OU LE VICE A RAISON CONTRE LA VERTU
L’acteur doit beaucoup de son aisance au théâtre qui l’exhausse au-dessus des spectateurs, et à la rampe de lumière qui l’en sépare. Tel orateur perdrait beaucoup de son assurance si, au lieu de lancer ses foudres d’en haut comme Jupiter, il lui fallait descendre de la tribune et combattre de pied ferme, comme un soldat, sur un terrain égal, et frapper des coups horizontaux qui n’empruntent plus la plus grande partie de leur force à leur poids et à l’élévation de^quelle ils tombent.
De même le moraliste commence par se jucher fort au-dessus et en dehors de l’humanité. Il dit : « Les hommes, » sans jamais se souvenir qu’il est
dévouement que vous avez témoignés à votre anu vous permettent d’attendre de sa part des manifestations semblables dans l’occasion? Examinez-vous sévèrement, repassez une à une toutes les conditions de l’amitié, telle que vous l’exigez de votre ami, et voyez si vous les remplissez bien correctement vous-même.
Vous ne tarderez pas à être convaincu de la vérité de cet axiome :
Chacun veut avoir un ami, personne ne s’occupe d’en être un.
Ces réflexions me sont suggérées par un petit événement que je me rappelle et qui m'a forcé de me faire subir un de ces examens que je ne me suis peut-être pas assez gêné pour faire subir à autrui.
Je ne passe pas poür avare ; — ceux mêmes qui ont le plus profité de ma disposition contraire prennent volontiers un air de supériorité et m’appellent prodigue. — C’est une jolie invention que d’avoir imaginé des noms injurieux pour le contraire des vices, qui sans cela auraient facilement l’air de qualités. Un avare ne se dit pas : je ne suis pas généreux ; il se dit moins encore : je suis avare ; il se dit : je ne suis pas prodigue. — Eh bien ! je me suis surpris récemment à me laisser aller aux senti-
ments les plus hideux de l’avare le plus misérable. — Si je fais cet aveu humiliant, c’est pour donner aux gens de bonne foi un exemple de l’indulgence que l’on est bien forcé d'avoir pour les autres, lorsque l’on s’examine scrupuleusement et sans un violent parti pris d’admiration pour soi-même. Les autres, je le sais, en prendront avantage sur moi, et sans songer qu’ils n’auraient pas mieux fait à ma place, se contenteront de mesurer ce que j’avoue à ce qu’ils cachent, et se rengorgeront en laissant tomber un regard dédaigneux sur moi.
Cela ne m’empêchera pas de raconter aux premiers un trait d’avarice d’un homme qui n’est pas avare.
Il y a longtemps que j’ai fait cette remarque que c’est en réalité à son argent que l’homme tient le plus au monde, et que toutes les diatribes faites contre l’argent, ce vil métal, n’ont jamais eu pour but que d’en dégoûter les autres, sans jamais avoir pour résultat d’y réussir, ni même de consoler leurs auteurs de n’en pas avoir. De là, j’avais reconnu qu’un moyen, non-seulement de faire faire à un ami les corvées les plus fâcheuses, mais encore de l’envoyer gaiement au péril et à l’ennui, était celui-ci :
Lui faire croire pendant un quart d’heure qu’on vient lui emprunter de l’argent, contempler d’un œil impitoyable sa défense courageuse, renverser successivement les ouvrages avancés, les retranchements, les fortifications qu’il élève opiniâtrément et avec le courage du désespoir, à mesure qu’on les détruit; puis, quand il se voit presque forcé, lui annoncer alors que c’est un service d’une autre nature que vous attendez de lui. 11 s’y précipitera avec ardeur, avec reconnaissance, s’agit-il d’aller se battre pour vous, — car .je parle ici des meilleurs entre les amis.
J'avais fait cette remarque, et ce n’était pas la seule de ce genre, pensant, à l’exemple des moralistes, qûe c'étaient les autres qui étaient ainsi et que je présentais personnellement un contraste éclatant à cette repoussante image.
Eh bien, je me suis tristement convaincu duco"ntraiie.
• Voici la chose, car il faut bien y arriver malgré les détours que la honte me fait prendre.
Comme j’étais rentré chez moi après une promenade dans la seconde moitié de la journée, ma servante, s’avisant tout à coup qu’elle avait oublié une commission pour moi, vint me trouver tout essouf-
fiée au fond du jardin et retarda encore de dix minutes l’exécution de sa commission par ses plaintes et ses.excuses de la £aire si tard. — On avait apporté une lettre pour moi, on avait paru contrarié d’apprendre que j’étais absent et de ne pas savoir à quelle heure je rentrerais ; puis on avait fort recommandé de me donner la lettre aussitôt mon retour, et on avait laissé une adresse à laquelle je pourrais envoyer la réponse.
