AOUT
Le premier jour d'août, l'an de Notre-Seigneur 1580, lisons-nous dans le Ménologe de la Compagnie, mourut pieusement à Rome le P. EvERARD Mercurian, quatrième Général de notre Compagnie. C'était un homme d'une vertu solide, d'une prudence insigne, très ami de la pauvreté. Il soutint de grands travaux. Provincial, il faisait à pied la visite des maisons qui lui étaient confiées. Elevé au généralat, il composa sur les manuscrits de saint Ignace le Sommaire des Constitutions ; il rédigea les règles communes et les régies particulières à chaque emploi et les mit dans l'ordre où nous les avons maintenant. Animé d'un zèle ardent pour le salut des âmes, il envoya d'excellents ouvriers dans les différentes parties
du monde ; il fonda les deux missions maronite et anglaise, et fît partir pour cette dernière les Pères Robert Persons et Edmond Campion, premiers apôtres de la Compagnie dans leur pays. Enfin parvenu à un âge avancé, après avoir pendant huit ans rempli avec éloge la charge de Général et prédit l'heure de sa mort, il s'endormit pieusement dans le Seigneur au noviciat de Saint- André. Il était Agé de soixante-six ans et en avait passé trentedeux dans la Compagnie.
Orlandinus et Sacchinius, Hist. Soc, passini. — Juvencius, Epitome Histor. Soc. Jes., t. 2, ann. 1580, p. 333. — Sotuellus, Bihlioth., p. 197. — d'Oultreman, Tableaux des personnages..., p. 82. — Imago primi sœculi, p. 881. — SoMMERVOGEL, BibUoth., t. 5, p. 972. — Menologiuni SS. et viroruni illustr. S. J., Tyrnaviœ, p. 113. — Diffe'rents niénol. — Nadasi, Ann. dier., l^ aug., p. 74. — Drews, Fasti, i^ aug., p. 294. — Patrignani, Menai., 1 agost., p. 8.
N. B. — Le P. Everard Mercuiian naquit en 1514 au village de Marcour, dans le Luxembourg ; de là peut-être son nom de Mercuiian. Plusieurs des lettres qui lui sont adressées de France, pendant qu'il était Général portent cette suscription : Èverard de Marcour. Lui-même signa la formule de ses vœux simples, Marcurianus , et celle de ses vœux de profès, Mervuriano ; plus tard, il adopta l'orthographe qui est restée en usage, Mercurianus.
* Le premier jour d'août de l'an 1547, mourut très saintement au collège de Gandie récemment fondé le F. Ambroise, Scolastique, né à Lierre en Belgique. Il avait été formé à la perfection par le P. Pierre Le Fèvre et avait fait, à cette école, des progrès rapides dans toutes les vertus. Lorsqu'il apprit la mort du Bienheureux, il le choisit pour protecteur spécial dans toutes ses dif-
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fîcultés et tentations, et le conjura avec instances de lui obtenir la grâce d'aller bientôt le rejoindre au ciel. Cette touchante prière fut exaucée, et lui-même annonça avec assurance qu'il mourrait dans une semaine. Au terme indiqué, le premier anniversaire, jour pour jour, de la bienheureuse fin du P. Le Fèvre, il s'endormit en effet du sommeil des justes et alla se reposer avec son vénéré maître dans le sein de Dieu. Dix années plus tard, quand on ouvrit le caveau oii reposait le F. Ambroise, on trouva son corps sans corruption, exhalant une odeur très suave, indice et récompense, dit un de ses biographes, de la sainteté dont il avait, pendant sa vie, répandu autour de lui le délicieux parfum.
Swnmar. vits& defunct. Provinc. flandr.-belg. [Arch. Rom.), — Elogia varia defunct. (Archiv. Rom.). — Orlandinus, Histor. Societ., lib. 7, n, 58, p. 157. — Nadasi, Ann. dier., i'^ nug., p, 74. — Levens van Broeders Coadjut., 1 aug., p. 383. — Monumenta histor. s. j'., Epistol. mixtm t. l, p. 284, 301.
Le premier jour d'août de l'an 1710, mourut dans la mission de Sobocz en Lithuanie le P. Jérôme Borkowski, d'une noble famille de Samogitie. Avant de faire sa profession solennelle, il avait attribué une grande partie de son patrimoine à la fondation et à l'entretien de la mission de Wornie, dépendante du collège de Kroze. Il n'avait en effet rien plus à cœur, remarque son biographe, que l'évangélisation des pauvres et des ignorants ; son zèle à leur prêcher la divine parole lui mérita même, à un titre particulier, le glorieux nom d'homme apostolique.
