ACTE I, SCÈNE Vil
JULIE
Oui, papa.
MERCADBT.
Vous l’aimez?
Oui, papa.
Il s’agit bien d’aimer ! il faut être aimée.
M œe MERCADET.
Vous aime-t-il?
JULIE
Oui, maman!
MBRCADET.
Oui, papa, oui, maman, pourquoi pas nanan et dada?... Quand les filles sont ultra-majeures, elles parlent comme si elles sortaient de nourrice... Faites à votre mère la politesse de l’appeler madame, afin qu’elle ait les bénéfices de sa fraîcheur et de sa beauté.
JULIB.
Oui, monsieur...
Oh! moi.. . appelez-moi : mon père, je ne m’en fâcherai pas... Quelles preuves avez-vous d’être aimée?
JULIE
Mais la meilleure preuve, c’est qu’il veut m’épouser.
MBRCADET.
C’est vrai, ces filles ont, comme les petits enfants, des réponses à vous casser les bras... Apprenez, mademoiselle, qu’un employé à dix-huit cents francs ne sait pas aimer... Il n’en a pas le temps, il se doit au travail...
M m * MBRCADBT.
Mais, malheureuse enfant...
Ah! Quel bonheur! Laissez-moi lui parler... Ecoute, Julie,
je te marie à ton Minard... (Mouvement de joie de Julie.) Attends... tu n’as pas le premier sou, tu le sais, que devenez- vous le lendemain de votre mariage ? y as-tu songé?
JULIE
Oui, mon père...
MERCADET, avec bonté, à son mari.
Elle est folle.
Elle aime, la pauvre 1111e !... (a Julie.) Parle, Julie, je ne suis plus ton père; mais ton confident, je t’écoute.
JULIE
Nous nous aimerons.
Mais l’ainour vous enverra-t-il des coupons de rentes au bout de ses flèches?
Mon père, nous logerons dans un petit appartement, au fond d’un faubourg, au quatrième étage, s’il le faut ! . au besoin je serai sa servante... Oh ! je m’occuperai des soins du ménage avec un plaisir inûni, en songeant qu’en toute chose il s’agira de lui... Je travaillerai pour lui pendant qu’il travaillera pour moi... je lui épargnerai bien des ennuis, il no s’apercevra jamais de notre gêne... notre ménage sera propre, élégant môme... Mon Dieu! l’élégance tient à si peu de chose ; elle vient de l’âme, et le bonheur en est à la fois, la cause et l’effet... Je puis gagner assez avec ma peinture pour ne rien lui coûter, et même contribuer aux charges de la vie. . . D’ailleurs l’amour nous aidera à passer les jours difficiles... Adolphe a de l’ambition comme tous les gens qui ont une âme élevée, et il est de ceux qui arrivent...
On arrive garçon ; mais marié l'on se tue à solder un livre de dépense, à courir après mille francs comme les chiens après une voiture.