quand le moment fut venu, il expira le cantique de l'action de grâces sur les lèvres ; le P. Henri Carlier était âgé de trente-huit ans et en avait passé près de vingt dans la Compagnie.

P. Jean Caklier. — Cordara, Histor. Societ., part. 6*, lib. 17, n. 193, p. 635. — Nadasi, Ann. dier. memor., 16^ sept., p. 169. — Tanner, Societ. Jesu apostol. imitatr., p. 637. — Patkignani, Menol., 16 selt., p. 133. — Drews, Fasti..., 16* sept., p. 362.

P. Henri Carlier. — Alegambe, Heroes et Victim..., p. 407.

* Le seizième jour de septembre de l'an 1839, le Frère Scolastique Louis Durieu, de Courtrai, mourut à Alost, quelques jours avant la fin de son noviciat. 11 s'était signalé par une admirable ferveur, un ardent amour de sa vocation et une dévotion très tendre envers l'auguste Mère de Dieu. Tombé malade pendant qu'il enseignait la grammaire au collège de Bruxelles, il fut envoyé à Alost. Plusieurs de ses parents et de ses amis cherchèrent alors à lui persuader de rentrer dans sa famille, jusqu'à ce qu'il eût é paré ses forces. Il s'y refusa généreusement. Rien n'était tou-

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