J’ouvris la lettre, — c’était en réalité une chose toute simple : un homme, que je ne connaissais que de nom, il est vrai, mais qui était en relations amicales avec un de mes bons amis, me faisait part d’un empêchement fâcheux qui lui survenait ; — il recevait, en voyage, une lettre qui l’obligeait à partir immédiatement; il n’avait pas assez d’argent pour se mettre en route le jour même, et H me priait de lui prêter la somme qui lui manquait.
Ici commence, de ma part,' une série d’infamies et de turpitudes dont je suis presque fâché d’avoir entrepris l’aveu. — Mais je ferai comme Henri IV qui, se sentant mal disposé un jour de bataille, Vécria : « Ah ! tu as peur et tu trembles, ma peau ! Eh bien 1 je vais te donner raison de trembler en te menant au plus fort de la mêlée. » Ce qu’il fit.
Ah ! tu t’es glissée une fois dans mon cœur, méprisable et sordide avarice, et tu crois que je vais te faire de ce cœur un asile et un repaire ! — Non, non, je vais ouvrir la porte et les fenêtres, et dire à tous que tu es là. — Tu n’oseras pas rester dans un
logis aussi ouvert.
Je lus la lettre deux fois, — et je me trouvai d’avis que l’auteur ne se gênait guère de s’adresser à moi sans être connu de moi. Heureusement que la vanité me Suggéra ceci pour sa défense : — Mais il me connaît assez pour penser que l’on peut avec confiance me demander un service.
Et je me rengorgeai. Puis je pensai au cas où je me trouverais dans une situation semblable à la sienne, et je me dis : Faisons pour lui ce que je - désirerais qu’il fit pour moi, si nos rôles étaient intervertis. — Je me rappelai ces paroles de Trajan : — «Je veux que chaque citoyen trouve en moi l’empereur que je désirerais trouver si j’étais citoyen. ».
Je me jugeai alors aussi grand, aussi vertueux que le fils adoptif de Nerva, et je me dis avec orgueil : Voilà comme nous sommes, nous deux Trajan.
Allons, me dis-je, — il n’y a pas moyen de faire autrement. Je vais envoyer l’argent.
Mais la servante, qui pendant que ces choses se passaient dans mon esprit, avait fouillé, tourné et retourné ses poches, me dit : — Mon Dieu ! j’ai perdu l’adresse.
— Quelle adresse? .
— L’adresse où on a dit que monsieur enverrait la réponse.
Il se glissa alors dans mon cœur comme un blafard rayon d'espérance, une honteuse joie secrète que je manifestai par une feinte mauvaise humeur contre la servante.
— Il faut que vous soyez bien maladroite et bien étourdie, lui dis-je. Vous n’en faites jamais d’autres !
Et je lui récitai la kyrielle de ses fautes depuis un mois.
— Rien ne me contrarie plus, ajoutai-je, que la perte de cette adresse ; je tenais singulièrement à répondre à cette lettre, et maintenant, par votre faute, cela me devient impossible.
En effet, pensai-je, il est tout à fait impossible que j’envoie cet argent, puisque cette sotte fille a perdu ^adresse. Ma foi ! ça n’est pas ma faute, me dis-je, essayant de me tromper moi-même ; certes, j’eusse rendu avec plaisir ce petit service, mais il n’y a pas moyen sans l’adresse.
Et je me remis à manifester tout haut ma mauvaise humeur égale à celle que j’aurais ressentie si l’étourderie de la servante m’avait privé du plus vif niaisir.
— Mais, monsieur, dit-elle, je suis sûre qu’on trouverait bien la demeure de ce monsieur.
— Sans adresse? vous êtes folle t
— Monsieur, je sais déjà que c’est un hôtel.
— Parbleu! il y en a quarante dans la ville.
— De plus, je sais que e’est dans le faubourg.
— Il y a quinze hôtels dans le faubourg; je ne puis aller demander de porte en porte.
La servante voulut bien ne pas me répondre que je pouvais, au contraire, parfaitement y aller; qu!ii n’y avait pas quinze, mais seulement huit hôtels dans le faubourg; elle eut l’indulgence de se contenter de m’offrir d’y aller elle-même.
— El à quelle heure dinerai-je alors?
Elle aurait pu me répondre : — Monsieur dînera plus tard, — monsieur dîne quelquefois deux, ou trois heures plus tard pour faire une promenade dans la campagne, ou pour arroser son jardin,, ou pour ne pas poser un livre commencé ; — elle voulut bien me dire : — J’irai après le dîner.
— Après le dîner, il ne sera plus temps, repris -je
MENDS PROPOS.
en relisant la lettre dans laquelle on me disait qu’on voulait partir le soir même. — D’ailleurs, vous ne
trouveriez pas.
Et je lui fis la liste des choses qu’elle n’avait pas su trouver depuis qu’elle est chez moi.
Elle me trouva ennuyeux et injuste et s’en alla à sa cuisine. Je lui sus très-mauvais gré de ce que j’étais, en effet, injuste et ennuyeux, et me rappelant un certain poulet qu’elle avait laissé brûler le mois précédent, je songeai à ne pas la garder.
