J. JA.NIN
et ne conduit que jusqu'au bord du déjeuner de luxe, du déjeuner sérieux, — le plus sot des repas, soit dit entre parenthèses, un repas qui, à l’exemple de Circé, change les hommes en bêtes pour le reste de la journée
Cependant nos deux amis, conduits, égarés par leurs dix francs follets, jusqu’à la limite du grand déjeuner, avaient entrevu au delà de cette limite un perdreau truffé, des crevettes, du vin de Bordeaux^ Château-Margaux, etc., et un vague et pénétrant parfum était venu affadir leur déjeuner possible. — La position était mauvaise. — L’amphitryon dit : — Tiens, me voici près de l’atelier de mon père, je vais monter et lui emprunter dix francs ; attendsmoi un instant.
Il monte, l’autre roule une cigarette et attend.
— Il se passe près d’un quart d’heure ; enfin, l’ambassadeur descend ; mais il est sérieux, il prend le bras de son ami et lui dit : — Viens avaler une tasse de chocolat.
— Comment ? pourquoi?
— C’est tout simple, mon père m’a emprunté cent
sous.
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