NEIGES
A Eugène Jubltn.
L'Angelus tombe enfin des clochers et des tours,;;
Pour parer l'Heure nuptiale, La neige ourdit des blanches nappes de velours
Dans une clarté vespérale.
Les arbres du vieux parc enlinceulés ont l'air
D'un cortège fantomatique ; Le haut jet d'eau répand des pleurs de cristal clair
Dans les vasques de Penthélique.
Et par ce soir d'hiver, par ce soir endormant Que. nul soleil brutal n'enflamme,
Il monte un si vague et si triste apaisement Qu'on se sent vraiment mal à l'âme.
Un mal pacifiant et douloureux aussi,
Comme un baiser sur une plaie„.
— De son socle de stuc, un chèvre-pieds transi, Perdu sous la châtaigneraie,
Nargue un groupe d'Amours que les maies saisons
Ont rendus frileux et moroses Et qui songent sans doute au temps des fenaisons
En déplorant la mort des roses.
De profundis! les Belles aux yeux de béril Avec les fleurs s f en< sont allées,
Et l'âme des printemps erre en parfum subtil Par le veuvage 4es allées.
Or, voici que soudain l'orgue d'un malandrin,
Dans le recueillement de l'heure, Moud doleniment un lent et chevrotant refrain m Où tout un vieil Autrefois pleure,
On dirait des sanglots clamés par le Passé ' Sur un deuil cher qui s'éternise..*
— Un lamentable oiseau mortellement blesse A travers la b î se agonise . . ; •
te vent coulis rôdant parmi les corridors '
Mêle des complaintes funèbres
Aux sonjs criards! £e l'orgue et plaque des accords Frigides comme des ténèbres.
Imperturbablement la chanson d'Autrefois
Pleuré dans le vent, monotone... j
— Maints souvenirs perdus tels des cerfs aux al; ois Brament en mon cœur qui s'étonne,
Et tandis que le parc s'efface lentement Dans le clair obscur équivoque,
Tandis qu'au ciel rosit un vague enchantement, Mon âme endolorie évoque
La magique splendeur des rêves abolis
Qui se jouaient dans les lumières, /*
Vers les couchants d'or pâle où sommeillaient des lis,
Des lis plus blancs que des Prières!...
î Jean Court.
aoï MERCVRfc ©E FRANCE