J’étais alors complètement dupe du gredin que
tout homme renferme en lui ; — j’étais persuadé
que j'étais désolé de ne pouvoir envoyer cet argent, et je ne m’apercevais pas que c'était l’aigreur que m’avait donnée la demande de me l’emprunter qui me servait à gronder ma servante, aigreur raccommodée pour elle, comme elle aurait pu faire pour moi du bouilli de la veille.
Et resté seul, je me mis à médire des domestiques en général. Et ce pauvre monsieur qui comptait sur moi, et qui avait raison d’y compter! Morbleu ! au diable les servantes ! Mais il n’y a pas moyen sans adresse, c’est tout à fait impossible !
La servante revint à ce moment.
*— Monsieur, dit-elle d’un air joyeux, la voici!
— Quoi ?
— L’adresse; je l’avais serrée sous une casserole.
— Voilà, dis-je en colère, une jolie place pour serrer une adresse !
Ainsi se montrait décemment déguisée ma mauvaise humeur de ce qu’elle avait retrouvé l’adresse.
— Mais il ne sera plus temps.
— Pardon, monsieur, ça n’est pas très-loin.
— Comment ! pas très-loin.
Elle appuya son opinion par des détails topographiques circonstanciés ; je maintins la mienne par d’autres détails et en contestant les siens, et cela si longtemps que je finis par avoir raison en finissant, sinon en commençant, c’est-à-dire que s’il était encore temps d’envoyer quand j’avais commencé à dire qu’il n'était plus temps, il n’était plus temps en effet lorsque j’eus achevé de le démontrer.
— Allons, dis- je, faites-moi dîner tout de suite, i’y courrai aussitôt après dîner.
Elle me regarda et retourna à la cuisine, sans oser me dire ce qu’elle pensait de ce projet de courir dans une heure là où je soutenais qu’il n’était plus temps d’aller à présent.
Je compris cependant son regard, et je crus de-
voir me faire une réponse à une objection ressemblant fort à ce regard, que je sentais s’élever en moi-même.
— De deux choses l’une, — me dis-je avec la satisfaction de l’homme qui se sdnt armé d’un dilemme, — ou mon correspondant s’est adressé ailleurs, a trouvé son affaire et n'a plus besoin de moi, ou il ne l’a pas trouvée, et il ne partira plus que de- . main, et alors il n’est nullement important qu'il reçoive ma réponse dans un quart d’heure ou dans une heure.
Puis le gredin dont je parlais tout à l’heure me suggéra cette question :
— Il faut avouer pourtant que ce monsieur est tout à fait sans façon ; il me semble qu’il pourrait bien revenir, ou envoyer chercher une réponse !
L’honnête homme qui m’habite conjointement avec le gredin répondit :
— Ah çà! vous prenez d’étranges airs de supériorité parce que vous vous trouvez une fois par hasard avoir cent francs de plus que quelqu’un ! c’est parfaitement odieux et parfaitement ridicule.
Et l’honnête homme donna au gredin son vrai nom de gredin, ce qui me força de juger entre eux et de voir clair. — Pendant ce temps on avait servi
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le dîner. Je mangeai un morceau à la hâte, je pris mon chapeau et ma canne, je mis dans ma poche la somme demandée, puis je sortis.
Je marchai vite d’abord ; mais il faisait nuit et je ne tardai pas à m’égarer. Je demandai mon chemin, et je me remis à penser les mensonges suivants :
Par la faute de cette maudite servante, je n’ai pu envoyer tout de suite cet argent ; mon correspondant aura pris ce retard pour de la mauvaise volonté. J’ai assez de guignon pour qu’il se soit adressé ailleurs et ait réussi. Je serai vraiment désespéré de n’avoir pu lui rendre ce petit service ; il faudra que j’écrive à *** pour qu’il lui explique ce qui arrive et m’excuse auprès de lui. Après tout, ce n’est pas ma faute. J’ai fait tout ce qui dépendait de moi.
L’élément gredin, satisfait de voir que l’élément honnête homme prêtait l’oreille à ces billevesées et en était plus d’à moitié persuadé, se sentit fort encouragé dans la gredinerie et essaya d’aller plus loin. — Notez qu’il faisait nuit, que je venais de m’égarer encore une fois, et rappelez-vous que la nuit on peut faire mourir les gens de peur avec des histoires qui, au soleil, les feraient mourir de rire.
Ajoutez que chez moi, comme chez tout le monde,
MENDS PROPOS.
le gredin est plus futé que l’honnête homme, et encore que l’honnête homme n’est pas peut-être tout à fait aussi honnête que le gredin est gredin.
