‹ Méprise [microforme]Chapitre 1 sur 1 · Ste-Catherine Est, . Montréal · texte numérisé non relu

Ste-Catherine Est, . Montréal

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Nous étions en frais de nous Après un succulent repas au Viger, au dehors sans trop savoir o

amuser mon ami et moi.

nous nous étions dirigé:

À nous irions.

Mon compagnon était plein d'esprit ce soir-là, le champagne lui avait donné de la verve, un bon mot-n’attendait pas l’autre. Nous allions, riant tous deux à gorge déployée, comme des écoliers en vacances, Sans nous soucier de l'opinion des Passants, dont plus d’un, en nous regardant, avait haussé les épaules en disant : ; -

— Quels fous!

C'est vrai, maïs tout de IHême je croi envie, notre gaité était si franche.

S“ ‘que nous faisions

Nate

Je vais, dit Réal, pour me distraire faire l'indépendant à la manière d'un grand nombre d'imbéciles que nous rencontrons à tous instant sur le Parapet, et qui n'ont pas le su voir-vivre de se mettre de côté pour laisser passer leur voisin, ils vous coudoient à qui mieux mieux.

Et le voilà marchant au beau milieu du trottoir, bousculant les hommes, accrochant, ;jans sa marche insensée plus d'un chapeau de femme, qui furieuse lui lançait un regard courroucé et s'éloignait en Muürmurant :

Quel manant !

Moi, qui filais dans son ombre je recueillais tous ces quolibets. Ê

= Tu vas finir, lui dis-je, cur si tu continues on mettra lu police à ‘hos trousses ; je n°’v ticiis pas. Entrons dans ce tram- Way, nous n'avons rien de mieux à faire, nous irons jusqu'au terminus,

Je sifile, le conducteur ms voit. on arrête, mais juste uu beau milieu d'une mare d'eau sale : dans ces véhicules on se soucie fort peu de mettre le Passager dans l'obligation de :» crotter les pieds. Il faut dire aussi que Montréal est renommé pour la propreté de ses raes, nos échevins feraient une maladie si les piétons pouvaient traverser la chaussée sans avoir de la boue jusqu'à la chuville,

Le char était plein, Nous pûmes trouver deux sièges, tout ce qui restait. J'avais pOur Vis-à-vis une grosse boulotte aux joues rubicondes, escortée d'un petit homme maigre et sec. salivant sans cesse à droite à gauche d'une manière insupportable. Une jeune femme. assise à côté de lui, avait souvent déjà froncé <es jolis sourcils bruns et serré autour d'elle sa robe de satin fumée de Londres, afin de la préserver des invasions de cét intrus : mais lui Paraissait peu se soucier de cette élégante, soudain un énorme crachat vint tomber sur sa robe.

Oh ? shocking, fit-elle en se levant, ‘‘1 never saw a city like Montreal, no comfort can be had in the street cars.”’

Tirant la sonnette elle fit arrêter le tramway et descendit en disant :

— Ît is really disgusting to see that the conductor can't keep proper order in the cars.

Malgré les inconvénients de cette voiture In Dlace fut ban tôt prise. J'ai dit que le char était plein, mais on l'emplis sait toujours, les Passagers entraient, entraient, si bien qu'au bout de dix minutes nous éticns serrés, pressés comme de vétitables sardines : Je conducteur criait, à chaque nouvel arri vant :

Make room, make room.

-- Que diantre, fit mon ami, où veut-il que nous fassions de la place lorsqu'il n'y a plus moven de respirer, L'animal. A-t-on jamais vu un pays où sous prétexte de promener les gens on Jes étrangle. Pourquoi ne pas mettre plus de tram Ways, cela n'est pas bien difficile.

Drelin drelin, Encore quelqu'un qui veut entrer. Mais il n'y a plus de Place, vocifère-t-on de toute Part.

est égal, le conducteur a lu rave d'étouffer sex passa-

LErS.

Serrez les rangs, dit-il, c'est une femme avec son enfant. que quelque monsieur se lève.

Une femme avec son bébé : le veux céder mon siège, mafs 11 m'est impossible de me lever : on me pousse de tous côtés : enfin la foule se rue sur la nouvelle venue qui vient tomber. presque étouffée, sur les genoux de mon compagnon, avee son marmot qui se met à crier comme un petit perdu.

-— Sortons, sortons, fit Réal, ie n'en puis plus.

Mais la femme ne faisait Pas mine de remuer : elle avait trouvé, sur les genoux de mon ami, un siège sans doute assez

moëlleux, puisqu'elle ne voulait plus se déranger de crainte qu'on ne le [ui enlevât. Le fou rire me prit en regardant le | visage déconcerté de Réal qui av la femme et l'enfant sur les | genoux, avait l'apparence d'un véritable ‘‘pater familias.”"