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Il remplissait au collège de Kroze la charge de Ministre, quand une troupe de Kalmoucks, qui promenaient leurs déprédations et leurs cruautés en Pologne et en Lithuanie, envahit la maison. Grâce à la vigilance des supérieurs, les Pères et Frères avaient eu le temps de se mettre en sûreté. Il restait seul pour tenir tête aux brigands. Ceux-ci s'emparent de sa personne et, cupides autant que barbares, lui demandent avec menaces où les Jésuites ont caché leur trésor. Sur sa parole que les Jésuites n'ont caché aucun trésor, ils le frappent avec violence, déchirent ses vêtements, brûlent ses chairs avec des torches ardentes ; et comme ils ne peuvent en obtenir d'autre réponse, ils lui attachent brutalement les mains et l'entraînent hors du collège pour le précipiter dans la rivière. Mais l'arrivée des soldats catholiques ne leur laissa pas le temps de mesurer leur coup ; et leur pauvre victime, jetée en hâte par dessus le parapet du pont, tomba sur la berge, évanouie et à demimorte. .Transporté au collège, le P. Borkowski revint promptement à la vie. Notre-Seigneur lui réservait la palme d'un autre martyre. La peste, qui en 1709 et 1710 fît de si terribles ravages dans l'est de l'Europe, venait d'envahir la Samogitie et la Livonie ; elle se déclara bientôt à Sobocz, où se trouvait alors l'homme de Dieu. N'écoutant que son zèle, le P. Borkowski se dévoua tout entier au service des malades ; après des merveilles de charité, atteint lui-môme par le fléau, il expira saintement à l'âge de quarantetrois ans, dont il avait passé vingt-sept dans la Compagnie.
PoszAKowsKi, Socîet. Jesu lithuan., p. 79. — Patrignani, Menol., l agosto, p. 21.
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* Le premier jour d'août de l'an 1689, mourut à Vilna le Père, Thomas de Rupniew Ujeyski, qui avait renoncé aux honneurs de l'épiscopat pour embrasser l'humilité de la vie religieuse dans la Compag-nie de Jésus. Il était né d'une noble famille du palatinat de Sandomir. Il éprouva de bonne heure le désir de s'enrôler parmi les enfants de saint Ignace et alla s'ouvrir de ses pensées au P. Nicolas Lancicius, Recteur du collège Saint-Pierre à Cracovie. A peine eut-il franchi le seuil de la chambre du serviteur de Dieu, que celui-ci, sans lui laisser seulement le temps de dire un mot, l'apostropha par ces paroles qui étaient prophétiques : « Eh bien ! que veut notre petit évêque » ? Le jeune homme rougit, un peu déconcerté. 11 exposa le but de sa démarche, il parla des attraits qu'il éprouvait au fond de son âme ; mais le P. Lancicius semblait ne pas entendre ; il en revenait toujours à parler d'dutres devoirs, d'une autre vocation : « Allez, dit-il enfin, c'est la volonté de Dieu, l'Église a besoin de vous» ; et le voyant pleurer, il ajouta: « Vous mourrez jésuite ».
Thomas Ujeyski dut se retirer devant une déclaration si nette ; il ne pensa plus qu'à s'abandonner à la direction de la divine Providence, et en attendant, fit le vœu de chasteté perpétuelle. 11 sui^ vit d'abord la carrière de la cour, à laquelle l'invitait sa naissance ; puis à trente-trois ans, il entra dans la cléricature, fut rapidement élevé aux plus hautes dignités ecclésiastiques du royaume, et enfin, conformément à la prophétie du P. Lancicius, consacré évêque de Kiew. Dans ces différentes situations, il donna constamment l'exemple des plus belles vertus et put être proposé tour à tour comme le modèle du courtisan, du prêtre et du prélat.
Après avoir gouverné son diocèse pendant vingt ans avec une grande réputation de sagesse et de sainteté, il sentit se réveiller dans son âme les désirs de sa jeunesse ; la parole du saint religieux : « vous mourrez jésuite », retentissait fréquemment à son cœur. Mais pour se dégager de ses liens, il eut à soutenir de longues et puissantes oppositions à Rome et à Varsovie. Enfin le Souverain Pontife accéda à ses vœux ; se dépouillant aussitôt de ses bénéfices et des insignes de sa dignité, Thomas Ujeyski alla se cacher, comme le plus petit et le dernier de tous, au milieu des novices de Vilna. Sa joie était sans mesure : « Il m'est impossible, écrivait-il peu de temps après à l'évêque d'Ermeland, de trouver des termes pour rendre mon bonheur... Il me semble goûter par avance cette félicité que Dieu a préparée à ceux qui l'aiment ». Et dans une autre lettre au comte palatin de Livonie : « L'Ordre où je suis entré m'est si cher, que si l'on m'offrait en échange le Souverain Pontificat ou toute autre dignité que ce soit, non seulement je ne voudrais pas accepter, mais je ne jetterais pas même un regard sur ces grandeurs. Et si j'avais à choisir, j'aimerais mieux goûter une heure seulement le bonheur dont je jouis ici, que gouverner l'univers entier pendant des myriades d'années, tant il est suave et riche en biens de toute sorte le service de Dieu. Ceux-là seuls le savent qui en ont fait l'expérience ».