Après tout, ajouta-t-il, qui me dit que mon correspondant est réellement celui dont le nom est au bas de la lettre? Je ne l'ai jamais vu, et il n’y aurait rien de si facile que de me tromper ; on peut savoir facilement ma liaison avec *** et prendre le nom d’un de ses amis; — et quand je dis amis, quand même le nom serait celui du signataire, — qui me prouve que ce soit un ami de ***? — J’ai entendu *** parler de lui avec bienveillance, je l’avouerai ; mais *** est naturellement et généralement très-bienveillant.— Qüi sait si lui-même ferait pour celui qui se dit son ami ce que celui-ci me demande?
— Allons donc! répondit l’honnête homme. — Pendant ce temps j’avais trouvé la rue indiquée et je cherchais le numéro. — A ce moment vinrent à passer deux gendarmes. Ils marchaient vite.
— Diable, dit le gredin, c’est peut-être mon homme que l’on cherche et que l’on va arrêter; si, en effet, il prend un nom qui n’est pas le sien; si...
— Ah çà, reprit l’honnête homme, vous me croyez décidément plus bêle que je ne le suis.
— Mais non ; ce que je trouverais bête tout au plus, ce serait votre crédulité et votre confiance. Est-ce que tous les jours on ne voit pas de pareilles aventures?
— Taisez-vous 1 répondit l’autre.
Et j’entrai dans la maison. Je demandai M. ***.
— Il est sorti, me réponditl’hôte.
Je fus comme offensé de ce qu’un homme si évidemment mon inférieur, puisque j’avais pour le moment cent francs de plus que lui, se permettait de sortir au lieu de passer le reste de sa vie à attendre humblement que je jugeasse à propos de venir chez lui. Il est vrai que je ne tardai pas à me dire que peut-être il était allé chez moi chercher la réponse à sa lettre, ce qui aurait répondu à un reproche que je lui avais déjà fait d’attendre ma réponse et de me laisser' le soin de l’envoyer; mais je me répondis alors que retourner chez moi pour attendre mon bon plaisir, c’était me harceler et méconnaître singulièrement le respect qu'il me devait.
— Allons, dis-je, cette fois c’est sa faute : s’il s’était trouvé chez lui, il avait son affaire; j’y avais mis tout l'empressement possible, j’étais venu moimême. Je me fis croire alors qu'il serait peu conve-
nable et compromettant pour l’ami de *** que je confiasse l’argent à son aubergiste ; je laissai ma carte et me remis en route.
Sans doute, il viendra demain, me dis-je, mais à quelle heure ? je ne puis cependant pas rester prisonnier chez moi jusqu’à ce qu’il lui plaise de venir me délivrer.
Sorti ! — Il aurait bien pu m’attendre.
Et les gendarmes me revinrent dans la tête.— Si c’est lui qu’on cherche, si on l’arrête et qu’il se réclame de moi, je ne pourrai cependant pas dire que je le connais, car, après tout, je ne le connais pas. — Je rentrai et me couchai. — Le lendemain matin, mon homme vint chez moi ; je fus comme les gens qui ont peur la veille d’un duel et qui une fois sur le terrain se battent comme des lions. — .En présence de l’ennemi, je me conduisis fort bien; mais je serais, je crois, mort de honte, s’il avait pu deviner en quel coquin bête et méprisable l’avarice m’avait changé la veille pendant trois heures.
Ce que j’ai voulu expier par cette confession publique. Que mes lecteurs cependant n’en abusent pas contre moi; qu’ils commencent par se faire subir un examen pareil à celui que je viens de me faire subir à moi «même. J’ai grandement idée qu ils
ne valent pas beaucoup mieux que moi, et qu’en même temps, ils ne valent pas moins, de sorte que cet examen les disposera, comme moi, à l’indulgence, en leur prouvant que si l’on veut conserver le droit d’être indulgent pour soi-même, et pour le gredin que l’on est généralement, il faut beaucoup pardonner aux autres.
Cependant je ne'laisserai pas passer sans un mot de remarque la curieuse correspondance publiée par les journaux au sujet des tentatives faites par le czar auprès du gouvernement anglais. — L’autocrate voulant s’assurer l’héritage du Grand-Seigneur avant de l’étrangler, est d’un triste comique.
— L'empire de Constantinople va mourir, dit cent fois le czar à sir H. Seymour.
— Votre Majesté s’exagère l’imminence de la fin, répond le représentant de la reine Victoria.
— C’est vous qui êtes mat informé, réplique Sa Majesté Nicolas, «il va mourir, je le sais, — lernar lade se meurt. »
Cela rappelle ce charlatan qui, tenantdans sa wæm un moineau, offrait de parier, au choix de qui voudrait, que l’oiseau qu’ü tenait était mort ou vivant.
En effet, si l’on gageait que l’oiseau était mort, il gagnait son pari en ouvrant la main et en lui donnant la volée.
Si, au contraire, on disait : L’oiseau est vivant, il serrait la main, l’étouffait et le montrait parfaitement mort.