J'étais enfin parvenu à me mettre sur mes jambes, et | malgré les cris du bambin je pus faire entendre à Aa mère | qu'elle trouverait place sur le banc. Elle me regarda d'un petit air sournois comme pour bien s'assurer que je ne: voulais pas la tromper, décidée qu'ell: était, j'en suis certain, à ne. pas abandonner les genoux malheureux qui l’avaient réçue,; avant d’avoir trouvé un endroit aussi convenable à ses goûts... :

Laissez-moi Partir madame, fit Réal nn peu impa tienté, - Attende, monsieur, est-ce Au'on sait ousqu'on se place icite, donnez-moi Je temps de me reconnaître. Je n'ai jamais vu de gens si peu complaisantz,

Certes, il en faut une bonne dose de complaisance pour VOUS porter avec votre bambin qui est un vrai petit diable : este Qu'il ne va pas «e taire cet enfant ?

Cela ne vous regarde pas.

C'est vrai ; mais ce Qui me regarde c'est de ne plus vous a Voir sur les genoux avec lui.

Et Réal fait un suprême effort pour se débarrasser, je lui tends la main, grâce à ce secours il'parvient à mettre à terre la robuste dame. D'un bond nous sommes sur, la plate-forme.

Ouf, fait mon ami, cela est pire qu'un baim turc. Vite, descendons, je n'y tiens plus. Tu ne m'y reprendras point, mon cher, à aller me promener dans ces tramways ; du moins Pas aVant que la Compagnie ne change de système, J ‘aime mieux marcher à l’autre bout de In ville que de recommencer Pareille excursion.

On nous avait laissés à l'extrémité de lu rue Sainte-Catherine Ouest ; en passant devant la demeure de Mme T... Réal se tourna vers moi. A

- Sais-tu que Melle T... est une héritière, me dit-il, Raoul,

tu devrais te présenter dans cette maison, mademoiselle T.…

serait un bon parti pour toi; outre qu'elle est riche, elle est charmante, très spirituelle.

— Tu crois, mon cher Réal. que je n'aurais qu'à me presenter pour étre accepté? J'ai urop d'esprit, permets-moi 4: te le dire, pour avoir la prétention d'un grand nombre de mes camarades qui s’imaginent qu'ils n'auraient qu’à faire une demande en mariage POUI être aussitôt agréés : leur fatuité me déplaît, j'ai la ferme COnviction que celui qui se vante le plus est précisément celui ‘Jui serait le premier iconduii. Je ne trouve rien d'étonnaut à ce qu'une femme refuse d’épouser un homme qu'ell. n'aime Pas. Le mariage pour moi est chose sï grave que je conçois Qu'une personne intelligente ne tienne pas à se lier pour la Vie, à un être qui ne lui est pas

en tout sYvmpathique, Je connais bon nombre de jeunes fille qui ne voudraient pas in épouser, je nt les trouve pas moinaimables pour cela, au contraire, le les admire, leur indépen dance me plaît, æs femmes ne suivent pas l'exemple de la fou le, elles ont un cœur qu'elles ne donnent Pas à tout venant, comme une marchandise à l'enchère adjugée au plus offrant. J'espère bien ne jamais épouser une femme qui ne cherche en un mari qu'une position ou UN nom, mettant tont à fait de côté les sentiments du cœur,

— Tu es poëtique, Raoul.

— Appelle cela comme tu Voudias, moi je trouve que c'est tout simplement du bon sens.

— Allons, va pour ton bon sens : mais n'ayons pas l'air d'en avoir ce soir et suivous cette pérsonne devant nous. Urois-tu qu'elle soit en Possession de mari ?

— Je n'en sais rien.

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Comme elle à un Pied mignon effleurant à peine le sol, Comme sa taille est graciense, cette femme est parfaite, si le visage est aussi joli que le reste, c'oat une perle, il faut <avoir où elle va, Quelle heure as-tu ?

-— Sept heures. répondis-je,

— Oh" alors j'ai une bonne heure et demie devant moi, je ne vais chez Jeanne que vers neuf houres,

— Crois-tu que ta fiancée te recevrait avec plaisir si elle savait que tu ac passé une Partie de la soirée à suivre une inconnue ?

— Que veux-tu, mon cher, lee hommes sont un peu fous, il faut que les femmes soient indulgentes et leur Passent leurs folies. J'aime Jeanne, je serais le plus malheureux des hommes de lui faire de la peine ; mais je trouve qu'il faut des Varia tions au plus beau morceau, Cette femme intéresse ma curiosité me pousse à savoir où elle va, donc je la suis,

L'inconnue avait ralenti Sa marche. il était évident qu'elle nous savait derrière elle, de plus qu'elle ne nous en voulait pas de la suivre, cependant lorsque nous étions presque sur ses talons elle se mettait à Mmercher beaucoup plus vite comme Pour nous distancer. Elle Sontinua ce manège pendant un quart d’heure.

