ACTE II, SCÈNE H
MKRCADHT, à sa Tille.
Gourmande ! (a Minard.) Monsieur, j’ai sur l’amour entre jeunes gens, les idées positives que l’on reproche aux vieillards... Ma défiance est d’autant plus légitime, que je ne suis pas de ces pères aveuglés par la paternité. Je vois Julie comme elle est; sans être laide, elle ne possède pas cette beauté qui fait crier... Ah!... Elle n’est ni bien ni mal.
Vous vous trompez, monsieur, j’ose vous dire que vous ne connaissez pas votre fille.
Permettez!.,
MINARD
Vous ne la connaissez pas, monsieur !
Mais si fait! Parfaitement! je la connais... comme si... enfin je la connais.
MINARD
Non, monsieur.
Ah I encore!
•* MINARD
Vous connaissez la Julie que tout le monde voit : mais l’amour l’a transfigurée ! La tendresse, le dévouement lui communiquent une beauté ravissante, que moi seul ai créée.
JULIE
Mon père, je suis honteuse. .
Dis donc heureuse... Et si vous lui répétez ces choses-là...
MINARD
Cent fois, mille fois, et jamais assez ! Il n’y a pas de crime à les dire devant un père! >
Vous me flattez! je me croyais son père ; mais vous ôtes le père d’une Julie avec laquelle je voudrais faire connaissance.
MEB CADET-
MINARD
Mais vous n’avez donc pas aimé ?
MER CADET
Beaucoup ! J’ai, comme tous les hommes, tratné ce boule t d’or! ' v
MINARD
Autrefois, mais aujourd’hui nous aimons mieux.
Que faites-vous donc?
MINARD
Nous nous attachons à l’âme ! à l’idéal !
C’est ce que nous appelions, sous l’empire, avoir le bandeau sur les yeux.
C’est l’amour, le saint et pur amour, qui suffit pour charmer toutes les heures de la vie.
Oui, toutes!... excepté les heures des repas...
JULIE
Mon père, ne vous moquez pas de deux enfants qui s’aiment d’une passion vraie, pure, parce qu’elle est appuyée sur la connaissance des caractères, sur la certitude d’une mutuelle ardeur à combattre les difficultés de la vie, enfin deux enfants qui vous aimeront bien.
MINARD, A Mercadet.
Quel ange!.. Monsieur!
MERCADET, à part.
Je vais l’en donner de l’ange !.. (te* prenant sou» le» bras.) Heureux enfants.... Vous vous aimez donc, quel joli roman... (AMinard.) Vous la voulez pour femme !
- MINARD
Oui, monsieur.
Malgré tous les obstacles !