C’est un terrible argument contre l’absolutisme que de voir un homme en condamner tant d’autres à mort, comme il va avoir lieu, par une guerre injuste et absurde et une ambition qui, si, au lieu de se manifester à la tête d’une nation et avec des armées nombreuses, se montrait à l’état d’entreprise individuelle, recevrait justement toutes sortes de noms malsonnants.
Il est joli également d’entendre l’empereur de Russie, dans un de ses entretiens avec sir Hamilton Seymour, dire qu’il attache plus de prix à une parole qu’à tous les traités signés et écrits.
Je le dirai encore aujourd’hui, si Dieu ne s’offense pas de voir son nom servir de prétexte à ce qui se passe et à ce qui va se passer, — à la fourberie, à l’injustice qui vont faire couler des flots de sang humain, — c’est que l’homme est encore plus petit que nous ne le croyons , c’est que notre orgueil s’exagère même notre puissance de faire le mal, —
c’est que Dieu ne nous a pas permis de l’offenser plus qu’il ne l’a permis aux fourmis et aux moucherons.
La dernière fois que j’ai rencontré Tissot qui vient de mourir, c’était au Luxembourg, il y a trois ans à peu près. Il avait alors quatre-vingts et quelques années, mais on le croyait plus âgé jusqu’à ce qu’on eût fait la réflexion qu’on n’est pas beaucoup plus âgé que cela. — Cela tient à ce que Tissot avait pris aux affaires une part que je n’ai pas ici à raconter, à l’époque de la révolution de 89. Cette phase de notre histoire paraît à l’imagination beaucoup plus loin de nous qu’elle ne l’est en effet, parce qu’il y a dans ces soixante et quelques années autant d’événements qu’il en tient d’erdinaire dans deux siècles. On avait donc besoin de faire deux calculs pour comprendre que Tissot n’était pas plus que centenaire. Le premier, c'est que 1789 n’est qu’à soixantecinq ans de 1854; le second, c’est qu’il y avait alors des généraux de vingt ans et des tribuns de dix-huit.
Tissot avait donc quatre-vingts et quelques années. Je m’assis sur un banc, et nous causâmes de choses et d’autres. 11 me parla d’un ouvrage dont
il s'occupait. Cet ouvrage exigeait d’assez longues recherches. « Je ne pourrai commencer à l’écrire que dans un an ou deux, me dit-il; c’est peu de chose au point de vue littéraire, ce n’est qu’une compilation, quelque chose de la valeur d’une Cuisinière bourgeoise. C’est une affaire d’argent ; je ne suis pas riche, ajouta-t-il, et il faut que je m’occupe de mon avenir. »
En même temps que Tissot, mourait Jay, le collaborateur de de Jouy, qui l’a précédé dans la tombe de huit ans à peu près. Il était, avec le même de Jouy, je crois, un des fondateurs du Constitutionnel; il a eu le temps, avant de mourir, de voir ce journal, créé avec quelques billets de mille francs qui ne furent, je crois, jamais versés intégralement par les associés, ne compter un million que comme une partie de sa valeur vénale.
Voici donc deux fauteuils à ne pas donner à des écrivains.
Si l’on voulait sauver l’Académie et échapper aux coteries, aux considérations qui rendent ce corps de moins en moins littéraire, il faudrait charger une académie étrangère, de nommer aux fauteuils va-
MÉLANGES PHILOSOPHIQUES. 9l
canls. Les Allemands, par exemple, qui sont des littérateurs sérieux, qui ont la bonté de lire tout ce qui s’écrit en France, feraient incontestablement de très-bons choix.
Il serait curieux de faire le calcul que Yoici : retrancher tous ceux qui ne sont entrés à l’Académie que par la brèche, après de longs rebuts. Il resterait une société de bonshommes bien peu littéraires, qui méritent d'ailleurs individuellement, et à d’autres titres, toutes sortes d’égards et de considération.
L’Académie n’existe que par ceux qui en font partie malgré elle.
Il m’est arrivé une chose triste et immorale. Je racontais tout à l’heure avec humilité quels combats s’étaient livrés en moi l’avare, le pingre et l’homme honnête et bienveillant que je renferme. Eh bien, c’est le pingre, c’est, l’avare qui avait raison. Mon homme ne retournait pas chez lui, il n’est nullement l’ami de mon ami, et je ne sais même pas où il se moque de moi. Je veux croire cependant qu’il aurait des remords de m’avoir emporté de l’argent, s’il savait combien cela m’ennuie; d’en gagner.
Un marchand de vins a été condamné à l’amende pour avoir vendu quatorze litres de vin et n’en avoir livré que douze, chacune des bouteilles ayant été annoncée à tort comme contenant un litre {Gazette des Tribunaux, 21 avril) ; de plus, le même marchand de vins a été condamné à une seconde amende parce que son vin était falsifié.
