VII OCTOBRE
Le septième jour d'octobre de l'an 1646, le P. Paul Heutin, de Bergues, mourut à Dunkerque, victime de sa charité au service des pestiférés. Il était à la veille de s'embarquer, pour aller prêcher l'Evangile aux nations infidèles ; mais trouvant une si belle occasion de se dévouer au salut des âmes, pendant le peu de jours qui lui restaient à passer encore dans sa patrie, il se garda bien de la laisser échapper, et reçut presque aussitôt la couronne qu'il allait chercher aux extrémités du monde. Après sa mort, il apparut tout brillant de gloire à un de nos Pères alors plongé dans une profonde tristesse, et lui dit pour le consoler : « Courage, mon cher Père, nous serons bientôt ensemble dans le ciel ». Le P. Heutin n'était âgé que de trente ans ; il en avait passé neuf dans la Compagnie.
Alegambe, Heroes et Victimse..., p. 429. — Nadasi, Ann. dier. mentor., 7a octob., p. 211.
* Le septième jour d'octobre de l'an 1684, sur les bords de l'Orénoque, périt le P. Ignace Toebast, de Cand, victime de la cru-
auté des barbares. Le désir de travailler à l'extension du règne de Jésus-Christ l'avait entraîné, à l'âge de trente-deux ans, vers les missions sauvages de la Province du Nouveau-Royaume ou Colombie. Son apostolat, dont il avait fait l'apprentissage à Cadix et à Séville avant de s'embarquer et pendant les longues semaines de la traversée, fut fécond en travaux et en souffrances de tout genre ; il eut pour couronnement la glorieuse mort des martyrs.
Les Caraïbes de l'Orénoque remontaient chaque année le fleuve et ses affluents pour aller acheter des esclaves de six à vingt ans, qu'ils revendaient ensuite. Furieux des obstacles que le P. Toebast et ses compagnons opposaient à leur infâme trafic, ils résolurent de se débarrasser de ces odieux censeurs. Les premiers à tomber sous leurs coups furent les PP. Ignace Fiol, espagnol, et Gaspar Beeck, allemand. Animés par ce premier succès, ils courent à la cabane du P. Toebast et, la trouvant ouverte, s'y précipitent avec rage. Mais à la vue de l'homme de Dieu qui récite son bréviaire en se promenant, ils demeurent quelque temps interdits ; aucun n'ose frapper. Enfin l'un d'eux s'avance doucement derrière lui, la massue levée ; au moment de la laisser retomber, il est saisi d'une sorte de frayeur et revient tout honteux se cacher parmi ses compagnons. Un autre alors, plus féroce ou plus résolu, se glisse à son tour sur les pas du missionnaire et décharge sur sa tête un coup terrible qui le renverse sans le tuer. Le mart3^r se relève avec effort sur ses genoux et se traîne pour mourir au pied d'une pieuse image suspendue b la muraille.
Ses bourreaux, comme s'ils n'avaient attendu que ce signal, se jettent tous ensemble sur lui, le frappent à grands coups de bâ-