Le P. Ujeyski vécut douze ans sous la règle de saint Ignace, ne cessant de donner à tous ses frères, aux plus jeunes comme aux plus anciens, d'admirables exemples de simplicité, d'humilité, de ferveur et d'obéissance. Après avoir gouverné la maison professe de Vilna, il demanda et obtint de revenir au milieu des novices pour y passer ses dernières années et s'y préparer à la mort.
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Lorsqu'il eut reçu les derniers sacrements, le Père Ministre lui proposa de lui amener les novices, afin qu'il leur adressât quelques paroles avant de mourir. Il s'y refusa vivement, disant qu'il n'était pas assez saint pour jouer le rôle d'Elie et transmettre à d'autres son esprit. Hoc unum relincjiio, ajouta-t-il avec un profond sentiment d'humilité, ut pro me peccatore et morituro et mortuo orent. Le serviteur de Dieu expira saintement peu de temps après, le lendemain de la fête de saint Ig-nace, comme il l'avait annoncé ; il était âgé de soixante-quinze ans.
Brictius, Vita Venerab. P. Thomse de Rupniew U/eyski..., Braunsbergœ, p. 1706. — PoszAKOwsKi, Soc. Jesu lithuan., p. 858. — Patrignani, Menai.^ 1 agost., p. 15. — DuEws, Fasti..., 1» aug., p- 295.
* Le premier jour d'août de l'an 1701, le P. Jean Penketh mourut très saintement dans la mission anglaise du comté de Lancastre, sa patrie. Il avait pris du service dans les armées catholiques des Pays-Bas et s'était fait une grande réputation de bravoure, lorsqu'il se sentit appelé par Notre-Seigneur à une vocation plus haute, d'abord dans les rangs du clergé séculier, ensuite dans la milice de saint Ignace. Il ambitionna bientôt l'honneur d'aller se dévouer au salut de ses compatriotes. « Raconter ses travaux, les difficultés qu'il eut à soutenir, les dangers auxquels il fut exposé, demanderait un livre entier », dit son biographe.
A l'occasion du prétendu complot contre la vie de Charles II,
roi d'Angleterre, la persécution redoubla de A'iolence. Le Père Penketh refusa d'abandonner son troupeau ; mais trahi par un misérable qui passait pour fervent catholique, il fut arrêté et jeté dans les prisons de Lancastre. Deux mois après, il comparut devant le tribunal des assises, fut accusé d'être prêtre et d'avoir administré les sacrements et, en conséquence, condamné au supplice des traîtres. En entendant cette sentence qui devait s'exécuter le lendemain, le serviteur de Dieu tomba à g-enoux et s'écria plein de joie : Deo gratias ! Te Deiun laudainus. Mais ses amis s'interposèrent et, à son grand regret, lui obtinrent un sursis. Il ne fit que changer de martyre.
Six années entières, il languit dans un cachot étroit, obscur, sans feu pendant les plus rudes froids de l'hiver. Sa patience, sa douceur, son affabilité et ses autres vertus lui gagnèrent l'estime et la vénération de ses compagnons de captivité et du geôlier luimême. Bientôt sa prison devint un sanctuaire où il offrait tous les jours le saint Sacrifice et parlait de Dieu aux catholiques, qui venaient librement le visiter. A l'avènement du roi Jacques II, le P. Penketh fut remis en liberté et reprit aussitôt ses travaux apostoliques dans le comté de Lancastre. En trois ans, il ne ramena pas moins de cinq cents hérétiques à l'Eglise romaine.
La révolution de 1688 interrompit ces beaux succès et le jeta de nouveau dans cette vie de périls et d'alarmes à laquelle étaient condamnés depuis si longtemps les prêtres catholiques en Angleterre. Il changeait souvent de retraite, exerçait son ministère pendant la nuit et passait ses journées au fond de quelque cachette dans l'isolement et l'immobilité. En revenant d'assister un moribond, près duquel il avait eu peine à se traîner, tant il était lui-
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même épuisé de forces, il fut saisi d'une fièvre violente et, quelques jours plus tard, expira saintement, à l'âge de soixante-etonze ans, dont il avait passé trente-sept dans la Compagnie.
Summar. vitœ defunct. Provinc. Angl. (Arch. Rom.). — Foley, Records, t. 5, p. 330 ; t. 7, p. 581.