‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 98 sur 356 · XXI AOUT · texte numérisé non relu

XXI AOUT

* Le ving-t-et-unième jour d'août de l'an 1616, à Pont-à-Mousson, mourut dans une sainte vieillesse, après avoir beaucoup souffert pour la foi, le P. Guillaume Murdoch, écossais. Dès l'âge de dix ans, il avait été enfermé durant sept mois, cruellement souffleté et fouetté, par l'ordre d'un évoque hérétique, sans que rien fût capable de l'ébranler. Un peu plus tard, apprenant que la Compagnie de Jésus semblait avoir partout le privilège des persécutions et de la plus furieuse haine des ennemis de l'Eglise, il vint la chercher en France, dans l'espoir de cueillir un jour la palme du martyre sur les échafauds de sa patrie. Pendant qu'il était à Paris, quelques élèves de l'université, excités par la jalousie et les diatribes de leurs maîtres, et résolus de se venger au moins sur un des membres du collège de Glermont, allèrent demander le P. Murdoch, sous prétexte de confesser un malade ; et dès qu'ils l'eurent à leur discrétion dans une pièce écartée où ils avaient donné rendez-vous à plusieurs de leurs condisciples, ils lui ordonnèrent de se dépouiller pour recevoir de leurs mains une solennelle flagellation. « Bien volontiers, répondit doucement le serviteur de Dieu, je subirai ce traitement à l'exemple et pour l'amour de Jésus-Christ ». Mais quand ces malheureux jeunes gens virent le cilice

qui le couvrait des épaules jusqu'aux genoux, ils se jetèrent à ses pieds, lui demandèrent pardon de leur faute et le reconduisirent avec des sentiments bien différents de ceux qu'ils avaient eus jusqu'alors pour la Compagnie.

Ainsi, prêt à tout, même aux avanies les plus imprévues, le P. Murdoch s'embarqua bientôt pour la rude mission d'Ecosse, et durant quatorze années de suite, parcourut tout le royaume, déguisé en médecin, travaillant au salut des âmes avec des fruits considérables, mais en même temps avec des peines et des dangers sans nombre. Notre Bienheureux Père, qu'il aimait et honorait en véritable fils, lui apparut un jour pour l'encourager à porter vaillamment sa croix, comme il avait été autrefois lui-même encouragé par Notre-Seigneur, sur le chemin de Rome, à porter la sienne. Le P. Murdoch parut toujours, en effet, également calme et intrépide, même au fond des cachots où il fut jeté. Un jour on le livra en jouet, revêtu des ornements sacerdotaux, à la populace d'Edimbourg, qui renouvela pour lui une grande partie des scènes de la Passion. Arrivés sur la grande place de la ville, ses persécuteurs allumèrent un bûcher et lui ordonnèrent de jeter les vêtements sacrés dans les flammes : « Vous m'y jetterez plutôt moimême », leur répondit-il ; et comme un jeune éhonté l'invitait à commencer la messe et récitait les premières paroles d'un ton de sacrilège dérision : a Oui, oui, vous avez raison, reprit le Père, vous ne sauriez me suggérer de paroles plus opportunes : Judica me, Deus, et discerne causam nieani de gente non sancta ; ah homme iniqiio et doloso ente me ». Le P. Murdoch mourut à l'âge de soixante-dix-neuf ans ; il en avait passé cinquante-deux dans la Compagnie.

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