‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 72 sur 168 · XII · texte numérisé non relu

XII

Maïs les mois succédaient aux mois sans que plus rien de neuf lui échût. Or, était-ce donc là toutes les choses que lui promettait l'avenir et

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uniquement pourquoi ou l'avait mise au monde ? Gela n'emplissait point la vie: c'était un* raison, sans doutç, non pas la raison de vivre.,* Et elle

bayait,

■ xnI : - Vint l'hiver, et la solitude, et l'ennui» ique dissipèrent un peu les premiers soleils. Puis elle recouvra les joies de l'autre été avec ses mélancolies, exactement leç mêmes, et aussi les mêmes

chagrins. Et après un hiver et un été pareils, ce

furent encore un hiver et un été semblables, à quoi s'ajoutèrent des années absolument identiques, — Et elle bayait. . j

Seulement elle vieillissait, et les intempéries détérioraient! sa demeure à la fois et sa belle robe verte à reflets mordorés, qu'avaient au (reste déchirée taïit de vains palets — comme il arrivé que les vains désirs blessent plus profondément ^ueles rêves même trop comblés. Son esprit, alors, avait de fréquentes récurrences dans l'autrefbis, dans le vécu, l'expérience lui disant que le futur ne détenait plus rien. — Et pourtant elle bayait.

De plus en plus sa maison se ruinait, et elle finit par ne plus oser se regarder elle-m-ème, tant immense était sa douleur d'apercèvoiïj, par lès innombrables trous de sa robe 1 déteinte, rincurablelèpre des rouilles dont son corps étaitsouillé, pauvre corps que les palets — aujourd'hui bien rares —^avaient meurtri et même estropié, car il lui manquait une patte. Davantage ses 'songeries se complurent dans le passé, dont la vision s'évoquait à présent si riante. — Et pourtant elle bayait. . ■*"!."

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Enfin sa maison; depuis longtemps masure infectée de relents nauséeux, s'effondra djè vétusté.

soo MERCVRE DE FRANCE

On l'en sépara, et, après diverses pérégrinations dont elle eût à peine conscience, elle se retrouva dans un endroit sombre, au milieu d'un tas de vieilles ferrailles comme elle rouillées. — Ah! sa royale demeure, sa belle robe verte à reflets, mor- * dorés, sa bonne santé de jadis et les communions sous la tonnelle piquée de campanules! C'était IçVbon temps, alors, le bon vieux temps !... Mainte-' nant, tout était dit. — Et pourtant elle bayait.

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