Ton inconnue se moque de nous, dis-je à Réal. Atlons. finissons-en, nous ne sommes pas potir la suivre toute là nuit. Si elle te tient au cœur va lui parler de suite, nous saurons à,0rs à quoi nous en tenir. Les Dositions tendues m'ennuient. C'est le bon moment, tu Pourras jouir de la vue de sa beauté,

voici une lumière électrique, exécute toi.

Réal obéit, en deux Pas il la refoignit.

— Madame ou mademoiselle, dit-il en saluant.

- Que me voulez-vous, répondit-elle en relevant un voile épais qu'elle avait jusqu'alors tenu baissé sur sa figure,

a! exclama Réal. pardon je me trompais.

J'avais tout vu et comme dans le tramway je n'avais pus m'empêcher de rire de la mésaventure de mon ami, cette fois encore j'éclatai. Nous avions devant les veux une Africaine du plus beau noir qui nous avait loliment joués,

-- Aimes-tu encore les variations, Réal”

Peste, tu me portes malheur, Raoul. le crois que je’ ne continuerai pas à me promenctr avec toi. Je ne serais pas du tout Surpris maintenant due pour continuer mes déboirss Jeanne me reçût comme un chien dans un jeu de quilles.

— Ne t'offraie pas, Réal, cette petite Jeanne à le tort de t'aimer eaucoup plus que tu ne le mérites, ainsi comme tous ies mauvais sujets tu auras l'ar antage d'épouser une femme parfaite pour supporter ‘tous tes défauts. Allons, entre, nous voici chez ta fiancée, quoiqu'il ne soit pas neuf heures fais iui le plaisir, auiourd'hui, d'al'er la visiter à une heure convenable,

— Vraiment, Raoul, on dirait que tu me fais la leçor.

Je ne fais de leçon à FrSonne, mon ami, je me cont»nte de dire ce que je pense.

- Ainsi tu crois que Jeanne sera malheureuse en m'épousant.

— Je ne dis pas cela. Je ne sais ‘Pas ce qui peut rendre ine femme heureuse. Le bonheur Pour la femme est une chose si relative. J'en ai vu qui étaient parfaitement malheureuse avec des maris modèles,

then

7 Et tu ne me fais pas l'honneur de supposer qu'il me soit jamais possible d'appartenir à cette catégorie ?

-- le dois l'avouer, Je sais qu'avec ta diplomatie tu te

seDS certain d'avance de POUVoir te tirer d'affaires dans les

occasions Les plus difficiles, en vonséquence tu agis souvent avec une légèreté de caractère qui m'étonne chez un homme d'esprit comme toi et même j'en ai été parfois vexé. Je dirai plus encore, à la place de ta fiancée je t'aurais donné congé,

— Heureusement Jeanne ne pense pas comme toi.

— Oui, heureusement. Comme le te dis les femmes sont incompréhensibles, voilà POUrFQUOT Jeanne persiste à t'aimer malgré tes travers.

— Merci, Raoul, si tu n'étais pas mon meilleur ami je te ferais sentir que tes remarques sont fort impertinentes.

— Mais, comme je suis ton meilleur ami tu peux simplement penser que je te dis la vérité. Après tout elle n'est pas si mauvaise Puisque tu restes, malgré tes torts, en possession du cœur de la femme qui est assez folle pour t'aimer.

Nous étions à la porte de la demeure de Melle H.., une voix douce, partant de l'intérieur parvint jusqu'à nous.

— Qui chante, demandai-je à Réal. connais-tu cette voix” — C'est Jeanne, fit-il.

En écoutant je pus recOMNaitre ces Vers qu'elle disait avec beaucoup d'expression :

“Mon âme par la tienne est toujours dévinée,

Vers la tienne mon âme est sans cesse tournée

Ainsi que vers le Nord se dirige l’aimant.

S'aimer tous deux ainsi, c'est une joie immense

Qui jamais ne finit et toujours recommence, Du ciel c'est un bressentiment

À cette dernière stance Réal devint sans doute impatient de revoir sa fiancée et sans me prévenir tira le cordon de Ja sonnette, :

— Singulier homme, pens ti-je, il aime cette femme, c'est évident, cependant il ne se gêne pas de m’avouer qu'il lui fau des variations. En lisant Madame de Girardin dans ‘Mar guerite où deux Amours”. on se dit : Cet auteur brode, une

ferme ne peut Pas aimer deux hommes à la fois. -Et dans le monde réel on ne voit rien d'étonnant à ce qu'un homme chér-

che auprès de plusieurs femmes le bonheur qu’il ne peut trou. ver qu'avec une,

La porte s'était ouverte.

— Bonsoir, dit Réal, sans r

Je m'éloignai lentement, e Souvenir des vers que Jeanne

añncune, je te reverrai demain.

mportant dams mon esprit le chantait.

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