Il aurait dû se défendre ainsi : — « Je réclame, messieurs, aurait-il dit, contre l’illogisme qui fait contre moi deux délits de deux actes dont chacun atténue l’autre. Je suis accusé d’avoir vendu du vin falsifié, c’est vrai ; mais au lieu de soutenir, comme le fait l’organe du ministère public, que ce premier fait est aggravé par la seconde accusation qui pèse sur moi, à savoir d’avoir livré douze litres de vin pour quatorze, je prétends y trouver des motifs d’excuse en ma faveur.
» J’ai falsifié mon vin, c’est vrai, et j’ai eu tort; mais une fois ce vin falsifié, que pouvais-je faire de plus. honnête? N’en pas vendre eût été la perfection. Or, la perfection est un point auquel les pères de l’Église vous disent de viser afin d’atteindre à quelques degrés au-dessous : — c’est ce qu’on lait lorsqu’on tire un coup de fusil à une grande portée : on vise un peu plus haut que l’on ne veut atteindre.—
Eh bien ! tous mes efforts ont tendu à ne faire boire que le moins possible de ce breuvage falsifié et malsain. Supposez, en effet, que cplui qui a falsifié le vin et celui qui a rogné les litres fussent deux personnes : le second serait un homme utile, bienfaisant même, qui aurait préservé ses concitoyens des pièges tendus par celui qui aurait falsifié le vin.
» Passons au second chef d’accusation. — J’ai livré douze litres au lieu de quatorze, c’est encore vrai; mais qu’est-ce que je n’ai pas livré?
» Est-ce une liqueur salutaire, capable de réparer les forces de l’ouvrier et de changer les chagrins en rêves heureux ou en douce gaîté?
» Nullement : c’est une boisson insipide, rude, sans goût, sans parfum ; un breuvage falsifié, sophistiqué, nauséabond, malsain, désagréable au goût, dangereux pour la santé.
» Si j’avais, dans un moment de colère, promis cent coups de bâton à un homme, — et Dieu sait que les coups de bâton sont moins malsains que le breuvage susdit! — serais-je bien coupable de n’en donner que cinquante, et celui auquel j’en aurais promis cent serait-il bien fondé à exercer contre moi des réclamations?
» Donc, le premier délit est avoué; mais il est no-
OU
tablement atténué par ce qui fait indûment, selon moi, le sujet de la seconde accusation. Bien plus, le sujet de la seconde accusation, qui consiste à avoir fait tous mes efforts pour empêcher le plus possible mes concitoyens de s’empoisonner, est un acte civique pour lequel j’ai droit à une récompense. Cette récompense,— je ne suis pas exigeant,— servira de compensation au très-peu qui reste du premier délit atténué, ainsi que je l'ai prouvé.
» En outre, et pour plaider la question sous une autre face, on m’accuse d’avoir vendu du vin falsifié à fausse mesure. Je suis à même de prouver 1° que ce que j’ai vendu n’était pas du vin; 2° que je n’ai pu falsifier du vin qui n’existait pas, et enfin, comme je l’ai établi, qu’on me doit des éloges pour avoir laissé boire le moins possible de ce breuvage dangereux. »
A ce propos, je ferai une observation. Le système décimal et l’unité des mesures qui en est le corollaire sont une grande amélioration. Pourquoi ne pas pousser cette amélioration jusqu’à toutes ses conséquences? Huit ou dix fois, depuis un mois, le tribunal de police correctionnelle a prononcé des ju-
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gements contre des marchands qui avaient livré des bouteilles ne jaugeant pas la mesure annoncée. Pourquoi ne pas rendre obligatoire ce qui suit :
« Tout fabricant de bouteilles ne livrera que des nouteilles jaugeant un litre ou une fraction ou une multiplication du litre. La contenance exacte de la bouteille sera inscrite dans la matière même du verre. Ce procédé est employé déjà par certains industriels pour inscrire, soit leur nom, soit le nom du liquide qu’ils vendent. Il n’y a donc pas de difficultés dans l’exécution.
» Tout tonneau, jarre, etc., devra aussi être d’une contenance d’un litre ou d’une fraction ou multiplication de litre.
» Toute boite, tout paquet, tout sac contiendra une fraction ou une multiplication du kilogramme.
» Les uns et les autres porteront d’une façon apparente l’indication de leur contenance »
J’ai vu jouer il y a quelques jours Horace et Lydie, de Ponsard; l’acteur qui remplissait le rôle d’Horace avait des moustaches et une royale. — Ne voulant pas montrer ses jambes par pudeur et n'ayant pas de maillot, il avait babillé le poêle ia-
tin avec un pantalon cosaque bleu de ciel: — des souliers chinois complétaient le costume romain, jtvec une blouse blanche et un manteau bleu. — Disons que, poifr augmenter l’illusion, il avait ôté sa cravate.
Parfaitement secondé par deux jolies personnes, l’acteur a très-bien dit .cette gracieuse paraphrase de la gracieuse ode de l’ami de Mécène. — L’acteur et la pièce ont été fort applaudis. — J’allais oublier de vous dire que cet acteur était Ponsard lui-même.
M. Sibour, archevêque de Paris, publie une lettre à propos d’une association qu’il conseille de former en France pour l’observation du dimanche. — Je me permettrai quelques observations à propos de cette lettre.
Certes, il serait à désirer que le travail de l’ouvrier n’ait pas la continuité et l’inflexibilité du travail des machines ; un jour de repos par semaine serait une très-excellente institution. — Cependant il me semble que M. l’archevêque s’exagère un peu les choses, quand il dit «que le travail du dimanche est une des plaies les plus profondes de notre pays ; » que le travail du dimanche « dévaste les
âmes » et « dévore la France ; » que l’inobservation du dimanche « est une tache pour la France aux yeux des nations étrangères ; » que l’observation du dimanche « est le salut de la société, » etc.
Il se dresse des listes, ajoute M. Siboqr, « de gens qui s'engagent à ne pas travailler le dimanche. » On pourrait faire une longue liste de gens qui ne travaillent pas non plus le lundi, — et qui se sont fait une règle de passer ce bienheureux jour dans les cabarets.
Peut-être M. l’archevêque s’exagère-t-il aussi le prix que le repos du dimanche a aux yeux du souverain maître de toutes choses. — La tradition et les Écritures disent; il est vrai, que Dieu se reposa le septième jour, — mais elles disent mêmement qu’il avait fini sa besogne.
Rien n’indique, dans la nature et dans sa marche, ce repos du dimanche l’herbe pousse le dimanche dans les champs comme les autres jours, l’épervier poursuit l’hirondelle, l’hirondelle chasse le cousin, le cousin chasse l’homme, le dimanche comme les autres jours.
Le travail pour l’homme est une des formes de la chasse pour se procurer sa nourriture et celle de ses petits. A l’observation rigoureuse du dimanche,
il serait nécessaire d’ajouter le jeûne.-— Pour la plupart des ouvriers, la seconde mesure serait la conséquence forcée de la première; ou alors il faudrait décréter : 1° que la journée de travail d'un homme représentera la satisfaction des besoins de sa famille pour un jour et un septième; 2° qu’il n’y aura jamais de chômage; 3° qu’il n’y aura jamais de cherté de vivres comme cette année.
Il faudrait que les personnes qui,' sur les listes que l’on colporte, s’engagent à ne pas faire travailler le dimanche, s’engageassent en môme temps à payer les autres jours la journée de l’ouvrier un septième en sus du prix actuel, et je ne m’aperçois pas qu’il en soit question.
M. l’archevêque pourrait répondre à cette objection en disant que le nombre des bras se trouvant diminué d’un septième quand l’ouvrier ne travaillera plus que six jours par semaine, le prix du travail s’élèvera dans la même proportion.
Je le veux bien; — mais, sans faire remarquer à M. Sibour que cela constituerait une coalition tendante à faire hausser le prix du travail, et que ce serait un délit parfaitement prévu et parfaitement puni dans l'occasion, je lui répondrai que le résultat probable de ce système n’aurait lieu que si tous
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ou presque tous les ouvriers étaient affiliés à ladite association; — qu’il est douteux qu’ils y arrivent tous, et que dussent-ils tous y arrjver, cela demanderait pour se réaliser un espace de temps assez long, — pendant lequel il faudrait en revenir à une proposition de sanctifier doublement le dimanche : — d’abord par le repos, — ensuite par un jeûne rigoureux pour l’ouvrier et pour sa famille.
Mais alors qui empêche de faire ce raisonnement et de dire : « En ne travaillant que cinq jours, en faisant le lundi rigoureusement et religieusement, en le faisant généralement, tandis que c’est un usage admis seulement par un certain nombre, vous augmentez votre salaire de deux septièmes, et vous pouvez gagner en cinq jours ce que vous gagnerez en sept?
» De même en ne travaillant que quatre jours, de même en ne travaillant qu’un. »
Ce calcul serait dangereux.
Déplus, il serait inexact, parce que, quand le salaire du travail s’élève, le prix des objets de consommation s’élève au moins dans la même proportion. Considérons la chose sous d’autres points de ▼He. Monseigneur suppose peut-être qu’il y a de l’ouvrage pour tout le monde dans toutes les pro>
fessions pendant les sept jours de la semaine. Ce serait ne pas comprendre que si la multiplicité des bras abaisse le prix de la journée, il y a la rareté de l’ouvrage qui produit le même résultat; et qui le produit doublement, par l’abaissement du prix d’abord, parle chômage ensuite. Si un ouvrier qui n’a pas trouvé d’ouvrage le samedi en refuse le dimanche, il faudra en revenir à la sanctification du dimanche par le jeûne, comme je le disais tout à l’heure.
Ce n’est pas tout.
La lettre circulaire pour le repos du dimanche comprend la fermeture des boutiques. — Très-bien ; mais, sans doute, en faisant une loi de l’observation du dimanche, pour l’ouvrier, elle compte lui faire une nécessité de ne se reposer que ce jour-là. — Eh bien, pour beaucoup de magasins ils se trouveraient ne pas pouvoir vendre le seul jour où leurs clients auraient le temps d’acheter.
Mais supposons levées toutes ces objections et bon nombre d’autres que je supprime pour abréger; — supposons que l’ouvrier ne chôme jamais et gagne en six jours de quoi vivre pendant sept ; — que comptez-vous que l’ouvrier fera de cette journée?
Le travail du dimanche est un usage assez récent
en France;— il est devenu la conséquence de l’augmentation des besoins.— Dans mon enfance, il était fort rare que l’on travaillât le dimanche, et on se faisait en ce cas payer beaucoup plus cher. A quoi les ouvriers employaient-ils le dimanche alors? — J ai le regret de dire qu’ils le passaient aux barrières, dans les endroits où le vin était à bon marché.- Je ne leur en fais pas un reproche. Dieu m’en préserve 1 — Comme dit une vieille chanson :
Il eût fait la vendange amère,
, S’il eût voulu qu’on n’en bût pas.
D’ailleurs, si les uns rentraient le soir dans un état qui leur faisait trouver étroites les rues de la capitale, le plus grand nombre allaient faire dans les guinguettes de petits repas en famille, dansaient, jouaient aux boules ou aux quilles, etc.
Est-ce là qu’il faut en revenir? Il est probable que l’observation restaurée du dimanche serait en eflet ce qu’elle était autrefois. A moins que l’on ne qrmat les guinguettes le dimanche. Mais les fermer ? ?r a f che ce serai t les tuer j - à moins qu’on " 0 ,geat ’ sous des P eines sévères, les gens à aller le dimanche a la messe, à vêpres, à compiles, etc.
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B teos r-:
Le dimanche, quand on l’observait en France, était consacré au plaisir, à la gaîté. Quelle raison avez-vous de penser qu’il en serait autrement aujourd’hui, et quelle raison aurait-on de le désirer?
La lettre circulaire veut que l’on ne travaille pas, que l’on ne vende pas ; mais elle veut sans doute aussi que le dimanche se passe dans les églises.
Eh bien! si quelques boutiques seulement sont fermées, on ira acheter dans les autres; si quelques ouvriers seulement refusent de travailler, on ne les payera pas plus cher pour cela les autres jours. Il faut donc que la mesure soit générale. Maintenant, si le dimanche reconquis est passé, non dans les églises, mais dans les guingettes, l’Église n’aura pas atteint son but; bien plus, contrairement à ses intentions, on aura fait plus de mal que de bien.
Alors, pour être conséquent, il faudra demander deùx lois : une pour rendre l’observation du dimanche possible, l’autre pour en régler l’emploi. Qui dit loi dit pénalité. Ne serait-ce pas une odieuse tyrannie?
Cependant c’est la conséquence logique, rigoureuse, forcée, de la lettre circulaire.
Le dimanche, tel que le rêve Monseigneur Sibour, existe, mais chez les protestants. On sait combien
est morne, triste, horrible, le dimanche des Anglais.
Témoin ce joli vers d’Hugo sur l’ennui :
Ce docteur né dans Londrc, un dimanche, en décembre.
Témoin cette vieille chanson :
Ce jonr si joyeux en France Est leur jour de pénitence,
Et lorsqu’on Anglais se pend,
C’est on dimanche qu’il prend. m
La lettre proscrit même « les petits travaux. » Donc il -faut choisir entre le dimanche des Anglais et l’ancien dimanche de France.
Eh bien, j’ensuis fâché,— à vrai dire jene le suis guère, — mais si, moi aussi, je désire voir l’ouvrier reconquérir le dimanche, c’est un dimanche joyeux que je voudrais lui rendre, c’est la danse pour sa femme et pour ses filles, c’est la promenade des champs, c’esfla pêche, c’est le bon rire, c’est la chanson, c’est l’air pur remplaçant dans ses poumons l’air de l’atelier.
Ce n’est pas par des occupations sérieuses, disons le mot, par l’ennui, que je veux qu’il se repose de six jours de travail : c’est par la joie, par la gaîté.
par le plaisir. Que le matin en se levant il offre à Dieu le travail de la journée qui commence et le prie de le bénir; — que le soir en se couchant il s’agenouille avec sa famille et élève son âme jusqu’au Créateur; — qu’il soit honnête, laborieux, humain : —je me porte caution pour un Dieu nécessairement bon, qui n’en exigera pas davantage.
Mais pas de quiproquo. Vous voulez, dites-vous, rétablir le dimanche? A la bonne heure! mais nous voulons l’ancien dimanche, le dimanche national, et norrpas un faux dimanche, un dimanche anglais !
M. l’archevêque de Paris, qui, par sa lettre circulaire, ne veut pas que l’on vende le dimanche, a sans doute donné l’ordre de ne pas faire payer les chaises dans les églises ce jour- là.